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Kristina Hooper | 15 juin 2021

Pourquoi les investisseurs ont-ils fait fi des plus récents taux d’inflation américains?

Boussole hebdomadaire des marchés : Pourquoi les investisseurs ont-ils fait fi des plus récents taux d’inflation américains? Kristina Hooper explique les cinq raisons possibles de la chute subséquente des taux des bons du Trésor américain à 10 ans.

La grande nouvelle de la semaine dernière est la chute des taux des bons du Trésor américain à 10 ans. On ne s’y attendait pas compte tenu que le rapport sur l’indice des prix à la consommation (IPC) américain dépassait les prévisions, ce qui a alimenté la conversation à savoir si l’inflation sera passagère ou si elle persistera. Les questions que je me suis fait poser le plus souvent la semaine dernière sont : Que se passe-t-il? La situation va-t-elle perdurer??

Répondons d’abord à la première question.

À quoi attribue-t-on la chute des taux des bons du Trésor américain à 10 ans?

L’IPC global américain a grimpé de 5 % sur douze mois en mai 2021.1 Sur un mois, il a avancé de 0,6 % versus le consensus des analystes qui s’élève à 0,5 %.1 L’indice général des prix à la consommation, qui exclut les prix des aliments et de l’énergie, a progressé de 0,7 % sur un mois versus le consensus des analystes qui prévoyait une hausse de 0,5 %.1 Il y a plusieurs raisons pour lesquelles les investisseurs semblent faire fi des taux d’inflation plus élevés que prévu et qui ont fait baisser les taux des bons du Trésor :

Rationalisation du rapport sur l’IPC. Mai 2020 a été terrible pour l’économie américaine, qui était en confinement total. Ainsi, toute comparaison entre mai 2020, le « mois de base », et mai 2021 donne une énorme inflation des prix parce que l’économie s’est considérablement améliorée depuis. L’effet de base est l’une des raisons qui explique le rapport sur l’inflation plus élevé en mai.

Ensuite, il y a eu les composantes de l’IPC qui indiquaient les plus fortes augmentations de prix. Les véhicules d’occasion et les camions y sont pour beaucoup, car les prix ont bondi de 7,3 % sur un mois.1 Les vêtements sont une autre catégorie qui a contribué à la hausse des prix à la consommation, en hausse de 1,3 % sur un mois; de plus, tarifs aériens ont également augmenté de manière significative.1

Analysons ces chiffres : je pense que la demande croissante de transport aérien et de vêtements est assurément passagère. Après avoir été confinés pendant plus de un an, les Américains veulent recommencer à voyager. Cependant, tout le monde ne peut pas voyager; beaucoup travaillent ou commenceront un nouvel emploi au cours des prochains mois, vu le dynamisme du marché du travail et les nombreux débouchés, et ils ne disposent pas d’un nombre illimité de jours de vacances.

Évidemment, ils ont besoin de nouveaux vêtements pour voyager et aller travailler, car la plupart des gens ont simplement alterné entre quelques ensembles en molleton pendant la dernière année (moi la première), mais une fois qu’ils auront renouvelé leur garde-robe, je m’attends à un retour à la normale des dépenses en vêtements.

Quant aux prix des voitures, je présume que la poussée des achats de véhicules d’occasion est attribuable aux personnes qui se préparent à retourner travailler en présentiel et qui ont décidé que le transport en commun n’est pas leur moyen de transport de prédilection. On pourrait donc justifier l’augmentation des prix à la consommation par une combinaison d’effets de base et d’augmentations des prix à court terme. D’ailleurs, il semble que la poussée de la demande de bois d’œuvre s’est déjà calmée, les prix ayant chuté de plus de 30 % par rapport à leur sommet.2

Soulagement : le rapport sur l’IPC aurait pu être pire. Une autre théorie veut que les marchés se préparaient à bien pire; comme les rumeurs parlaient d’une augmentation de l’IPC encore plus forte, une hausse de 5 % a été un véritablement soulagement. Autrement dit, nous avons évité le pire, alors nous devrions nous réjouir de ce résultat.

Craintes d’une résurgence de la pandémie. Une autre théorie veut que le marché obligataire a réagi aux craintes que certains pays ne parviennent pas à contenir la COVID-19, en particulier le variant Delta qui se propage rapidement et qui est préoccupant, ce qui aurait pu affaiblir la croissance économique.

Le variant Delta est considéré comme étant plus dangereux et plus grave que le virus original de la COVID-19. Environ 12 % des patients atteints du variant Delta tombent gravement malades trois à quatre jours après l’apparition des symptômes, ce qui est nettement supérieur aux 2 à 3 % dans le cas du virus original de la COVID-19.3 De plus, le variant Delta serait 60 % plus transmissible que le virus original de la COVID-19.4 Le variant Delta compte pour 90 % des nouveaux cas au Royaume-Uni et va probablement devenir la souche dominante aux États-Unis.5   

Les marchés croient finalement la Réserve fédérale américaine (Fed). Ces dernières semaines, les marchés ont enfin commencé à croire à la nouvelle politique de ciblage de l’inflation de la Fed, qui signifie qu’elle va demeurer « derrière la courbe » et tolérer un taux d’inflation plus élevé, d’autant plus qu’elle est prédisposée à voir la hausse de l’inflation comme étant passagère. C’est ce que l’on peut observer en comparant les mesures d’anticipation d’inflation des marchés et celles issues des sondages. On peut voir que les investisseurs ont fini par réaliser que l’opinion de la Fed a plus de poids que ce que ressentent les consommateurs, du moins pour le moment. Ainsi, même si les marchés s’inquiètent de la persistance de l’inflation, la Fed ne semble pas abonder en ce sens. Et c’est la Fed qui a le dernier mot!

Demande étrangère de bons du Trésor américain. Les investisseurs étrangers sont toujours attirés par les bons du Trésor américain, compte tenu des faibles taux dans la zone euro. La semaine dernière, un catalyseur a été la dépréciation du dollar, qui a déclenché une vague d’achats d’obligations d’État américaines par des investisseurs étrangers.

Le marché obligataire va-t-il continuer de se comporter ainsi?

Le marché obligataire a toujours été perçu comme étant plus rationnel que le marché boursier. Or, cette affirmation est remise en question à nouveau vu son comportement la semaine dernière. Je dirais que le marché obligataire est plutôt rationnel et que la chute des taux des bons du Trésor américain à 10 ans la semaine dernière reflète une combinaison des raisons énumérées ci-dessus. N’oubliez pas que comme les taux ont grimpé substantiellement plus tôt cette année dans l’anticipation d’une hausse du taux d’inflation, une consolidation était à prévoir.

Cependant, nous pourrions assister à un revirement de situation cette semaine si la Fed ne se montre pas suffisamment accommodante. Le 15 juin, la Fed tiendra une réunion de deux jours sur la politique monétaire et pourrait facilement relever les taux à plus long terme. Pour ce faire, elle pourrait réviser les dot plots si les sondages montrent une anticipation de hausses de taux plus hâtives ou plus fortes. Le président du conseil de la Fed, Jay Powell, pourrait facilement relever les taux s’il fait savoir que la Fed a commencé à discuter d’un retrait graduel ou s’il laisse entendre qu’un retrait graduel pourrait débuter d’ici quelques mois. Ne vous méprenez pas, je m’attends à ce que les pourparlers d’un retrait graduel s’amorcent au cours de cette réunion, à ce qu’il soit annoncé à Jackson Hole plus tard cet été et à ce qu’il débute dès cet automne. Cependant, les marchés ne sont peut-être pas encore prêts à entendre cela. Quoiqu’il arrive cette semaine, je prévois que les taux vont augmenter pendant la deuxième moitié de l’année et je suis persuadée qu’ils seront beaucoup plus élevés qu’aujourd’hui.

1 Source : U.S. Bureau of Labor Statistics, 10  juin 2021

2 Source : Bloomberg, L.P.

3 Source : The New York Times, « In China’s latest outbreak, doctors say the infected get sicker, faster », 12 juin 2021

4 Source : Rapports des médias citant l’épidémiologiste britannique, Neil Ferguson

5 Source : Rapports des médias citant l’ex-commissaire de la FDA, Dr Scott Gottlieb

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Les « dot plots » de la Réserve fédérale désignent un graphique que la banque centrale utilise pour illustrer ses perspectives de la trajectoire des taux d’intérêt.

L’indice des prix à la consommation (IPC) mesure la variation des prix à la consommation et est compilé par le U.S. Bureau of Labor Statistics.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 14 juin 2021. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.