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Kristina Hooper | 23 mai 2019

Marchés mondiaux : cinq événements à surveiller cette semaine

Les semaines sont très chargées ces temps-ci et celle qui vient pourrait être particulièrement mouvementée puisque nous allons commencer à obtenir des éléments de réponses à quelques grandes questions qui ont des répercussions sur les marchés mondiaux. Voici cinq événements à surveiller :

  1. Les élections législatives européennes

Les élections auront lieu cette semaine dans les pays membres de l’Union européenne. Les résultats seront connus le dimanche 26 mai. Certains craignent que la montée du nationalisme économique et du populisme permette aux partis populistes et nationalistes de recueillir plus de voix que prévu à ces élections. Quoi qu’il en soit, je doute que cela déstabilise les marchés pour deux raisons. Premièrement, les partis centristes, qui sont plus ouverts au compromis, sont susceptibles de former une « grande coalition » afin de conserver le pouvoir. En outre, même lorsque des partis nationalistes ou populistes ont pris le pouvoir, cela a eu très peu d’incidence sur les marchés obligataires immédiatement après les élections. À l’issue des élections législatives de 2015 au Portugal et de 2018 en Italie, ce n’est que lorsque les investisseurs se sont mis à craindre l’accumulation d’une dette insoutenable et même la possibilité d’une décote que les écarts de taux se sont creusés.1 Ces élections pourraient avoir d’autres ramifications qui, à mon avis, méritent notre attention :

  • L’issue de ces élections pourrait nuire à certains gouvernements. Par exemple, Il se peut que le parti pro-Brexit de Nigel Farage obtienne plus de votes au Royaume-Uni que le Parti conservateur de Theresa May. Cela risque de compromettre le leadership de MmeMay et d’inciter les dirigeants du Parti conservateur à s’adonner à des jeux de coulisses pour tenter de la forcer à démissionner.
  • Depuis l’instauration du processus Spitzenkandidaten (candidats en tête de liste), le Parlement de l’Union européenne (UE) a davantage de pouvoir. En particulier, il a maintenant un certain contrôle sur la « liste restreinte » des candidats à la présidence de la Commission européenne, parmi laquelle les chefs d’État choisiront le successeur de Jean-Claude Juncker.
  • Le plus important est la nomination du successeur au président de la Banque centrale européenne (BCE), qui sera indirectement liée au résultat des élections. Selon les règles de l’UE, les ministres de l’Économie et des Finances de l’UE doivent consulter le Parlement européen et le conseil des gouverneurs de la BCE, puis choisir un président de la BCE « parmi des personnalités possédant une expérience reconnue en matière monétaire ou bancaire » après la recommandation du Conseil de l’UE. Certains pensent que le prochain président de la BCE sera peut-être originaire d’un pays du nord de l’Europe, étant donné que les deux derniers présidents de la BCE venaient de pays du sud de l’Europe. Comme je l’ai écrit précédemment, cette sélection peut potentiellement accroître le stress systémique et réduire la confiance des entreprises si elle est plus belliciste.
  1. Le procès-verbal de la réunion du FOMC et les allocutions des dirigeants de la Fed

Lors de la dernière réunion de la Réserve fédérale américaine (Fed), les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine allaient bon train et un accord semblait imminent. De ce point de vue, le procès-verbal de la réunion du Federal Open Market Committee (FOMC) peut sembler hors de propos. Quoi qu’il en soit, nous allons lire attentivement le procès-verbal du FOMC pour mieux comprendre ce qui pourrait amener la Fed à abaisser les taux cette année et, inversement, ce qui pourrait l’inciter à les relever.

Le président du conseil de la Fed, Jerome Powell, a récemment fait allusion à des sources « transitoires » de baisse de l’inflation de base, ce qui sous-entend que la Fed pourrait ne pas abaisser les taux pour stimuler l’inflation. Par contre, certains dirigeants de la Fed veulent que la Fed augmente son taux d’inflation cible à plus de 2 % – sinon, que la Fed adopte un taux d’inflation cible moyen de 2 %. Par exemple, rien que la semaine dernière, le président de la Fed de Minneapolis, Neel Kashkari, a déclaré que, pour être efficace et crédible, le cadre d’inflation de la Fed devait permettre à l’inflation de grimper légèrement au-dessus de 2%. Si tel est le cas, la Fed pourrait abaisser ses taux pour atteindre cette cible plus élevée.

Nous en saurons peut-être un peu plus après les allocutions des dirigeants de la Fed cette semaine, en l’occurrence celles de M. Powell, du vice-président, Richard Clarida, du président de la Fed de Chicago, Charles Evans, du président de la Fed de Boston, Eric Rosengren, et du président de la Fed de St. Louis, Jim Bullard. J’espère que la guerre tarifaire pourra être résolue, car plus elle s’éternise, plus elle risque d’avoir des conséquences négatives sur l’économie américaine.

  1. L’issue des élections en Inde

Après des semaines de vote, les résultats des élections seront annoncés cette semaine. Certains s’inquiètent de l’issue des élections, compte tenu des sondages à la sortie des bureaux de scrutin. Cependant, je crois que le premier ministre, Narendra Modi, obtiendra un deuxième mandat. Le parti Bharatiya Janata (BJP) restera probablement le plus grand parti au Parlement, même s’il risque de perdre la majorité absolue remportée aux élections générales de 2014 (la première depuis de nombreuses années). Et, je m’attends à un parlement indien plus fragmenté avec plus de pouvoir pour l’alliance d’opposition. Cela signifie probablement que les réformes essentielles, y compris la libéralisation des règles relatives à l’embauche et aux licenciements sur le marché du travail et la réforme de l’acquisition de terres afin de stimuler les investissements et l’efficacité dans les secteurs industriel et agricole – pourraient être encore plus difficiles à faire adopter. Malgré tout, M. Modi poursuivra probablement son programme de réformes en rationalisant la bureaucratie indienne, surtout si son plan de réformes plus vaste est bloqué au Parlement par des partis d’opposition plus puissants (étant donné que la bureaucratie est un domaine dans lequel M. Modi peut manœuvrer sans le soutien du Parlement pour une réforme législative). En outre, il est moins susceptible de s’engager dans des réformes expérimentales radicales ou de passer outre les conseils d’experts, comme il l’a fait de toute évidence dans le dossier de la démonétisation. À mon avis, l’effet net de ces changements sera que les marchés vont probablement continuer de bénéficier d’un bon soutien et que le taux de croissance demeurera élevé, soit autour de sept à neuf pour cent comme c’est le cas actuellement.

  1. Le rapport sur les biens durables aux États-Unis

Alors que certaines parties de l’économie américaine affichent une vigueur impressionnante, le rapport de la semaine dernière sur la production industrielle est décevant. Ce rapport fait suite à un indice ISM manufacturier décevant, particulièrement en ce qui a trait au sous-indice des nouvelles commandes. Je crains que les tarifs en vigueur ne portent atteinte aux entreprises manufacturières et la situation pourrait empirer en raison de la détérioration des relations commerciales entre les États-Unis et la Chine. Nous allons suivre ce dossier avec énormément d’intérêt car cela pourrait, évidemment, nuire aux commandes de biens durables.

  1. La période de déclaration des bénéfices des entreprises américaines de commerce de détail

Un certain nombre de détaillants vont dévoiler leurs bénéfices cette semaine. Je vais prêter une attention particulière à ce qu’ils ont à dire sur les perspectives de dépenses des consommateurs américains. Je vous rappelle que la confiance des consommateurs a atteint un sommet quasi-record en ce moment. Nous verrons bien si les détaillants américains s’attendent à ce que cette confiance se traduise par des dépenses élevées au cours des prochains mois.

Regard sur les événements à plus long terme

En plus de ces cinq événements d’actualité, je surveille attentivement plusieurs enjeux à plus long terme :

L’évolution de la guerre commerciale. Les marchés ont bien réagi à deux événements survenus récemment aux États-Unis : 1) l’Administration Trump a décidé de reporter l’imposition de tarifs sur les importations d’automobiles de l’Union européenne et du Japon pendant une période pouvant aller jusqu’à six mois; et 2) l’Administration Trump a éliminé les tarifs sur l’acier qui étaient imposés au Canada et au Mexique. Ces nouvelles ont fait grimper les cours boursiers, car cela semble démontrer une certaine volonté de la part de l’Administration Trump de négocier et de faire preuve de souplesse dans les négociations sur les échanges commerciaux. Or, je crois que c’est une interprétation erronée de ces développements. Je pense plutôt que les États-Unis veulent désespérément détourner l’attention de la détérioration de leurs relations commerciales avec la Chine en annonçant de bonnes nouvelles en matière de commerce. De plus, j’ai l’impression que les États-Unis commencent à s’apercevoir que leurs alliés traditionnels pourraient les aider à exercer des pressions sur la Chine et qu’ils tentent de gagner leur faveur après se les être mis à dos en alimentant des différends commerciaux.

Les tensions entre les États-Unis et l’Iran. L’intensification des tensions entre les États-Unis et l’Iran est passée somme toute inaperçue en raison du différend commercial opposant les États-Unis et la Chine. Je crains que les tensions continuent de s’accentuer entre les deux nations. Cela pourrait même déclencher une guerre accidentelle. Nous allons suivre la situation de près, car cela pourrait entraîner de nombreuses nations dans un conflit armé majeur.

Les bitcoins. Certains stratèges croient que la récente hausse du bitcoin est liée aux attentes croissantes d’une récession prochaine. Nous ne disposons pas de données historiques pour appuyer ces dires puisque le bitcoin est une création relativement nouvelle, mais je suis très sceptique. Cela étant dit, je pense qu’il vaut la peine de suivre les hauts et les bas du bitcoin, car ils pourraient nous envoyer les messages sur diverses conditions des marchés, y compris dans quelle mesure les investisseurs ont un « appétit » ou une « aversion » pour le risque.

L’or. De même, certains stratèges suggèrent que la hausse du prix de l’or est liée à l’inquiétude grandissante concernant la rupture des négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine. À mon avis, c’est logique, d’autant plus que les tarifs douaniers peuvent avoir un effet inflationniste.

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