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Kristina Hooper | 26 octobre 2021

Quand le pessimisme devient-il exagéré?

Boussole hebdomadaire des marchés : Les investisseurs sont à juste titre préoccupés par ce qui pourrait nuire aux marchés, mais Kristina Hooper pense qu’ils oublient une liste d’enjeux qui pourraient les favoriser.

C’est l’Halloween et c’est le temps de l’année où mon plus jeune fils et moi regardons un marathon de films d’horreur. Pour lui, plus c’est effrayant, mieux c’est, mais je lui épargne les films que je juge trop sanglants. Par exemple, « Le Massacre à la scie » est interdit, malgré son statut de film culte. Notre marathon annuel de films d’Halloween m’a amené à me demander : « Qu’est-ce qui donne envie aux humains d’avoir peur? Les humains aiment-ils avoir peur? »

J’y ai beaucoup réfléchi ces dernières semaines. J’ai voyagé et fait des présentations et j’ai eu l’occasion d’interagir avec des clients et des professionnels de la finance. Je suis arrivée à la conclusion qu’on dirait que les humains veulent avoir peur; ils s’inquiètent tous des risques, mais n’accordent aucune attention aux perspectives de gains.

Je peux comprendre le désir d’être objectif, de ne pas omettre de facteurs de risques par excès d’optimisme. Mais ce que j’observe en ce moment, c’est un véritable biais pessimiste qui pousse les investisseurs à se concentrer sur ce qui leur fait peur, plutôt que sur les perspectives de gains. Pas plus tard que la semaine dernière, CNBC a publié un sondage qui révèle que seulement 31 % des Américains pensent que c’est le moment d’investir dans des actions, soit le plus bas pourcentage depuis 2016.1

Pour vous donner une meilleure vue d’ensemble, voici un résumé des risques et des perspectives de gains que je vois en ce moment.

Quels sont les risques?

La liste est longue, bien sûr, mais je vais me concentrer sur quelques-unes des préoccupations qui ont été soulevées le plus lors de mes récentes réunions avec des clients.

Le risque d’erreur de politique. C’est le risque qui semble inquiéter le plus les investisseurs. Nous savons tous que les banques centrales ont le pouvoir de mettre fin aux cycles économiques en procédant à un resserrement trop hâtif, ce qui freine la croissance économique. Il existe une crainte très réelle que la Réserve fédérale américaine (Fed) plonge les États-Unis en récession et entraîne d’autres pays avec elle. Cette crainte persiste même si la Fed a tout fait pour démontrer qu’elle n’adoptera pas une position belliciste et qu’elle fera preuve de patience.

Inflation élevée persistante. On craint que l’inflation ne soit finalement pas passagère, mais « passagère » est loin d’être un terme clairement défini. Je crois que certains pensaient que « passagère » signifiait quelques mois, mais il semble que cette poussée inflationniste pourrait durer plus longtemps, probablement jusqu’au milieu de 2022. Le président du conseil de la Fed, Jay Powell, l’a dit la semaine dernière : « Les contraintes d’approvisionnement et l’inflation élevée vont probablement durer plus longtemps que prévu et jusque tard l’an prochain, et il en va de même pour les pressions sur les salaires. »2 Mais c’est loin d’être une situation d’inflation « permanente »; à mon avis, un certain nombre de forces, telles que l’innovation et les tendances démographiques, exerceront des pressions à la baisse sur les prix à plus long terme.

Variants de la COVID-19. Le variant qui fait peur en ce moment est le Delta Plus, et pour cause. Malgré un taux de vaccination relativement élevé, le Royaume-Uni a récemment connu une forte augmentation des nouveaux cas de COVID-19 et le Delta Plus est blâmé pour la propagation. Les autorités sanitaires craignent qu’il ne soit plus contagieux et, pire encore, résistant aux vaccins.

Cela étant dit, on connaît la chanson : on craignait que le variant Mu ne soit super contagieux et que les vaccins ne nous protègent pas contre cette souche. Or, ce ne fut pas le cas. Nous allons évidemment suivre ce dossier de près, mais il faut savoir que même dans le pire des scénarios, nous ne reviendrons pas aux jours sombres du début de 2020, lorsque la pandémie était nouvelle et que nous n’avions développé aucune défense pour contrôler le virus.

Récession aux États-Unis. Il y a un sentiment généralisé aux États-Unis qu’une récession se profile à l’horizon, ce qui m’a surprise, étant donné que le marché du travail est très favorable aux employés (ils sont tellement optimistes qu’ils quittent leur emploi en masse). Un récent sondage de CNBC montre que 47 % des Américains s’attendent à une récession au cours des douze prochains mois, tandis que 79 % disent que la situation économique oscille entre bonne et mauvaise.3

Ralentissement de l’économie chinoise. On craint également que la réglementation plus sévère des autorités chinoises provoque un ralentissement de l’économie chinoise, qui entraînerait l’économie mondiale dans son sillage. De plus, je continue d’entendre les observateurs du marché dire qu’en raison du resserrement de la réglementation, la Chine est devenue « non investissable ». J’interprète ce genre de déclaration comme un cri qui fait écho de très bonnes occasions de placement.

Quel est le potentiel de gains?

Je vois pas mal de facteurs susceptibles de générer un bon potentiel de gains que de nombreux investisseurs semblent ignorer.

La lutte contre la COVID-19. Le monde parvient de mieux en mieux à contenir la COVID-19 à mesure que le taux de vaccination dans le monde augmente. Par exemple, nous avons constaté des progrès très substantiels en Asie ces derniers mois : 69,94 % de la population du Japon et 70,15 % de la population sud-coréenne sont désormais entièrement vaccinées. Un certain nombre de pays émergents ont également fait des progrès significatifs : 53,97 % de la population brésilienne et 56,56 % de la population turque sont entièrement vaccinées.4 Si aucun variant dangereux ne se développe, le monde devrait continuer de revenir graduellement à la vie pré-pandémique.

La Fed a la situation bien en main. M. Powell a effrayé marchés la semaine dernière en disant que « Les risques sont clairement désormais liés à des goulots d’étranglement plus longs et plus persistants et, par conséquent, à une inflation plus élevée. »5 Mais ce que les marchés ont semblé ignorer, c’est qu’il a également déclaré que la Fed « va regarder au-delà de » cette inflation plus élevée afin de donner à l’économie plus de temps pour se rétablir. Si la Fed devait maintenir les taux bas plus longtemps, choisissant de ne pas les relever avant la fin de 2022 ou le début de 2023, elle se montrerait plus accommodante que prévu.

Baisse du taux d’inflation plus rapide que prévu. Les anticipations d’une brève hausse de l’inflation s’estompent. Mais maintenant que beaucoup s’attendent à une poussée inflationniste à plus long terme, il sera plus facile de dépasser les sombres attentes des investisseurs. Les chaînes d’approvisionnement ne reviendront pas à la normale du jour au lendemain, mais les goulots d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement pourraient s’atténuer car il y a de moins en moins de fermetures des chaînes de montage en raison de la COVID, la production de semi-conducteurs est en hausse et les retards des porte-conteneurs dans les ports américains se résorbent.

Le resserrement de la réglementation en Chine pourrait prendre fin plus tôt que prévu, ce qui entraînerait une réaccélération de la croissance économique. La fin de la vague de réformes réglementaires en Chine pourrait survenir bientôt. Cela ne signifie pas que les politiques actuelles seront annulées, mais les décideurs chinois pourraient choisir de renoncer à beaucoup plus de réglementation, car ils vont probablement analyser l’impact des nouvelles réformes sur l’économie et les marchés. Cela pourrait jouer en faveur de l’économie et contribuer à sa réaccélération. De plus, les investisseurs pourraient rapidement se rendre compte que la Chine est très investissable.

Impasse sur les impôts aux États-Unis. L’impasse pourrait ne pas sembler être avantageuse pour les marchés, mais dans le cas présent, l’impasse du Congrès pourrait signifier que les entreprises américaines éviteraient une augmentation d’impôt très attendue. Je crois que ce serait vraiment bon pour les marchés boursiers américains, car la plupart des investisseurs ont anticipé des hausses d’impôts.

Hausses des bénéfices inattendues. Lesrevenus et les bénéfices pourraient continuer à surprendre positivement, comme ils l’ont fait pour les 23 % des sociétés du S&P 500 qui ont dévoilé leurs résultats vendredi.6 Je crois que ce sera le cas pour le troisième trimestre, même si j’ai des réserves pour le quatrième trimestre.

Conclusion

Qu’est-ce que cela signifie pour les investisseurs? Comme je l’ai mentionné au début de cet article, seulement 31 % des personnes interrogées par CNBC disent que le moment est venu d’investir dans des actions, soit le plus bas pourcentage depuis 2016.7 C’est de la musique à mes oreilles. Les gens sont très craintifs, mais les attentes sont faibles et les investisseurs ne voient que les risques de perte. À mon point de vue, cela signifie simplement que le potentiel de gains est plus élevé.

1 Source : CNBC, « Biden’s support is fading as concerns over the economy and Covid grow, CNBC survey finds », 21 octobre 2021

2 Source : Reuters, « Time for Fed to taper bond purchases but not to raise rates, Powell says », 22 octobre 2021

3 Source : CNBC, « Biden’s support is fading as concerns over the economy and Covid grow, CNBC survey finds », 21 octobre 2021

4 Source : ourworldindata.org, 24 octobre 2021

5 Source : Reuters, « Time for Fed to taper bond purchases but not to raise rates, Powell says », 22 octobre 2021

6 Source : FactSet Earnings Insight, 22 octobre 2021

7 Source : CNBC, « Biden’s support is fading as concerns over the economy and Covid grow, CNBC survey finds », 21 octobre 2021

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Image d’en-tête du blogue : Bernie DeChant / Getty

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Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 25 octobre 2021. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.