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Kristina Hooper | 13 juillet 2021

Pourquoi les taux des bons du Trésor américain sont-ils aussi bas?

Boussole hebdomadaire des marchés : Qu’est-ce qui a provoqué la chute du taux des bons du Trésor américain à dix ans la semaine dernière? Kristina Hooper explore quatre facteurs qui pourraient expliquer ce phénomène.

La semaine dernière, le taux des bons du Trésor américain a chuté à un seuil qu’il n’avait pas franchi depuis plusieurs mois. Il est tombé à 1,25 % pendant la semaine, mais a remonté quelque peu à la fin de la période.1 Même le taux des bons du Trésor américain à 30 ans est passé sous la barre des 2 % vers la fin de la semaine.2 Comme j’ai évolué dans cette industrie en croyant que le taux des bons du Trésor américain à dix ans est un meilleur indicateur de la peur des investisseurs que l’indice VIX, je crois qu’il est important de s’attarder au taux des bons du Trésor américain à dix ans pour tenter de comprendre pourquoi il a chuté aussi bas.

Raison 1 : Augmentation du nombre de cas de COVID

Une raison évidente est l’augmentation du nombre de cas de COVID-19 dans certaines régions du monde et dans certaines parties des États-Unis. Ceux qui ne pensent pas que c’est une raison importante n’analysent tout simplement pas les statistiques suffisamment en détail :

  • Le 11 juillet, l’Australie a déclaré le nombre total quotidien de nouveaux cas de COVID‑19 le plus élevé en plus d’un an.3 Bien que seulement 112 cas aient été signalés ce jour-là, cela demeure une source de préoccupation, étant donné que les cas quotidiens ont augmenté et seulement environ 10 % de la population adulte australienne a été vaccinée.
  • L’Indonésie a enregistré une augmentation fulgurante du nombre de nouveaux cas de COVID-19 et de nouveaux décès. La semaine dernière, le pays a fracassé des records pour le nombre de nouveaux cas et de décès.4 En conséquence, le gouvernement a exhorté les dirigeants régionaux à imposer des mesures strictes pour éviter de devoir imposer des restrictions à l’échelle nationale pour freiner la pandémie. De même, le nombre de nouveaux cas quotidiens au Cambodge, au Myanmar, en Thaïlande et au Vietnam atteint des sommets records.5 Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que cette région a relativement bien géré la première vague de COVID-19, tout comme l’Australie. Il est donc préoccupant de voir qu’elle a beaucoup plus de difficulté à contenir cette nouvelle vague (probablement parce que le variant Delta est beaucoup plus contagieux).
  • Plus de 20 000 cas quotidiens de COVID-19 ont été recensés aux États-Unis au cours de la période de quatre jours commençant le 7 juillet, selon les données des Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Il s’agit d’une forte augmentation par rapport à la semaine précédente.6 Les cas se multiplient à mesure que le variant Delta se propage et des données anecdotiques révèlent que la COVID-19 provoque une maladie grave chez des personnes relativement jeunes, soit dans la trentaine, la quarantaine et la cinquantaine. La directrice du CDC, Rochelle Walensky, a déclaré qu’il semble que deux Amériques émergent et suivent deux trajectoires différentes, en fonction des taux de vaccination : « Ces données et ce que nous observons à l’échelle du pays révèlent deux vérités sur l’état actuel de la pandémie. D’une part, nous constatons le succès de notre campagne de vaccination au fil des huit derniers mois, puisque le nombre de cas, d’hospitalisations et de décès est bien inférieur aux pics observés en janvier. D’autre part, nous commençons à déceler de nouvelles tendances préoccupantes. En gros, les cas et les hospitalisations sont en hausse dans les zones où la couverture vaccinale est plus faible. »7
  • Le Japon a annoncé qu’aucun spectateur ne serait autorisé aux Jeux olympiques de Tokyo. Il s’agit là d’un changement étonnant et économiquement préjudiciable rendu nécessaire en raison de l’augmentation du nombre de cas d’infection à la COVID-19.

Raison 2 : Détérioration des prévisions de croissance

Nous avons assisté à une forte reprise économique dans de nombreuses régions du monde, mais on craint fort que la propagation de la COVID-19 ne mène à l’imposition de nouvelles restrictions qui ralentissent l’économie. La semaine dernière, la Commission européenne a révisé à la hausse ses prévisions de croissance dans la zone euro cette année, mais a prévenu que l’apparition de nouveaux variants du coronavirus pourrait forcer l’imposition de telles restrictions.

Même maintenant, sans l’adoption de nouvelles restrictions, nous commençons à voir quelques petits signes de ralentissement :

  • L’indice d’activité du secteur tertiaire du Institute for Supply Management pour le mois de juin est inférieur aux attentes, à 60,1 points, et nettement en deçà du mois précédent, alors qu’il s’établissait à 64,0 points. 8
  • Le nombre de premières demandes de prestations d’assurance-chômage aux États-Unis a atteint 373 000, en légère hausse par rapport à la semaine précédente, mais il va dans la mauvaise direction et est plus élevé que prévu.9
  • Il semble, par ailleurs, que certains craignent qu’un impôt minimum mondial ne freine la croissance.

Cela étant dit, je crois que ce qui fait le plus craindre un ralentissement de la croissance économique mondiale (outre la COVID-19) est une erreur de politique de la banque centrale; les investisseurs craignent que les banques centrales commencent à relever les taux avant le début de 2023. Le président de la Réserve fédérale de St. Louis, James Bullard, a fait allusion à la possibilité d’un changement de politique de la Fed vers le milieu de 2022, tout comme la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde.

Raison 3 : Diminution des craintes liées à l’inflation

Les marchés semblent finalement convaincus que la hausse du taux d’inflation est effectivement passagère. Non seulement la Réserve fédérale américaine (Fed) martèle ce message à la moindre occasion (dans le procès-verbal de la réunion de juin du Federal Open Market Committee et dans le rapport semestriel de la Fed au Congrès rendu public vendredi dernier, la Fed continue de décrire l’inflation plus élevée comme étant « transitoire ») et les investisseurs la croient.

Les anticipations d’inflation des consommateurs mesurées par l’Université du Michigan pour l’année à venir sont passées de 4,6 % en mai à un taux encore relativement élevé de 4,2 % en juin.10 Cependant, les anticipations d’inflation pour la période de 5 ans sont passées de 3 % à un taux beaucoup plus modéré de 2,8 %.10 L’un des facteurs qui explique ce phénomène est probablement la prise de conscience que les mesures de relance budgétaire risquent de diminuer passablement; il suffit de voir à quel point il a été difficile pour les États-Unis de faire adopter un projet de loi sur les infrastructures, malgré le fait que ce projet recueille un soutien des deux partis.

Raison 4 : Demande excessive de bons du Trésor américain

Il se peut aussi que la forte demande de bons du Trésor américain soit simplement fonction d’un désir de diversification et de rendement. La deuxième année d’un marché haussier est parfois plus difficile et volatile que la première, et certains investisseurs pourraient vouloir investir dans des bons du Trésor parce qu’une forte proportion de leur portefeuille est composée d’actifs à risque, particulièrement compte tenu des risques liés aux variants de la COVID-19.

Autrement dit, la majeure partie de leur portefeuille pourrait être positionnée conformément à notre scénario de base, qui est plutôt positif et anticipe une surperformance des actifs à risque, tandis qu’une infime partie de certains portefeuilles pourrait être positionnée en fonction d’un scénario qui s’apparente davantage à notre scénario de « résurgence de la pandémie ». Je crois aussi qu’il y a toujours une forte demande pour le rendement offert par les bons du Trésor américain, car il est encore relativement élevé par rapport à ceux des titres d’États souverains des marchés développés.

Conclusion

En conclusion, je crois qu’il est important d’insister sur le fait que nous ne sommes plus en 2020. Des vaccins efficaces ont été développés et ont démontré leur efficacité pour lutter contre les variants connus de la COVID-19. C’est la raison pour laquelle les écarts de taux sont serrés et que le taux des bons du Trésor américain à dix ans n’est pas de 0,5 %. Cependant, l’écart considérable de taux de vaccination d’un pays à un autre et d’une région à une autre laisse présager que la reprise économique se fera à des vitesses variables et augmente le risque que des variants plus virulents se développent. Et, il y a certainement d’autres risques, comme la possibilité d’une erreur de politique de la banque centrale, qui menacent les rendements. Cela étant dit, je reste convaincue que le taux des bons du Trésor américain à dix ans va augmenter plus tard cette année, surtout lorsque le retrait graduel aura commencé.

À surveiller

Nous allons évidemment suivre de très près les progrès de la vaccination et la propagation des variants de la COVID-19. Je vais suivre avec beaucoup d’intérêt le témoignage Humphrey-Hawkins du président du conseil de la Fed, Jay Powell, devant le Congrès cette semaine. M. Powell va peut-être donner des indices sur la date la plus rapprochée à laquelle les hausses de taux pourraient commencer. Je crois qu’une hausse de taux vers le milieu de 2022 est très improbable mais, si tel est le cas, ce serait parce que l’économie n’a plus besoin de mesures d’assouplissement aussi excessives. Enfin, le début de la période de déclaration des bénéfices approche. Il ne faudrait pas se surprendre si nous assistons à une très forte période de déclaration des bénéfices. Je vais donc me concentrer sur les indications concernant les bénéfices futurs.

1 Source : Bloomberg, L.P.

2 Source : Bloomberg, L.P.

3 Source : The Financial Times, « Australia reports highest daily cases total in a year », 11 juillet 2021

4 Source : The Economist, « A wave of covid-19 is engulfing Indonesia », 11 juillet 2021

5 Source : The Economist, « A wave of covid-19 is engulfing Indonesia », 11 juillet 2021

6 Source : Business Insider, « The US recorded more than 20,000 new COVID-19 cases each of the past four days as the Delta variant spreads », 10 juillet 2021

7 Source : Point de presse de la Maison-Blanche, 8 juillet 2021

8 Source : Institute for Supply Management, 6 juillet 2021

9 Source : Département de la main-d’œuvre, 8 juillet 2021

10 Source : University of Michigan, « Stronger economy anticipated amid appreciable risks », 25 juin 2021

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Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 12 juillet 2021. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.