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Kristina Hooper | 2 octobre 2019

Nouvelle ou bruit : Évaluation des retombées de trois grands titres sur les marchés

Un des thèmes clés que j’aborde depuis plusieurs années est celui des perturbations géopolitiques, et Dieu sait que nous en avons eu une bonne dose la semaine dernière. Cependant, un des principaux arguments que je martèle depuis quelques années est que les investisseurs devraient essayer d’identifier les perturbations géopolitiques qui importent vraiment pour l’économie et les marchés et ignorer les événements qui ne sont qu’un bruit de fond (à mon avis, la majorité des événements tombent dans cette catégorie). Nous devons être particulièrement attentifs aux enjeux susceptibles d’accroître l’incertitude à l’égard de la politique économique, car ils peuvent avoir des conséquences majeures sur l’économie et les marchés. Cette semaine, j’ai décidé de me pencher sur trois grands titres qui marquent l’actualité et la place qu’ils occupent dans le spectre «nouvelles vs bruit» et sur leurs retombées potentielles à plus long terme sur les marchés.

 

Destitution : Bruit de fond, pour le moment

La Chambre des représentants a ouvert une enquête en vue d’une procédure de destitution visant le président Donald Trump à la suite de la divulgation d’un rapport d’un lanceur d’alerte portant sur la sécurité nationale. Ce rapport allègue que Donald Trump a utilisé son poste pour tenter d’exercer des pressions sur le président ukrainien pour qu’il enquête sur son rival politique, l’ancien vice-président Joseph Biden.

De mon point de vue, bien qu’il s’agisse d’une allégation grave, cette nouvelle n’a que peu d’intérêt pour l’économie et les marchés. Les marchés boursiers ont à peine réagi à cette manchette; ils ont beaucoup plus réagi aux actualités entourant les relations commerciales (ce dont je parlerai dans un instant). Par contre, si, à l’issue de l’enquête, il se passait quelque chose de spectaculaire, nous pourrions assister à une recrudescence de volatilité et même à un repli boursier. Or, rien de ce qui pourrait se produire dans les prochains mois ne laisse présager de développements susceptibles d’accroître l’incertitude à l’égard de la politique économique. Par exemple, dans le pire des scénarios, si le président était effectivement destitué (ce qui est extrêmement peu probable), il serait remplacé par un vice-président de son Administration qui maintiendrait probablement les mêmes politiques. De plus, la Réserve fédérale américaine conserverait probablement une politique monétaire très accommodante, qui soutiendrait aussi les cours boursiers.

 

Brexit : l’incertitude accrue à l’égard de la politique économique a eu un impact

La saga du Brexit se poursuit et elle touche l’économie et les marchés parce qu’elle provoque énormément d’incertitude à l’égard de la politique économique, ce qui a toujours freiné les dépenses d’investissement des entreprises. La semaine dernière, la Cour suprême du Royaume-Uni a conclu que le premier ministre Boris Johnson a illégalement fermé le Parlement et les travaux ont déjà repris. On a appris jeudi dernier que les partis d’opposition (à savoir le parti travailliste, le parti libéral démocrate et le parti vert) se sont réunis et ont décidé de donner la priorité à la lutte contre un « Brexit sans accord ». Ils ont convenu d’unir leurs efforts pour s’opposer à la tenue d’une nouvelle élection jusqu’à ce qu’une « sortie pure et simple » de l’Union européenne ait été évitée.

Les développements de la semaine dernière ont ravivé l’optimisme voulant que le Royaume-Uni parvienne à éviter un Brexit sans accord. Malgré tout, les gens sont conscients que l’économie a déjà subi des pressions en raison de l’augmentation marquée de l’incertitude à l’égard de la politique économique, qui a freiné les dépenses d’investissement des entreprises, et que la situation va probablement continuer de se détériorer même si le Royaume-Uni n’aboutit pas à une sortie pure et simple de l’Union européenne (UE).

Michael Saunders, membre du comité de la politique monétaire de la Banque d’Angleterre, qui est perçu comme un « faucon monétaire », a insisté sur cet élément la semaine dernière en affirmant que « l’incertitude élevée qui perdure », même si le Royaume-Uni parvient à un accord avec l’UE, va forcer la Banque d’Angleterre à maintenir une politique monétaire accommodante et peut-être même à procéder à d’autres baisses de taux.1 Ainsi, les actualités entourant la saga du Brexit pourraient avoir un impact considérable sur l’économie, de même que sur les actions, les gilts et la livre sterling, du moins à court et à moyen termes.

 

Évolution du différend opposant les États-Unis et la Chine : significative, mais fluide

Le vendredi 27 septembre, nous avons appris que les États-Unis envisagent de restreindre les flux de capitaux vers la Chine et de limiter l’accès des sociétés chinoises aux marchés boursiers américains. En particulier, Bloomberg a annoncé que les États-Unis songent à prendre les mesures énumérées ci-dessous :

  • Radier les sociétés chinoises (certificats américains d’actions étrangères) des bourses américaines
  • Restreindre l’inclusion des sociétés chinoises dans les indices boursiers, comme les indices MSCI
  • Limiter l’exposition des régimes de retraite américains aux marchés boursiers et obligataires chinois (locaux et étrangers)

À mon avis, les relations commerciales influencent l’économie au même titre que le Brexit, en ce sens qu’elles peuvent accroître considérablement l’incertitude à l’égard de la politique économique et freiner les dépenses d’investissement des entreprises et les autres dépenses. Voilà pourquoi l’actualité entourant les relations  commerciales fait bouger les marchés. Cette révélation a eu un impact très négatif sur les marchés boursiers vendredi. Les actions américaines ont chuté considérablement, mais les actions chinoises ont été encore plus durement touchées.

Or, il ne faut pas réagir de façon exagérée. Comme je l’ai déjà dit, je crois que les États-Unis vont vouloir de plus en plus conclure un accord commercial à l’approche des élections présidentielles de 2020, mais je m’attends à ce que la Chine fasse des concessions uniquement pour réduire le déficit commercial, si elle est disposée à en faire. Un outil de négociation pour les États-Unis pourrait être des menaces comme celles de vendredi dernier, qui me rappellent deux autres avertissements inhabituels servis récemment : le gazouillis de Donald Trump à la fin mai menaçant d’imposer des tarifs douaniers au Mexique afin de faire respecter la politique d’immigration et celui du mois d’août menaçant d’empêcher les entreprises de faire des affaires en Chine. Cette dernière mise en garde a été suivie de déclarations de M. Trump qui disait que la International Emergency Economic Powers Act of 1977 lui confère le pouvoir de faire respecter cette restriction. Cette loi est importante en ce sens qu’elle accorde au président énormément de pouvoir, ce qui pourrait certainement accroître l’incertitude à l’égard de la politique économique. Cependant, elle n’a pas encore été utilisée et je suis de plus en plus convaincue qu’elle ne le sera pas.

En fin de semaine, Monica Crowley, porte-parole du Trésor américain, a déclaré que les États-Unis ne prévoient pas, du moins pour le moment, empêcher les sociétés chinoises de s’inscrire à la cote des bourses américaines. Et, ce matin, soit le 30 septembre, Pete Navarro, conseiller américain au Commerce, a qualifié le tout de « fausses nouvelles », affirmant que les États-Unis n’envisagent pas d’imposer de telles restrictions.2 Par conséquent, il semble que cette annonce, tout comme la menace tarifaire du mois de mai contre le Mexique et celle du mois d’août contre la Chine, ne sont qu’un outil de négociation et qu’on pourrait en faire fi, car elles ne contribuent pas à accroître l’incertitude à l’égard de la politique économique.

Il faut s’attendre à ce que les rapports et les menaces de ce genre se multiplient en raison de l’enquête en vue d’une procédure de destitution et à l’approche des élections présidentielles, mais ils ne toucheront probablement pas non plus l’économie et les marchés. Cela étant dit, je pense que nous devons rester vigilants car, si une telle menace devait se concrétiser, cela augmenterait considérablement le niveau d’incertitude à l’égard de la politique économique, ce qui aurait des conséquences sur l’économie et sur les marchés.

Je tiens à souligner que la Chine n’a pas réagi en adoptant elle aussi une position plus protectionniste. Les organismes de réglementation chinois ont récemment fait des pas de géant pour démontrer que le gouvernement prend les mesures qui s’imposent en vue de libéraliser les marchés financiers en supprimant les obstacles aux investissements institutionnels étrangers en Chine. Ce mois-ci, Beijing a aboli le plafond de 300 milliards de dollars sur les investissements directs étrangers dans des actions chinoises qui se négocient sur les marchés locaux. Même si les États-Unis continuent de faire planer la menace d’autres politiques protectionnistes à l’endroit de la Chine, il me semble peu probable que les États-Unis se dissocient complètement de la Chine sur le plan financier. Une des raisons qui soutiennent ma thèse est que trop d’entreprises américaines dépendent de la Chine pour alimenter leur croissance.

En conclusion, je crois que les investisseurs devraient être prêts à presque tout, car je pense que les États-Unis vont tenir de plus en plus à conclure un accord avec la Chine (en ayant recours à la méthode de la carotte ou du bâton), mais aussi que l’Administration Trump va vouloir détourner l’attention de la procédure de destitution.

 

Considérations relatives aux investissements

Je m’attends à ce que les perturbations géopolitiques se poursuivent et deviennent plus imprévisibles. Cela pourrait entraîner, du moins dans le cas de l’évolution des relations commerciales, à une volatilité accrue des actions et des bons du Trésor. Je crois que les investisseurs devraient anticiper cette volatilité et y voir un rappel de l’importance d’une bonne diversification. De plus, les investisseurs pourraient profiter des occasions créées par la volatilité à la baisse pour investir dans des titres survendus, comme des actions chinoises. À très court terme, je m’attends à plus de nouvelles portant sur les relations commerciales, tant positives que négatives, à l’approche du début d’une nouvelle ronde de négociations sur les échanges commerciaux, le 10 octobre prochain.

 

 

 

 

 

 

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1 Source : Banque d’Angleterre, extrait d’une allocution de Michael Saunders intitulée « Shifting balance of risks », 27 septembre 2019
2 Source : CNBC, « Peter Navarro: Chinese companies restrictions story is ‘fake news’ », 30 septembre 2019
Renseignements importants
Image d’en-tête du blogue : Portis Head / Getty Images
La diversification ne garantit pas un profit et n’élimine pas le risque de perte.
Dans un Brexit « sans accord », le Royaume-Uni quitterait l’UE sans accord officiel établissant les dispositions de leur relation.
Un « faucon monétaire » est quelqu’un qui est plus soucieux de maîtriser l’inflation en maintenant des taux d’intérêt plus élevés que de contenir les pressions sur la croissance économique pouvant découler de taux plus élevés. Les faucons monétaires ont tendance à privilégier une politique monétaire plus restrictive, tandis que les colombes monétaires favorisent habituellement une politique monétaire plus souple.
Les gilts du Royaume-Uni sont des obligations émises par le gouvernement britannique.
Un certificat américain d’actions étrangères (CAAE) est un certificat qui représente des actions d’une société étrangère détenues et émises par une banque américaine.
Les risques d’investir dans des titres d’émetteurs étrangers, y compris ceux des marchés émergents, peuvent inclure la fluctuation des devises étrangères, l’instabilité politique et économique, et les problèmes liés à l’imposition étrangère.
Les placements dans des sociétés établies dans la Chine élargie ou qui exercent une partie de leurs activités dans cette région comportent les risques suivants : la nationalisation, l’expropriation ou la confiscation de biens, la difficulté à obtenir et à assurer l’exécution d’un jugement, ou les deux, la modification ou l’abandon des réformes économiques, les conflits armés et la dépendance de la Chine à l’égard des économies des autres pays asiatiques, dont beaucoup sont des pays en voie de développement.
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 30 septembre 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.