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Kristina Hooper | 7 juillet 2020

Pendant combien de temps les données économiques peuvent-elles s’améliorer tandis que les infections continuent de se propager?

Le rapport sur l’emploi aux États-Unis et l’indice des gestionnaires en approvisionnement se sont améliorés en juin, mais l’augmentation du nombre de cas d’infection demeure une préoccupation majeure. Je ne serais pas étonnée de voir une détérioration de ces données au cours des prochains mois si les décideurs font preuve de complaisance. À mon avis, d’autres mesures de relance budgétaire sont clairement nécessaires, car certaines entreprises annoncent des mises à pied et déposent leur bilan, tandis que d’autres referment volontairement des magasins.

La semaine dernière, les États-Unis ont dévoilé leur rapport sur le marché de l’emploi pour le mois de juin. Pour le deuxième mois consécutif, ce rapport a été impressionnant, dépassant largement les attentes de croissance du nombre d’emplois non agricoles et de taux de chômage. Malgré tout, deux éléments clés me préoccupent :

 

  • Il faut se rappeler qu’il s’agit d’un instantané (qui fait état de la situation de la mi-mai à la mi-juin) qui ne reflète pas la récente remise en vigueur de mesures plus strictes dans certaines régions des États-Unis où le virus de la COVID-19 n’est toujours pas sous contrôle. Cela signifie que le rapport sur l’emploi de juillet pourrait être moins encourageant, surtout si le nombre de cas d’infection continue d’augmenter et entraîne des mesures de confinement plus strictes. Cela pourrait provoquer énormément de pertes d’emplois, surtout dans les secteurs de l’économie où le nombre d’emplois a le plus augmenté selon le rapport sur l’emploi de juin, en l’occurrence les industries des loisirs et de l’hôtellerie ainsi que du commerce de détail.
  • Mon autre crainte est que ce rapport sur l’emploi positif dissuade le Congrès d’adopter d’autres mesures de relance budgétaire. Même si la Chambre des représentants a adopté un autre projet de loi de relance substantiel en mai — la loi HEROES – les républicains du Sénat ont clairement indiqué qu’ils veulent « attendre de voir » comment la situation va évoluer avant d’adopter d’autres mesures de relance. Or, les mesures de relance budgétaire ont contribué aux rapports sur l’emploi supérieurs aux prévisions en mai et en juin et, à mon avis, ce serait une erreur de ne pas en tenir compte.

 

Les statistiques économiques mondiales se sont améliorées en juin

Les autres statistiques économiques aux États-Unis ont également été très encourageantes. Par exemple, l’indice ISM manufacturier des gestionnaires en approvisionnement (PMI) pour le mois de juin est supérieur aux attentes, à 52,6 points, soit une nette amélioration par rapport aux 43,1 points du mois précédent.1 En fait, il s’agit du meilleur résultat de cette série depuis avril 2019. Qui plus est, le nouveau sous-indice des commandes a monté en flèche, passant de 31,8 points en mai à 56,4 points en juin, ce qui augure bien pour l’avenir.1

Les États-Unis ne sont pas seuls. Les statistiques de l’Europe et de l’Asie montrent aussi une amélioration de la situation économique :

  • Les indices PMI de l’Europe ont augmenté considérablement. L’indice composé PMI pour le mois de juin se chiffre à 48,5 points, en forte hausse par rapport aux 31,9 points du mois de mai. L’indice PMI manufacturier de juin s’établit à 47,4 points, contre 39,4 points en mai, tandis que l’indice PMI du secteur tertiaire a clôturé à 48,3 points versus 30,5 points pour le mois de mai.2
  • En Asie, les indices PMI pour le mois de juin se sont également améliorés. L’indice PMI officiel du Bureau national chinois de la statistique et l’indice PMI Caixin ont tous deux continué de s’améliorer graduellement. Par exemple, l’indice manufacturier de la société privée Caixin est passé de 50,7 points en mai à 51,2 points en juin, alors que l’indice du secteur tertiaire s’est hissé à 58,4 points versus 55,0 points un mois plus tôt, enregistrant le taux de croissance le plus élevé depuis avril 2010.3 À mon avis, certaines statistiques du Japon, de Taïwan et de la Corée du Sud se sont très peu améliorées.

 

L’augmentation du nombre de cas d’infection demeure une préoccupation majeure aux États-Unis

La grande différence entre les États-Unis et ces autres économies est qu’aux États-Unis, le taux d’infection à la COVID-19 augmente. Il y a plusieurs semaines, j’ai abordé le dilemme des États-Unis — où les statistiques économiques s’améliorent, tandis que le nombre de cas d’infection augmente — et je me suis demandé pendant combien de temps cette situation pouvait durer. Je ne suis pas sûre que cette situation puisse durer encore bien longtemps si d’autres mesures de relance budgétaire ne sont pas prévues. À mon avis, d’autres mesures de relance budgétaire sont clairement nécessaires, car de nombreuses mesures de relance déjà adoptées sont de nature très temporaire. De plus, un nombre croissant d’entreprises annoncent des mises à pied et déposent leur bilan, tandis que d’autres referment volontairement des magasins.

Il y a plusieurs semaines, le secrétaire du Trésor américain, Steven Mnuchin, a partagé son point de vue lors de l’événement Bloomberg Invest Global en disant que les États-Unis seraient sortis de la récession d’ici la fin de l’année. Je ne suis pas en désaccord, mais je pense qu’il faudra prendre le contrôle du virus et fournir un soutien budgétaire continu pour permettre à l’économie américaine d’enregistrer une forte croissance. Les États-Unis pourraient continuer de suivre les traces économiques de la Chine et de l’Europe mais, pour ce faire, ils devront aussi suivre leurs traces épidémiologiques et réussir à « aplatir la courbe ». Or, je crains que cela devienne de plus en plus difficile parce qu’une importante cohorte d’Américains se montre récalcitrante au port du masque. Il convient de noter que certains ont résisté au port du masque aux États-Unis pendant la pandémie de grippe espagnole de 1918, à un point tel qu’une « Ligue Anti-Masque » a vu le jour à San Francisco, mais la plupart se sont conformés parce qu’ils considéraient qu’ils avaient le devoir patriotique de protéger les soldats américains de retour de la Première Guerre mondiale.

La hausse du taux d’infection, surtout en l’absence de mesures de relance budgétaire supplémentaires, risque d’avoir un impact à plus long terme sur les marchés boursiers — à tout le moins sur les marchés boursiers américains — surtout pendant la période de déclaration des bénéfices. Près de 40 % des sociétés de l’indice S&P 500 ont renoncé à émettre des prévisions de bénéfices cette année, mais elles n’ont pas cessé de déclarer leurs bénéfices.4 Et, cela pourrait remettre les pendules à l’heure sur les marchés boursiers. FactSet Research Systems Inc. estime que les bénéfices des sociétés de l’indice S&P 500 pour le deuxième trimestre se chiffrent à -43,8 %.

 

Conclusion

Le rapport sur l’emploi encourageant pour le mois de juin et les indices PMI des États-Unis sont certes rassurants, mais je suis moins enthousiaste à l’égard des États-Unis que de l’Europe et de la Chine. Je ne serais pas étonnée de voir une détérioration des statistiques économiques américaines au cours des prochains mois si les décideurs font preuve de complaisance. À mon avis, les épargnants devraient se préparer à cette éventualité, qui risque d’attiser la volatilité des marchés.
Pour l’instant, je persiste à croire que le soutien monétaire massif de la Réserve fédérale et d’autres banques centrales donne un penchant à la hausse aux actions. Cependant, je maintiens mon point de vue de longue date selon lequel une gestion en trois volets de cette crise (qui englobe la politique monétaire, la politique budgétaire et la politique de santé publique) est nécessaire pour assurer une forte croissance économique. Autrement dit, même si les banques centrales font ce qu’elles peuvent, je crois que d’autres mesures de relance budgétaire et un meilleur contrôle de la propagation du virus sont nécessaires pour soutenir l’économie en attendant qu’on trouve un vaccin qui pourra être déployé efficacement aux quatre coins du monde. Et, même si les marchés boursiers se sont dissociés de l’économie ces derniers mois, il se peut que la période de déclaration des bénéfices les réunissent, ne serait-ce que temporairement, et rende les actions plus sensibles à la hausse du taux d’infection et à l’absence possible de mesures de relance budgétaire. Par conséquent, il va de soi que nous allons suivre avec beaucoup d’intérêt la période de déclaration des bénéfices.

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1 Source : Institute for Supply Management, 1er juillet 2020

2 Source : IHS Markit

3 Source : Caixin

4 Source : FactSet Research Systems Inc.

Les indices des gestionnaires en approvisionnement reposent sur des sondages mensuels menés auprès des entreprises du monde entier et évaluent la conjoncture économique dans les secteurs manufacturier et tertiaire.

L’indice S&P 500® est un indice non géré considéré comme étant représentatif du marché boursier américain.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 6 juillet 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.

Image d’en-tête du blogue : DSCimage / Getty