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Kristina Hooper | 21 août 2019

Outre la courbe des taux, il y a d’autres indicateurs économiques à surveiller

La semaine dernière, la courbe des taux des bons du Trésor américain, plus précisément l’écart entre le taux des bons du Trésor américain à 10 et à 2 ans, s’est inversé brièvement. Une courbe des taux inversée est considérée comme un bon indicateur avancé de récession et c’est la raison pour laquelle les marchés se sont repliés de crainte qu’une récession ne survienne au cours de la prochaine année. Or, à mon avis, une récession aux États-Unis peut encore être évitée et c’est pourquoi nous devons surveiller de près les statistiques économiques. J’ai reçu un certain nombre de questions des clients et des médias concernant les autres indicateurs à suivre pour avoir une meilleure idée de la santé de l’économie. Voici quelques-uns des indicateurs que nous devons surveiller et quelques mises en garde:

 

Quatre indicateurs économiques à surveiller

 

  1. Le prix du cuivre. Ce paramètre, communément appelé « Dr Cuivre », a toujours été considéré comme un bon indicateur de la conjoncture économique mondiale parce que le cuivre est un métal industriel utilisé dans le domaine de la construction et pour la fabrication de nombreux autres produits finis. La sagesse populaire veut qu’en période de croissance économique, le cuivre est plus en demande et, par conséquent, son prix augmente, tandis qu’en période de ralentissement économique, le cuivre n’est pas utilisé autant et son prix baisse. Le prix du cuivre a chuté considérablement ces derniers mois, mais il est important de savoir qu’il s’agit d’un indicateur économique mondial, donc cela ne veut pas nécessairement dire que l’économie américaine ralentit, toutefois, compte tenu de l’interconnectivité de l’économie mondiale, j’estime qu’un ralentissement des grandes économies étrangères entraînerait probablement un ralentissement de l’économie américaine.
  2. Les indices ISM manufacturier et non manufacturier. Ces enquêtes effectuées auprès des gestionnaires en approvisionnement sont considérées comme d’assez bons indicateurs de tendance de l’économie américaine et des points tournants du cycle économique. Dans le cas de l’indice ISM manufacturier, un indice sommaire supérieur à 50 points signale une expansion du secteur manufacturier, alors qu’un indice sommaire inférieur à 50 points signale une contraction. Je tiens également à souligner qu’un indice inférieur à 43 points pendant une période prolongée signale que l’ensemble de l’économie se contracte. En ce qui concerne l’indice ISM non manufacturier, un indice sommaire supérieur à 50 points signale une expansion du secteur non manufacturier, tandis qu’un indice sommaire inférieur à 50 points signale une contraction. Sachez que le Institute for Supply Management (ISM) affirme qu’un indice inférieur à 48,7 points sur une période prolongée indique généralement une contraction de l’ensemble de l’économie. Les données les plus récentes, celles de juillet, sont 51,2 points pour l’indice ISM manufacturier et 53,7 points pour l’indice ISM non manufacturier.1 Les deux indices se situent en territoire expansionniste, mais ils sont en baisse ces derniers mois.
  3. L’écart des attentes des consommateurs. Les consommateurs jouent un rôle tellement important dans l’économie américaine — ils représentent environ 70 % du produit intérieur brut (PIB)2 — qu’il est crucial de pouvoir mesurer la confiance ou les dépenses des consommateurs. D’ailleurs, l’écart des attentes des consommateurs (l’écart entre la confiance et les attentes) est considéré comme un excellent indicateur d’un ralentissement économique imminent. Si les consommateurs pensent que l’avenir est moins reluisant que le présent, alors il y a de quoi s’inquiéter; plus l’écart est grand, plus il y a de quoi s’inquiéter. Au cours des derniers mois, alors que l’indice sommaire de confiance des consommateurs est demeuré élevé, l’écart entre la confiance et les attentes, selon l’indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan, s’est passablement élargi, ce qui constitue un signal négatif significatif que nous devrions suivre de près.
  4. L’indice composite des indicateurs économiques avancés. Le Conference Board publie cet indice global constitué de dix composantes qui aident à évaluer et à prévoir les perspectives économiques : nombre moyen d’heures travaillées par semaine dans le secteur manufacturier, nombre hebdomadaire moyen de premières demandes de prestations d’assurance-chômage, nouvelles commandes de biens de consommation et de matériaux des fabricants, indice ISM manufacturier des nouvelles commandes, nouvelles commandes de biens d’équipement non militaires des fabricants, nouveaux permis de construction résidentielle, indice S&P 500, masse monétaire ajustée en fonction de l’inflation (M2), écart entre les taux à long et à court termes (bons du Trésor américain à 10 ans et taux des fonds fédéraux) et confiance des consommateurs. En juin, cet indice a légèrement diminué, pour s’établir à 111,5 points.3 Il s’agit de la première baisse depuis décembre, ce qui laisse entrevoir une croissance plus lente pendant la deuxième moitié de 2019, mais pas une recession

 

L’« inconnue » dans l’équation de la récession : les tarifs douaniers

Les indicateurs susmentionnés peuvent nous donner une idée générale de l’état de l’économie américaine, mais je tiens à souligner que, compte tenu de l’intensification des guerres tarifaires, nous nageons en plein inconnu.

Les économies les plus fortes peuvent devenir vulnérables à une récession en raison de politiques protectionnistes et de guerres commerciales. (par exemple, en 1929, avant l’entrée en vigueur de la Smoot-Hawley Tariff Act (loi prévoyant l’adoption de tarifs douaniers) et avant que la Grande Dépression n’atteigne son apogée, l’économie américaine enregistrait un taux de croissance du PIB de 6 % et le taux de chômage n’était que de 3 %.4) Cela tient au fait que les tarifs peuvent avoir un certain nombre de retombées négatives, plus particulièrement l’incertitude à l’égard de la politique économique.

La semaine dernière, le gouverneur adjoint de la Banque de réserve d’Australie (BRA), Guy Debelle, a insisté sur le fait que le différend commercial opposant les États-Unis et la Chine cause des dommages importants dans le monde entier en raison de l’incertitude qu’il provoque à l’égard de la politique économique. Voici comment il a décrit la gravité de la situation : « En ce qui concerne les tarifs, la perspective de tarifs de l’ordre de 25 % est une considération de premier ordre pour déterminer s’il faut investir dans une nouvelle usine ou dans de nouvelles machines et où s’implanter. Les entreprises préfèrent attendre que l’incertitude se dissipe avant d’investir. Plus les entreprises retardent leurs investissements, plus la demande va diminuer, ce qui va conforter les entreprises dans leur décision d’attendre. Cela risque d’entraîner le repli annoncé ».5

C’est la raison pour laquelle j’aime aussi suivre les paramètres que je juge utiles pour évaluer les retombées des guerres tarifaires et l’incertitude à l’égard de la politique économique (certains de ces paramètres sont inclus dans l’indice des indicateurs avancés) : indice de confiance des PDG, prévisions de dépenses des PME de la NFIB (National Federation of Independent Business) et commandes de biens d’équipement; tous des indicateurs qui ont reculé ces derniers mois. L’indice d’incertitude en matière de politique économique et l’indice ISM manufacturier des nouvelles commandes sont d’autres paramètres qu’il faut suivre pour mieux mesurer l’impact de l’incertitude à l’égard de la politique économique; or, les deux indiquent une augmentation de l’incertitude.

 

La récession ne semble pas imminente

Bien que ces indicateurs soient en baisse et qu’ils illustrent clairement les répercussions des guerres tarifaires, aucun d’eux ne signale une récession imminente. Qui plus est, la consommation demeure élevée aux États-Unis, comme en témoignent les fortes ventes au détail de juillet, en hausse de 0,7 %, ce qui est largement supérieur aux prévisions.6 Cet élément est important, puisque l’économie américaine repose en grande partie sur la consommation.

Même si la consommation demeure élevée, nous devons également surveiller la confiance des consommateurs, qui nous donne un avertissement. La semaine dernière, nous avons appris que l’indice généralisé de confiance des consommateurs américains a reculé à 92,1 points en août, son plus faible résultat depuis le début de 2019.7 Selon une déclaration de l’Université du Michigan, « les consommateurs ont vivement réagi à l’augmentation proposée pour septembre des tarifs sur les importations en provenance de la Chine ».

 

Retombées sur les placements

La bonne nouvelle est que, bien que l’économie ralentisse, les banques centrales sont proactives. Rien que la semaine dernière, plusieurs banques centrales, y compris la Banque de réserve de l’Inde, ont abaissé leur taux directeur. Je doute que l’assouplissement des politiques monétaires des banques centrales puisse réparer les dommages causés par les tarifs douaniers, mais j’ai confiance que les politiques des banques centrales vont contribuer à soutenir les actifs à risque malgré le ralentissement de l’économie mondiale. Je pourrais imaginer un scénario dans lequel l’économie ralentit, mais les actions et les autres actifs à risque obtiennent de relativement bons rendements. À mon avis, les investisseurs qui ont un horizon temporel plus long auraient avantage à garder le cap et à continuer de diversifier leurs portefeuilles et faire preuve de courage, en dépit des manchettes déconcertantes.

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1 Source : Institute for Supply Management
2 Source : Bureau of Economic Analysis
3 Source : The Conference Board
4 Source : U.S. Census Bureau; Louis Johnston et Samuel H. Williamson, « What Was the U.S. GDP Then? » Measuring Worth, 2019.
5 Source : Reuters, « Sino-U.S. trade dispute risks self-fulfilling downturn: RBA », 14 août 2019
6 Source: Département américain du commerce
7 Source : Indice de confiance des consommateurs compilé par l’Université du Michigan.
Image d’en-tête du blogue : Lucie Delavay / Unsplash.com
La diversification ne garantit pas un profit et n’élimine pas le risque de perte.
Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.
Une courbe des taux inversée fait référence à une situation où, à cote de solvabilité égale, les obligations à court terme ont un rendement supérieur à celui des obligations à long terme. Lorsque la courbe des taux est normale, les obligations à long terme procurent un rendement plus élevé.
Un écart représente la différence entre deux valeurs.
Le taux des fonds fédéraux est le taux de financement à un jour auquel les banques se prêtent entre elles.
La M2 est une mesure de la masse monétaire qui comprend les dépôts en espèces et par chèques, ainsi que les dépôts d’épargne, les titres du marché monétaire, les fonds communs de placement et les autres dépôts à terme.
L’indice ISM manufacturier est calculé à partir des enquêtes menées auprès des entreprises du secteur manufacturier par le Institute for Supply Management et suit l’emploi, la production, les stocks, les nouvelles commandes et les livraisons des fournisseurs.
L’indice ISM non manufacturier est calculé à partir des enquêtes menées auprès des directeurs des achats des entreprises du secteur non manufacturier à l’échelle nationale par le Institute for Supply Management et suit l’activité économique, les nouvelles commandes, l’emploi et les livraisons des fournisseurs.
L’indice ISM manufacturier des nouvelles commandes est calculé à partir des enquêtes menées auprès des entreprises du secteur manufacturier par le Institute for Supply Management et suit les nouvelles commandes dans plusieurs segments du secteur manufacturier.
L’indice composite des indicateurs économiques avancés, publié par le Conference Board, suit dix composantes qui aident à évaluer et à prévoir les perspectives économiques.
L’indice S&P 500® est un indice non géré considéré comme représentatif du marché boursier américain.
L’indice d’incertitude en matière de politique économique est compilé à partir de trois composantes sous-jacentes qui quantifient la fréquence à laquelle les journaux parlent d’incertitude liée aux politiques économiques, répertorient le nombre de dispositions de la législation fiscale fédérale qui vont expirer au cours des prochaines années et utilisent les désaccords entre les prévisionnistes économiques pour mesurer le degré d’incertitude.
La loi américaine de 1930 sur les tarifs douaniers, communément appelée Smoot-Hawley Tariff Act, a fait grimper les tarifs américains sur l’importation de denrées agricoles et de produits manufacturiers étrangers. Cette loi a été parrainée par le sénateur Reed Owen Smoot et le représentant Willis Chatman Hawley.
Le produit intérieur brut est un indicateur généralisé de l’activité économique d’une région qui mesure la valeur monétaire de tous les produits finis et services produits dans cette région au cours d’une période donnée.
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 19 août 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.