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Kristina Hooper | 29 mars 2021

Pourquoi les investisseurs aiment et craignent la Réserve fédérale américaine

Boussole hebdomadaire des marchés : Les investisseurs sont peut-être reconnaissants envers la Réserve fédérale américaine pour les mesures de relance économique, mais ils se méfient également de ce que l’avenir leur réserve

S’il fallait décrire en quelques mots la relation entre les investisseurs et la Réserve fédérale américaine (Fed), le plus simple serait de dire ceci : « Elle est compliquée ».

Les cours boursiers fluctuent et les catégories d’actifs qui dominent au chapitre du rendement alternent au gré des craintes d’inflation ou, plus précisément, des craintes de la réaction de la Fed si le taux d’inflation augmente. Autant les investisseurs craignent la Fed, autant ils apprécient tout ce qu’elle a fait pour eux. Après tout, le marché haussier qui dure depuis mars 2009 est en grande partie attribuable à la politique monétaire extraordinairement accommodante de la Fed, en particulier les mesures d’assouplissement quantitatif. De même, le marché haussier qui dure depuis mars 2020 est l’œuvre des mesures de relance économique de la Fed. Autrement dit, les investisseurs ont développé un lien très fort, certains iraient même jusqu’à dire une dépendance, avec la banque centrale.

Les propos rassurants de la Fed sont tombés dans l’oreille d’un sourd

La bonne nouvelle est que la Fed se veut sensible aux préoccupations des investisseurs quant à l’avenir. Le président du conseil de la Fed, Jay Powell, veut les rassurer. Chaque fois que l’occasion se présente, il tente de les rassurer en leur disant que la Fed va maintenir sa politique monétaire expansionniste pendant un certain temps et qu’elle va interpréter les hausses du taux d’inflation comme étant une situation passagère. La semaine dernière, par exemple, M. Powell s’est rendu au Capitole pour réconforter et rassurer les investisseurs. Il a clairement indiqué qu’il n’était pas préoccupé par la hausse des taux obligataires à long terme et a laissé entendre qu’ils reflètent un optimisme grandissant : « Il semble que les taux ont réagi aux nouvelles concernant la vaccination, mais aussi à la croissance ».1 Il a insisté pour dire que la hausse des taux obligataires a été ordonnée et que la Fed n’aurait réagi que si elle avait été désordonnée.

M. Powell a réitéré qu’il ne croit pas que la tendance des prix à long terme sera altérée par le plus récent plan de relance budgétaire, ni par les goulots d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement ni même par la flambée de la demande des consommateurs attendue plus tard cette année, une fois que l’économie sera rouverte. Il a ajouté que même si la Fed anticipe des pressions à la hausse sur les prix, celles-ci devraient être passagères. Il a été catégorique : « À long terme, nous pensons que la dynamique d’inflation observée dans le monde depuis un quart de siècle est demeurée essentiellement intacte. La demande dans le monde est faible et l’inflation aussi… et nous pensons que cette dynamique n’a pas disparu du jour au lendemain et ne disparaîtra pas de sitôt. »1 Malheureusement, si l’on se fie à la réaction des investisseurs ce jour-là, ils ne l’ont pas cru et craignent toujours que l’inflation augmente et que la Fed soit obligée de resserrer sa politique monétaire.

On dirait que les investisseurs s’attendent toujours au pire de la Fed. Ils ne croient pas M. Powell quand il prononce des mots rassurants, mais s’accrochent aux moindres commentaires qui peuvent être perçus comme étant bellicistes. Jeudi dernier, il a accordé une entrevue à NPR. Il a répété bon nombre des propos rassurants qu’il avait formulés au Capitole plus tôt dans la semaine. Il a aussi fait part de ses perspectives économiques optimistes pour 2021. Il a également essayé d’être honnête et transparent en clamant une évidence : «… lorsque nous serons très près d’atteindre nos objectifs, nous réduirons progressivement les achats de bons du Trésor et de titres adossés à des créances hypothécaires».2 Il a parlé de relever les taux d’intérêt à plus long terme, mais a affirmé que le resserrement serait très progressif et transparent. Malgré tout, cela a provoqué la panique chez les investisseurs. Les indices composé NASDAQ, S&P 500 et Dow Jones des valeurs industrielles ont tous chuté considérablement en quelques heures seulement, jusqu’à ce que les investisseurs reprennent leurs sens et recommencent à acheter des titres.

Les investisseurs devraient attendre de voir comment la Fed va réagir à l’inflation

Le meilleur conseil que je puisse donner aux investisseurs est de ne pas trop laisser la Fed, ou toute autre banque centrale, influencer leur stratégie de placement à long terme. Je crois que la Fed va tenir les engagements pris par M. Powell, mais je sais que de nombreux investisseurs sont très sceptiques. Ces derniers doivent accepter le fait qu’ils ne sauront pas si M. Powell tiendra ses promesses tant que l’inflation n’aura pas monté en flèche et que la Fed n’aura pas eu l’occasion de réitérer qu’il s’agit d’une hausse passagère et de démontrer qu’elle va maintenir le statu quo. Ils ne sauront pas si la Fed a réellement abandonné le resserrement préventif tant qu’elle ne leur en aura pas donné la preuve.

La bonne nouvelle dans la conjoncture actuelle, alors que tant d’investisseurs sont devenus dépendants de la Fed, est que d’autres investisseurs peuvent profiter des liquidations liées au « jargonnage » de la Fed, communément appelé « Fedspeak », qui peuvent générer des occasions d’achat tactiques attrayantes pour les investisseurs qui ont un horizon temporel plus long. Cependant, à mon avis, si les marchés deviennent réellement désordonnés, M. Powell interviendra probablement.

La Fed est-elle la seulement source d’inquiétude des investisseurs? Non, il y en a d’autres. Mais la leçon est la même : au lieu de passer au peigne fin chaque déclaration de M. Powell ou d’un dirigeant d’une autre banque centrale et de paniquer chaque fois qu’ils ouvrent la bouche, je pense que les investisseurs feraient mieux de consacrer plus de temps à analyser les caractéristiques fondamentales des titres et de se concentrer sur leurs objectifs à long terme.

Perspectives

La semaine prochaine, je porterai une attention particulière au nombre de cas d’infection à la COVID-19 en Europe. La région est en proie à une troisième vague d’infections qui menace de frapper plus fort que les vagues précédentes. Elle ne diffère pas de la troisième vague que les États-Unis ont connue il y a plusieurs mois et qui a été sa pire vague. Malheureusement, le déploiement des vaccins en Europe a été pour le moins décevant et les nouvelles souches plus infectieuses du virus se propagent rapidement. Les mesures de confinement sont prolongées et pourraient être resserrées puisque les responsables gouvernementaux préviennent la population que les hôpitaux sont débordés. Cela pourrait retarder davantage la reprise économique dans la zone euro, déjà retardée par la lenteur du déploiement des vaccins. Les autorités vont devoir absolument parvenir à contrôler le nombre de cas d’infection dans la zone euro.

Je vais également me pencher sur l’économie chinoise, alors que le gouvernement chinois va publier les résultats des indices des gestionnaires en approvisionnement (PMI) des secteurs manufacturier et non manufacturier et de l’indice PMI manufacturier Caixin. La reprise économique de la Chine est forte depuis le début de l’année et je veux m’assurer qu’il n’y a pas de mauvaises surprises en perspective.

Je vais également suivre de près la volatilité des marchés boursiers provoquée par les retombées du dénouement des positions du fonds de couverture Archegos. Je pense que ce n’est pas différent de la flambée de volatilité déclenchée par Reddit, qui a touché des titres comme Gamestop plus tôt cette année : Je ne vois pas cela comme une source de contagion généralisée, même si cela risque de nuire à certains titres à plus court terme.

Enfin, je porterai une attention particulière au rapport sur l’emploi aux États-Unis qui sera rendu public vendredi. Je m’attends à ce que la création d’emplois non agricoles soit très forte pour le mois de mars et dépasse les prévisions, mais cela risque de provoquer une hausse du taux des bons du Trésor à dix ans et de faire craindre une hausse de l’inflation qui, par le fait même, rendrait les marchés boursiers nerveux parce que les investisseurs vont probablement se dire que la Fed ne restera pas les bras croisés…

1 Source : The Wall Street Journal, « Powell Says Rise in Long-Term Bond Yields Reflects Economic Optimism », 24 mars 2021 2 Source : Transcription d’une entrevue accordée à NPR, 25 mars 2021

2 Source : Transcription d’une entrevue accordée à NPR, 25 mars 2021

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Renseignements importants

Image d’en-tête du blogue : fstockfoto / Getty

En règle générale, les cours des actions fluctuent, parfois même considérablement, en réaction aux activités de la société émettrice, ainsi qu’à la conjoncture des marchés en général, à la situation économique et au climat politique.

L’assouplissement quantitatif (AQ) est une politique monétaire utilisée par les banques centrales pour relancer l’économie lorsque la politique monétaire normale s’avère inefficace.

L’indice composé NASDAQ est l’indice pondéré en fonction de la capitalisation boursière d’environ 3 000 actions ordinaires cotées à la bourse Nasdaq.

L’indice S&P 500® est un indice non géré considéré comme étant représentatif du marché boursier américain.

L’indice Dow Jones des valeurs industrielles est un indice pondéré selon la moyenne arithmétique du cours des 30 titres les plus fortement capitalisés et dont le capital est le plus largement réparti de la Bourse de New York.

Les indices des gestionnaires en approvisionnement (PMI) reposent sur des sondages mensuels menés auprès des entreprises du monde entier et évaluent la conjoncture économique dans les secteurs manufacturier et tertiaire. L’indice PMI Caixin de la Chine se veut un indicateur de la santé économique du secteur manufacturier chinois. Il repose sur des réponses à un sondage mené auprès des cadres supérieurs des achats.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 29 mars 2021. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes