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Kristina Hooper | 16 septembre 2020

Qu’adviendra-t-il de la « destruction créatrice » actuelle?

C’est la rentrée des classes et cela me rappelle invariablement mes années d’études et tout ce que j’ai aimé apprendre quand j’étais à l’école. Un cours que j’ai trouvé particulièrement stimulant pendant ma formation en commerce portait sur l’histoire de l’entrepreneuriat. Fait à noter, le programme a commencé avec l’étude de Joseph Schumpeter, l’économiste qui a introduit le concept de « destruction créatrice », qu’il a développé en se fondant sur les théories de Karl Marx. Évidemment, j’ai beaucoup réfléchi à la pensée de Schumpeter tout au long de la pandémie.

En guise de définition, Schumpeter décrit la destruction créatrice comme le « processus de mutation industrielle qui révolutionne continuellement la structure économique de l’intérieur, détruisant sans cesse l’ancienne et en créant sans cesse une nouvelle » 1. En termes simples, il faut souffrir pour améliorer son sort. Il considérait ce processus non seulement comme une étape nécessaire du capitalisme, mais aussi comme un processus dont les effets positifs découlent des dommages infligés à la structure économique qui, tel un phœnix, renaît de ses cendres. La « rafale perpétuelle de destruction créatrice » entraîne « des pertes d’emplois, des faillites d’entreprises et l’anéantissement d’industries », mais de cette dévastation naissent des économies aptes à « devenir plus productives et plus riches », dans lesquelles les citoyens profitent des « avantages de produits nouveaux et meilleurs, de semaines de travail plus courtes, de meilleurs emplois et d’un niveau de vie plus élevé ».1

La destruction créatrice a touché une grande variété d’industries des économies capitalistes au fil des ans. Un bon exemple est l’industrie textile au 19e siècle en Angleterre. Les luddites (travailleurs anglais qui se sont organisés pour protéger les emplois) ont saboté les livraisons de machines textiles afin de défendre des emplois qui seraient perdus si cette technologie était adoptée. Après une vive résistance, le progrès l’a emporté : des emplois ont été perdus, mais la société a profité des progrès, devenant en bout de ligne plus productive et créant plus d’emplois. Les économies, comme les humains, ont évolué, souvent par le biais de la destruction créatrice.

Aujourd’hui, la pandémie fait avancer le processus de destruction créatrice à vitesse grand v; elle accélère les tendances, qui se concrétisent désormais en quelques mois au lieu de plusieurs années. Je crois que la destruction économique engendrée par la pandémie est telle qu’elle pourrait très bien entraîner des progrès gigantesques et donner lieu à énormément d’innovation. Malheureusement, tellement d’entreprises ont fait faillite à cause de la pandémie et le taux de chômage demeure élevé. Je ne veux surtout pas minimiser ces pertes, elles sont dévastatrices et je crois que les gouvernements doivent intervenir en adoptant des mesures de relance. Cependant, malgré son côté très sombre, la pandémie apporte avec elle son lot de bonnes nouvelles. En voici deux : les pratiques ESG et l’entrepreneuriat.

 

La pandémie pourrait ramener à l’avant-scène les pratiques ESG

Je suis d’accord avec ceux qui croient que la pandémie et la récession économique qui s’est ensuivie pourraient nous propulser vers une économie plus verte et, de façon plus générale, vers un plus grand souci des questions environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Cela pourrait être un moment de « destruction créatrice », en ce sens que la profonde récession engendrerait une économie meilleure et plus respectueuse de l’environnement.

 

Comme le disait Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) : « Les historiens vont-ils revenir sur cet événement et dire qu’il s’agissait d’un grand revirement? Aujourd’hui, nous voyons des signes très inquiétants. Cent soixante-dix pays vont finir l’année avec une économie diminuée et nous savons d’ores et déjà qu’il y aura plus de dette, de plus gros déficits et plus de chômage. En outre, il y a un risque très élevé d’accroissement des inégalités et de la pauvreté si nous n’agissons pas. Alors, que faudrait-il pour que les historiens puissent voir cette crise comme le moment d’une grande réinitialisation? Du point de vue du FMI, nous avons assisté à une injection massive de mesures de relance budgétaire pour aider les pays à composer avec cette crise et à retrouver le chemin de la croissance. Il faut tout mettre en œuvre pour que cette croissance mène à un monde plus vert, plus intelligent et plus juste. »2

 

L’Union européenne (UE) fait peut-être déjà des progrès en ce sens. Tout récemment, le commissaire chargé du budget de l’UE a révélé au Financial Times que l’UE « explore la possibilité » de vendre des obligations ESG dans le cadre d’une vaste campagne d’émission de titres de créance en lien avec son plan de relance de 750 milliards d’euros. Les chefs d’États de l’UE avaient déjà laissé entendre qu’ils consacreraient au moins 30 % du budget du plan de relance à l’investissement durable dans le cadre des efforts visant à soutenir la reconstruction de l’économie d’une manière plus respectueuse des critères ESG.3

 

Les demandes d’ouverture de petites entreprises montent en flèche aux États-Unis.

Comme ce fut le cas lors de la crise financière mondiale, les petites entreprises se multiplient. Cela est probablement dû en partie aux pertes d’emplois. Mais, quelle qu’en soit la raison, on compte maintenant beaucoup plus d’entrepreneurs aux États-Unis, et cela peut être une source de changement positif et de réelle innovation. Selon le U.S. Census Bureau, la création d’entreprises a augmenté de 96 % sur douze mois depuis le début de 2020.4 La semaine dernière, le Birmingham Business Journal a rapporté que les demandes d’ouverture d’entreprises sont en hausse dans l’État de l’Alabama, phénomène qu’il attribue aux entrepreneurs qui proposent des solutions aux problèmes engendrés par la COVID-19.5 De même, les demandes d’ouverture d’entreprises au Michigan ont enregistré une croissance spectaculaire en 2020, en hausse de 123 % d’une année sur l’autre en août, la majeure partie de cette hausse commençant à la fin juin.6 C’est un changement bienvenu par rapport à 2019, lorsque John Dearie, fondateur du Center for American Entrepreneurship, s’inquiétait de la pénurie de nouvelles entreprises, déclarant que « la diminution du nombre d’entreprises en démarrage n’est rien de moins qu’une urgence nationale ».7

 

Conclusion

Cet automne, je crois que nous devrions nous préparer à la possibilité d’un ralentissement de la croissance économique et à une augmentation du nombre de cas de COVID-19 dans certaines régions du monde. Cependant, cela ne signifie pas que nous devons devenir myopes et pessimistes à l’égard de l’économie et des marchés. Cette crise crée un large éventail d’occasions de croissance future. À mon avis, les investisseurs à long terme devraient se concentrer sur l’innovation qui émerge de la destruction causée par la pandémie.

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