Blogue Invesco Canada

Perspectives, commentaire et expertise de placement

Noelle Corum | 2 août 2019

Mesurer deux fois avant de couper : la Fed a coupé comme prévu

La Réserve fédérale américaine (Fed) a procédé à une baisse de taux de 0,25 %, une première en plus d’une décennie,1 décision qui n’a surpris personne. Au début de la réunion de juillet du Federal Open Market Committee (FOMC), tout le monde se demandait si la Fed procéderait ou non à une baisse de taux et si elle serait de 25 ou de 50 points de base. Nous nous intéressions davantage à la déclaration et à la conférence de presse du président de la Fed, Jerome Powell, pour en savoir plus sur l’orientation de la politique monétaire de la Fed. L’orientation de la politique monétaire, ou la fonction de réaction de la Fed, est particulièrement importante dans une conjoncture où les valorisations boursières montrent que les investisseurs anticipent plus de baisses de taux que ce que nos perspectives économiques laissent présager.2

Nous présentons ci-dessous un cadre conceptuel sur ce à quoi on peut s’attendre en matière de baisses de taux et de réaction des marchés. La Fed semble adopter une nouvelle fonction de réaction centrée sur une cible de taux d’inflation moyen. Ce cadre conceptuel lui permettrait de porter le taux d’inflation plus près de la cible mandatée de 2 %, voire même de le laisser dépasser ce seuil, pourvu que le taux moyen oscille autour de 2 % sur un cycle économique complet. Le marché a déjà mis la Fed à l’épreuve; lorsque le taux d’inflation a chuté au début de 2019, les marchés obligataires ont commencé à escompter des baisses de taux.3

Que s’est-il passé à la réunion de juillet?

Mercredi, la Fed a fait une déclaration qui prend en considération les deux volets de l’équation. D’une part, elle fait mention de la forte création d’emplois et de l’excellente consommation et, d’autre part, elle parle des faibles dépenses d’investissement des entreprises et du bas taux d’inflation. Elle a réitéré que le FOMC surveille de près les perspectives économiques et entend prendre les mesures nécessaires pour prolonger la phase d’expansion.

Dans sa conférence de presse, M. Powell a qualifié cette baisse de taux d’ajustement de milieu de cycle en vue d’écarter les risques qui planent sur les perspectives économiques, plutôt que de début d’un cycle de baisses de taux. Il a cité les trois grandes menaces qui pèsent sur les perspectives économiques, que la Fed surveille depuis le début de l’année et qui justifient cette baisse de taux, en l’occurrence le ralentissement de la croissance économique mondiale, l’évolution des politiques commerciales et le taux d’inflation inférieur à la cible.

À quoi peut-on s’attendre au cours des prochains mois?

À notre avis, l’issue de cette réunion confirme nos attentes, à savoir que la Fed a décidé d’adopter un cadre conceptuel qui consiste à surveiller de plus près l’inflation, malgré le dynamisme du marché du travail. En outre, M. Powell a dit clairement que la Fed surveille aussi les risques qui menacent la croissance aux États-Unis par le biais du secteur manufacturier et le climat commercial. Qu’est-ce que l’avenir nous réserve? À quoi peut-on s’attendre au cours des prochains mois? Quelle direction les statistiques macroéconomiques pourraient-elles prendre et comment les différents scénarios macroéconomiques pourraient-ils influencer la politique monétaire de la Fed et les marchés? Voici quatre scénarios de croissance et d’inflation tendancielles sur un horizon de six mois et une projection des probabilités. Nous présentons également un cadre conceptuel fondé sur la projection de la réaction de la Fed, compte tenu de son cadre conceptuel, et des retombées possibles sur le rendement des actifs à risque.

Scénarios macroéconomiques et fonction de réaction de la Fed

Le tableau 1 montre notre scénario de référence : taux de croissance et d’inflation tendanciels de 2 % au cours des six prochains mois.

Notre scénario de référence suppose que la Fed va procéder à deux baisses de taux au total, soit une autre baisse de taux en 2019, comme le montre le tableau 2. Ce tableau compare l’évaluation du marché, qui anticipe quatre baisses de taux au total, soit trois autres baisses de taux au cours de la prochaine année. D’après notre modèle, si la croissance tendancielle annuelle est inférieure à 1,25 % ou si le taux d’inflation tendanciel est inférieur à 1,5 %, on devrait s’attendre à beaucoup plus de baisses de taux (10 pour être précis). Nous avons inscrit « s.o. » dans les cases qui correspondent à des scénarios rares qui nous semblent très peu probables dans un proche avenir.

Qu’est-ce que ces scénarios nous disent sur le rendement des actifs? Dans le tableau 3, nous tentons de prévoir le rendement des actifs en utilisant notre cadre conceptuel d’analyse des facteurs macroéconomiques. Dans le coin supérieur gauche du tableau 3, la situation financière plus précaire pourrait entraîner une contre-performance des actifs à risque. Dans le coin inférieur droit, la faible croissance pourrait entraîner une contre-performance des actifs à risque. Notre scénario de référence (taux de croissance et d’inflation tendanciels de 2 %) laisse entrevoir un rendement neutre des actifs à risque dans un proche avenir. Or, si la croissance chute considérablement (sous la barre de 1,25 %) ou si l’inflation augmente de façon marquée (2,5 %), nous nous attendons à ce que les actifs à risque obtiennent de piètres résultats.

Conclusion

Si l’on se fie à notre scénario de référence qui prévoit des taux de croissance et d’inflation tendanciels de 2 %, nous croyons que les porteurs de titres de créance peuvent s’attendre à récolter leurs coupons d’intérêt, mais les rendements simples seront probablement limités. Autrement dit, si la croissance et l’inflation ne « divergent » pas de la fourchette à la hausse ni à la baisse, la Fed devrait continuer de réagir pendant la majeure partie de 2019, sans toutefois procéder à des baisses de taux draconiennes. Les cases en rouge du tableau 3 représentent les scénarios dans lesquels le marché perçoit que la Fed intervient à retardement. Pareille situation attiserait probablement la volatilité des marchés, car cela ferait augmenter le risque d’erreur de politique monétaire. Les données sous-jacentes que nous avons en main ne nous permettent pas de conclure que ces scénarios vont se concrétiser, mais nous continuons de surveiller de près ces risques.

 

 

 

 

 

Autres blogues de Noelle Corum

Mesurer deux fois avant de couper : la Fed a coupé comme prévu
2 août 2019

S'abonner au blogue

Abonnez-vous pour être informé sur la publication de : *


Voulez-vous vous abonner an anglais?

Abonnez-vous pour recevoir des courriels d’Invesco Canada Ltée au sujet de ce blogue. Pour vous désabonner, veuillez nous envoyer un courriel à blog@invesco.ca ou communiquez avec nous.

Renseignements importants
1 Source : Bloomberg, L.P., données au 16 décembre 2008.
2 Source : Bloomberg, L.P., données au 30 juillet 2019.
3 Source : Bloomberg, L.P., données au 12 mars 2019.
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 31 juillet 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.