Blogue Invesco Canada

Perspectives, commentaire et expertise de placement

Kristina Hooper | 28 janvier 2019

Marchés mondiaux : Huit enjeux à surveiller cette semaine

La semaine dernière a été très mouvementée, les experts réunis à Davos ont servi une mise en garde contre les dangers de la dette, de nouveaux signes de ralentissement économique en Europe sont apparus et la plus longue paralysie des services publics de l’histoire des États-Unis a pris fin. Mon blogue d’aujourd’hui porte sur ce que nous avons appris la semaine dernière et sur huit enjeux à surveiller pendant la dernière semaine de janvier.

 

Qu’avons-nous appris la semaine dernière?

 

Les experts se préoccupent de la dette. La semaine a débuté sur une note décevante au Forum économique mondial de Davos, où le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé qu’il abaissait ses prévisions de croissance. Cela a certainement exercé des pressions à la baisse temporaires sur les marchés boursiers. Cependant, l’un des éléments marquants de la semaine dernière à Davos est le nombre de dirigeants d’entreprises et d’économistes qui s’inquiètent du fardeau croissant de la dette mondiale. Le fardeau de plus en plus lourd de la dette mondiale est un sujet qui me préoccupe depuis des années et je suis heureuse de voir qu’il retient plus que jamais l’attention.) Malheureusement, au cours de la dernière décennie, la politique monétaire extrêmement accommodante des banques centrales a favorisé l’augmentation de la dette et la hausse des taux ainsi que le ralentissement économique constituent désormais un problème. David Lipton, premier directeur général adjoint du FMI, a souligné à juste titre que, même si la dette augmente, la capacité de la gérer est le principal problème : « La dette pose un problème de vulnérabilité aux changements macroéconomiques. Si les taux d’intérêt augmentaient fortement, cela aurait un impact majeur sur le service de la dette. Il en irait de même d’une récession. »1

La pression économique monte en Europe. La Banque centrale européenne (BCE) a tenu une réunion sur la politique monétaire la semaine dernière, alors que d’autres signes de ralentissement de l’économie européenne ont fait surface. Pendant la semaine, l’estimation préliminaire de l’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) du secteur manufacturier de la zone euro a reculé, passant de 51,4 points en décembre à 50,5 points en janvier. Je tiens à souligner que même si ce résultat indique que l’économie demeure en phase d’expansion, l’indice se situe à un creux qu’il n’avait pas atteint depuis plusieurs années. Comme on pouvait s’y attendre, les récentes statistiques économiques de l’Allemagne et de la France pointent également vers un ralentissement, la France, de son côté, subit des pressions en raison des manifestations des gilets jaunes. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que le président de la BCE, Mario Draghi, ait tenté de rassurer les marchés en expliquant la situation comme suit : « Nous avons beaucoup d’outils à notre disposition et nous sommes prêts à les ajuster ou à les utiliser selon les circonstances ». M. Draghi a dressé une liste exhaustive de moyens, tels que les indications de l’orientation des taux d’intérêt, l’achat d’obligations et les prêts à long terme aux banques commerciales. Résultat, les taux de diverses obligations à 10 ans, y compris le Bund allemand, ont chuté, signe que le pouvoir des mots de M. Draghi opère encore.

Le gouvernement américain rouvre ses portes. La semaine s’est terminée par l’annonce bienvenue de la réouverture du gouvernement américain après 35 jours de paralysie. Il n’y a pas eu de réaction positive spectaculaire des marchés boursiers, mais c’est probablement parce qu’ils n’ont jamais semblé tenir pleinement compte de la paralysie des services publics.

 

Huit enjeux à surveiller en cette fin de janvier

 

1)  Visite aux États-Unis de la délégation commerciale chinoise. Cette semaine, les États-Unis et la Chine vont reprendre les négociations sur les échanges commerciaux, alors que la délégation chinoise dirigée par le vice-premier ministre Liu He visite les États-Unis. Le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, a abaissé les attentes la semaine dernière en affirmant dans une entrevue que les deux pays étaient « à des milles » d’en venir à une entente. La date butoir du 1er mars fixée par les deux pays pour la hausse des tarifs approche dangereusement. Cependant, je persiste à croire que les États-Unis pourraient accepter les concessions de la Chine sur le déficit commercial afin que cette guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine puisse se terminer rapidement. Les enjeux sont considérables, comme l’expliquait M. Draghi, si le différend commercial entre les États-Unis et la Chine était réglé, cela « effacerait probablement » une grande partie du ralentissement économique mondial.2

 

2)  Réunion de la Réserve fédérale américaine (la « Fed »). La Fed va se réunir cette semaine. Le problème est qu’en raison de la longue paralysie des services publics, qui a pris fin seulement vendredi soir, elle ne dispose pas de beaucoup de données pour prendre une décision, alors qu’elle tente de mettre en œuvre une politique monétaire « dépendante des données ». Les rapports sur les ventes au détail ont été reportés, de même que les rapports sur les biens durables et un certain nombre d’autres publications de données, et on ignore quand ces données seront publiées maintenant que le gouvernement a repris ses activités. On peut comparer cela au défi « Bird Box » de la Fed : le danger semble omniprésent, mais les membres de la Fed ont été aveuglés par la paralysie de l’État et sont incapables de voir de nombreux indicateurs qui les éclaireraient sur la situation actuelle de l’économie. À mon avis, la solution la plus prudente pour la Fed serait de laisser les taux inchangés, car elle a besoin de temps pour évaluer l’état actuel de l’économie, y compris les dégâts causés par la paralysie des services publics.

 

Selon moi, un enjeu beaucoup plus important est le bilan de la Fed. On s’attend de plus en plus à ce que la Fed fasse une annonce concernant son plan de normalisation, en espérant qu’elle compte ralentir la cadence. L’année dernière, lorsque j’ai émis l’idée que la Fed mette la pédale douce sur la normalisation de son bilan et que j’ai dit qu’il y avait une possibilité qu’elle agisse de la sorte, les gens m’ont regardé comme si j’étais une extraterrestre. Or, la déclaration du président du conseil de la Fed, Jay Powell, qui a dit que le plan de normalisation du bilan allait demeurer sur le « pilote automatique » a inquiété les marchés, au point où il a senti le besoin de revenir sur ces commentaires en disant que la Fed disposait d’une certaine marge de manœuvre dans la gestion de son bilan. Je ne m’attends pas à beaucoup plus qu’à ce que la Fed réitère que le plan de normalisation du bilan n’est pas sur le pilote automatique et pourrait être modifié si nécessaire, mais j’estime que cela constituerait un pas dans la bonne direction pour rassurer les marchés.

 

3)  Scrutin du Parlement britannique sur le « Plan B ». Alors que le 29 mars, date butoir du Brexit, approche dangereusement, le parlement du Royaume-Uni va tenir un scrutin sur le Plan B pour le Brexit de la première ministre Theresa May, qui ressemble énormément au Plan A, qui a été rejeté d’emblée. Il semble que Mme May continue de miser sur le fait que les députés vont adopter son projet, car la seule alternative qu’elle est disposée à accepter est un « retrait pur et simple » de l’UE, ce qui « risque fort de se produire », selon la négociatrice adjointe de l’UE pour le Brexit, Sabine Weyland. Je m’attends à une avalanche de projets de loi, puisque le Parlement va tenter de coincer Mme May et de prendre en main les négociations avec l’UE par le biais de propositions législatives telles que l’amendement Cooper-Boles, obligeant Mme May à demander une prolongation en vertu de l’article 50 si sa proposition de Brexit est rejetée. J’anticipe de fortes fluctuations de la livre sterling cette semaine.

 

4)  Négociations concernant « le mur ». La paralysie des services publics américains a pris fin, mais seulement de façon temporaire. Le président Donald Trump donne trois semaines au Congrès pour négocier avec lui le financement de la construction d’un mur à la frontière américano-mexicaine, après quoi l’État pourrait de nouveau être paralysé. Nous allons suivre de près l’évolution de ce dossier, en particulier les retombées de l’incertitude qui perdure en matière de politique économique.

 

5)   PIB européen. Outre les indices PMI décevants dont j’ai parlé plus tôt, il sera important d’obtenir le produit intérieur brut (PIB) officiel pour pouvoir mesurer la croissance économique européenne. M. Draghi a affirmé la semaine dernière que les risques d’un ralentissement de la croissance ont augmenté et a pointé du doigt « la persistance des incertitudes liées aux facteurs géopolitiques et à la menace du protectionnisme, la vulnérabilité des marchés émergents et la volatilité des marchés financiers ». Il a ajouté que la BCE est ouverte aux mesures de relance et que si les statistiques économiques négatives se multiplient, elle s’empresserait d’intervenir.

 

6)   Rapport sur le marché de l’emploi aux États-Unis. Ce rapport nous donnera une idée des dommages causés à l’économie américaine par la paralysie de l’État et le ralentissement économique mondial.

 

7)   Indices PMI de janvier de la Chine. Ces données vont nous montrer comment l’économie chinoise réagit au différend commercial qui oppose les États-Unis et la Chine, alors que la Chine a intensifié ses mesures de relance pour en contrer les effets. Je m’attends à ce que ces mesures stabilisent la croissance économique chinoise, mais je pense qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions.

 

8)   Période de déclaration des bénéfices aux États-Unis. Il y aura une avalanche de déclarations de bénéfices cette semaine, dont plusieurs de sociétés très en vue, car la saison bat son plein. Les bénéfices déclarés la semaine dernière par les sociétés américaines étaient relativement bons. D’après FactSet Research Systems, 22 % des titres inscrits à la cote de l’indice S&P 500 avaient déclaré des bénéfices au 25 janvier et 71 % d’entre elles avaient dépassé les estimations. Ces résultats sont conformes à la moyenne sur cinq ans. Cependant, les données de FactSet montrent que les revenus ne sont pas aussi élevés, puisque seulement 59 % des entreprises ont déclaré des revenus supérieurs aux estimations, ce qui est inférieur à la moyenne sur cinq ans. Jusqu’ici (28 janvier), les bénéfices de certaines sociétés ont déçu et on attribue ce phénomène en grande partie au ralentissement économique mondial et à la guerre commerciale opposant les États-Unis et la Chine. Rappelons qu’il y a quelques semaines, le président du Council of Economic Advisers (Conseil économique de la Présidence des États-Unis) de la Maison-Blanche a fait la mise en garde qui suit : « de nombreuses sociétés américaines qui vendent leurs produits et services en Chine… vont voir leurs bénéfices chuter [en 2019] tant que nous n’aurons pas conclu un accord avec la Chine ». Il a insisté sur le fait que cela exerce « énormément de pression sur la Chine pour conclure un accord », mais je pense que cela met encore plus de pression sur les États-Unis. Je crois que les marchés vont demeurer volatils cette semaine au gré des nouvelles qui vont ressortir des négociations.

 

Retombées sur la répartition de l’actif

 

L’incertitude liée aux échanges commerciaux est telle que je m’attends à une volatilité accrue, et je pense que les sociétés à petite et moyenne capitalisations, dont un plus faible pourcentage des revenus provient de l’extérieur de leur pays d’origine, pourraient obtenir de meilleurs résultats à court terme. Cependant, il ne faut pas oublier que la conjoncture peut changer très rapidement si les États-Unis et la Chine parviennent à s’entendre. Je m’attends aussi à des fluctuations des taux de change, compte tenu des nombreux bouleversements géopolitiques. Cela étant dit, Invesco soutient qu’il est essentiel de planifier à long terme et j’estime que les investisseurs devraient prendre en considération les avantages potentiels liés à la diversification que procurent les catégories d’actifs alternatives.

Autres blogues de Kristina Hooper

Cinq événements à surveiller en septembre
5 septembre 2019

L’incertitude atteint son paroxysme alors que la guerre commerciale s’intensifie
28 août 2019

Outre la courbe des taux, il y a d’autres indicateurs économiques à surveiller
21 août 2019

La courbe des taux inversée va-t-elle mener à une récession?
16 août 2019

On ne peut pas dresser un grand requin blanc, pas plus qu’on peut exercer un contrôle sur le commerce mondial
14 août 2019

Le ton accommodant des banques centrales va influencer les marchés jusqu’à la fin de 2019
14 août 2019

Le repli boursier met en lumière les dangers de la guerre commerciale
8 août 2019

Cette semaine, la Fed va nous rappeler qu’elle est la banque centrale mondiale
31 juillet 2019

Dans l’attente d’une baisse de taux : combien serait trop?
17 juillet 2019

Les inquiétudes entourant la BCE se sont dissipées, mais les doutes soulevés par la politique monétaire de la Fed mettent certains oracles de la finance sur la défensive
10 juillet 2019

Les banques centrales pourraient-elles soutenir les actions pendant la deuxième moitié de l’année?
27 juin 2019

La Fed va-t-elle perdre « patience » cette semaine?
19 juin 2019

Les banques centrales apportent une lueur d’espoir à l’escalade de la guerre commerciale
12 juin 2019

Le mois de mai a changé la donne pour les marchés
6 juin 2019

Marchés mondiaux : cinq événements à surveiller cette semaine
23 mai 2019

Parlons tarifs : les nouvelles redevances risquent d’envenimer les relations sino-américaines
14 mai 2019

Les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine butent et les actions chutent
9 mai 2019

À la recherche d’indices de croissance
23 avril 2019

Trois éléments à retenir de mes quatre jours en Europe
11 avril 2019

Six enjeux à surveiller en avril
3 avril 2019

S'abonner au blogue

Abonnez-vous pour être informé sur la publication de : *


Voulez-vous vous abonner an anglais?

Abonnez-vous pour recevoir des courriels d’Invesco Canada Ltée au sujet de ce blogue. Pour vous désabonner, veuillez nous envoyer un courriel à blog@invesco.ca ou communiquez avec nous.

1 Source : Business Insider, « The world’s record-shattering debt load was the talk of Davos. Here’s what the biggest experts from around the globe had to say », 24 janvier 2019
2 Source : Associated Press, « ECB: Trade peace would remove big drag on eurozone growth », 28 janvier 2019
Renseignements importants
La diversification ne garantit pas un profit et n’élimine pas le risque de perte.
Les actions de petites et moyennes entreprises sont habituellement plus vulnérables aux événements défavorables, peuvent être plus volatiles et illiquides ou faire l'objet de restrictions à la revente.
Habituellement, les placements alternatifs comprennent plus de placements non traditionnels et emploient des stratégies de négociation plus complexes, y compris les opérations de couverture et l’effet de levier au moyen de produits dérivés, des ventes à découvert et des stratégies opportunistes qui évoluent au gré des conditions du marché. Les épargnants qui envisagent les produits alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. À l’instar de tous les placements, leur rendement va fluctuer. Vous pouvez perdre de l’argent.
La volatilité est une mesure statistique de l'ampleur des fluctuations des cours des actifs à la hausse et à la baisse. Une faible volatilité désigne des investissements qui ont systématiquement démontré un degré de volatilité inférieur à celui des autres titres de sa catégorie. Une faible volatilité ne peut pas être garantie.
En cas de Brexit « sans accord » ou de « sortie pure et simple », le Royaume-Uni quitterait l’UE en mars 2019 sans accord officiel établissant les dispositions de leur relation.
L’indice PMI manufacturier® (indice des gestionnaires en approvisionnement®) de la zone euro est compilé par IHS Markit à partir de données d’un sondage original recueillies auprès d’un échantillon représentatif d’environ 3 000 entreprises manufacturières. Les données nationales sont incluses pour l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Autriche, la République d’Irlande et la Grèce.
L’indice PMI (des gestionnaires en approvisionnement) Caixin/Markit de la Chine se veut un indicateur de santé économique du secteur manufacturier chinois. Il repose sur des réponses à un sondage mené auprès des cadres supérieurs des achats.
Le produit intérieur brut est un indicateur généralisé de l’activité économique d’une région qui mesure la valeur monétaire de tous les produits finis et services produits dans cette région au cours d’une période donnée.
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 28 janvier 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.
Ceci n’est pas une recommandation d’une quelconque stratégie ou d’un produit de placement pour un épargnant en particulier. Les épargnants devraient toujours consulter leur conseiller financier avant de prendre des décisions de placement. Invesco n’offre pas de conseils fiscaux. Les renseignements fiscaux contenus aux présentes sont généraux et non exhaustifs. Les lois fiscales fédérales et d’État sont complexes et changent constamment. Les épargnants devraient toujours consulter un conseiller juridique ou un fiscaliste concernant leur propre situation. Les opinions exprimées ci-dessus sont celles des auteurs; elles sont fondées sur la conjoncture actuelle et peuvent changer sans préavis. Ces opinions peuvent différer de celles d’autres spécialistes en placement d’Invesco.