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Perspectives, commentaire et expertise de placement

Kristina Hooper | 28 juin 2018

Que nous réservent les marchés dans la deuxième partie de 2018?

Nous arrivons au terme de la première partie de 2018, et les six derniers mois ont paru durer six ans. Les marchés ont connu une recrudescence de la volatilité sans véritablement récompenser pour autant les détenteurs d’actions.

En date du 22 juin, de nombreux indices sont dans le rouge : l’indice MSCI Monde tous pays sauf États-Unis est en chute de 3,53 %; l’indice MSCI EAEO est en recul de 3,43 %; et l’indice MSCI Marchés émergents accuse une baisse de 6,08 %. L’indice S&P 500 est un des rares à tirer son épingle du jeu avec un gain modeste de 3,04 % au cours de la même période1. Que s’est-il passé? Et quel enseignement peut-on en tirer pour l’économie mondiale?

Quatre facteurs clés ont pesé sur les actions

  1. Croissance plus faible. Malgré des bénéfices généralement solides pour le premier trimestre, les marchés se détournent de ces résultats pour se concentrer plutôt sur ce qui les attend : quel impact la conjoncture économique pourrait-elle avoir sur les prévisions de bénéfices pour le deuxième trimestre et au-delà? Malheureusement, de nombreuses grandes économies, dont celles des États-Unis, de la zone euro et du Japon, ont vu leur croissance ralentir au cours du premier trimestre. Bien que ce phénomène soit largement saisonnier et qu’il puisse être attribué à des conditions météorologiques défavorables pour certaines économies, ce ralentissement semble s’être poursuivi du moins au début du deuxième trimestre dans la plupart de ces économies, sauf aux États-Unis, si l’on se fie aux données économiques récentes.
  2. Coûts plus élevés. Non seulement le ralentissement de la croissance est source d’inquiétude, mais il faut également tenir compte de la hausse des coûts des facteurs de production qui a pour effet de réduire les marges bénéficiaires. Dans le Livre beige de la Réserve fédérale des États-Unis (la « Fed ») publié en avril, les propriétaires et dirigeants d’entreprises ont exprimé leurs profondes craintes au sujet des tarifs douaniers sur l’aluminium et l’acier qui ont pour effet de renchérir leurs coûts de production, sans compter la hausse des cours pétroliers qui pourrait avoir un effet similaire, même si elle s’est quelque peu essoufflée récemment. Par exemple, les prix de l’or noir ont contribué à une hausse des coûts des facteurs de production dans la zone euro qui a atteint son deuxième record historique en sept ans2. Et je m’attends sans aucun doute à ce que les rapports sur la situation de l’emploi aux États-Unis fassent état d’une hausse de la croissance des salaires. Ce surcoût a pour effet de compresser les marges bénéficiaires qui, de leur côté, érodent les profits.
  3. Inquiétudes monétaires. À cela s’ajoutent les craintes que la politique monétaire très accommodante ne prenne bientôt fin. À mon avis, ce n’est pas un hasard si le début du repli bousier de février a coïncidé avec la semaine au cours de laquelle l’ancienne présidente de la Fed Janet Yellen a passé la main à Jerome Powell, les investisseurs craignant que ce dernier ne se montre pas aussi accommodant que sa prédécesseure. Depuis quelques semaines, ces inquiétudes semblent se confirmer : le Federal Open Market Committee, le bras politique de l’institution, a relevé sa prévision médiane pour le taux des fonds fédéraux, et la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé sa sortie progressive du programme de rachat de dettes qui prendra fin en décembre. Les marchés se sont également agités au début de l’année face au risque que la Banque du Japon ne s’engage plus rapidement que prévu sur la voie de la normalisation, bien qu’elle ait rapidement démenti cette possibilité.
  4. Incertitudes géopolitiques. Les derniers mois ont été le théâtre d’une grande incertitude géopolitique. Les difficultés de la chancelière allemande à former un gouvernement de coalition, les désaccords entre les différents partis de cette coalition, les déboires du Royaume-Uni pour orchestrer sa sortie de l’Union européenne, et les tensions en montagnes russes entre les États-Unis et la Corée du Nord ne sont que quelques exemples de ces risques géopolitiques qui contribuent à rehausser la volatilité depuis le début de l’année. L’exemple le plus récent est le risque posé par le gouvernement de coalition de l’Italie pour la stabilité du pays, mais aussi pour celle de l’Union européenne.

Perspectives pour la deuxième partie de l’année

Voici cinq tendances qui devraient animer les marchés au deuxième semestre de 2018 :

  1. L’économie mondiale devrait s’accélérer de façon modeste. Les États-Unis affichent déjà des signes d’une accélération de la croissance et je m’attends à ce que d’autres grandes économies lui emboîtent le pas, même si c’est dans une moindre mesure. Bien que la conjoncture de croissance ne soit pas totalement synchronisée à l’échelle mondiale, la plupart des économies devraient connaître une embellie dans la deuxième partie de l’année. En d’autres mots, je suis d’avis que le ralentissement de la croissance que nous connaissons actuellement n’est que temporaire.

Prenons la zone euro : j’estime que cette région bénéficie toujours de facteurs de croissance positifs en 2018.

  • L’indicateur du climat économique de la Commission européenne a légèrement reculé au premier trimestre, mais reste conforme à une forte croissance du produit intérieur brut3.
  • Le chômage continue de reculer dans la zone euro, malgré des différences notables d’un pays à l’autre.

Dans l’ensemble, la croissance semble robuste. De fait, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance de 3,9 % pour l’économie mondiale en 2018 et en 20194. Même si nous assistons selon moi à une hausse des coûts des facteurs de production, je ne pense pas qu’elle se répercutera de manière significative sur les marges bénéficiaires à court terme, à moins d’une prolifération de la hausse des droits de douane.

  1. Dans l’ensemble, les actions poursuivent leur tendance haussière, mais de façon moins marquée. Compte tenu des perspectives d’une accélération de la croissance mondiale et d’une politique monétaire restant généralement accommodante, les actions devraient poursuivre leur tendance haussière à l’échelle mondiale, selon moi. Je pense que la croissance et qu’une politique monétaire favorable sont des forces qui devraient contribuer à permettre aux actions de clore l’année dans le vert. Cependant, cet effet pourrait se dissiper si la politique monétaire se durcit et la menace protectionniste grandit.
  2. Je m’attends à davantage de perturbations et à une hausse de la volatilité. Au fur et à mesure que la politique monétaire se normalisera, je crois que les marchés des capitaux se normaliseront aussi, compte tenu de l’érosion du soutien procuré aux actions par la politique de la Fed. Dans ce contexte, je pense que la corrélation entre les actions continuera de baisser puisque les facteurs fondamentaux retrouveront toute leur importance. De plus, un resserrement de la politique monétaire, de même qu’un regain des tensions géopolitiques, devrait à mon avis aggraver la volatilité.

Même si ce n’est pas mon scénario de base, je pense qu’il faut noter que la Fed pourrait contribuer à ces perturbations monétaires au fur et à mesure de la normalisation de son bilan, puisqu’il s’agit d’un outil très efficace. Selon le plan d’action prévu, la Fed devrait retirer de son bilan des montants d’actifs toujours plus importants chaque trimestre. Je soupçonne que cela aura un effet opposé à celui de l’assouplissement quantitatif sur les actions, créant des pressions à la baisse sur celles-ci et davantage de volatilité. Un autre facteur vient compliquer la situation : en effet, la Fed semble préoccupée par la courbe de rendement et par ce qui pourrait survenir si elle venait à s’inverser. Elle pourrait être tentée d’accélérer la normalisation de son bilan afin d’éviter cette possibilité, ce qui pourrait être très perturbateur pour les marchés des capitaux, et en particulier pour les actions.

  1. L’endettement devrait continuer de s’aggraver. Le monde est de plus en plus endetté. Face à la hausse des coûts d’emprunt, la dette devient un problème toujours plus préoccupant pour les consommateurs, les entreprises et les États. Dans son Rapport sur la stabilité financière dans le monde le plus récent, le FMI a mis en garde contre l’endettement croissant dans diverses économies5. Ce problème est largement répandu et pourrait pénaliser n’importe quelle économie qui relève ses taux.

Par exemple, les propriétaires immobiliers canadiens se retrouvent sous pression puisqu’ils sont nombreux à avoir contracté un prêt hypothécaire à taux variable. Et les vents contraires que de nombreuses économies émergentes ont dû affronter sont partiellement attribuables à la hausse des coûts d’emprunt. Au fur et à mesure de la poursuite de la normalisation monétaire et de son accélération dans les années à venir, la pression devrait s’accentuer. Outre les effets à court terme des pressions dues à l’endettement, les effets à long terme sont réels : une hausse des dépenses dédiées au service de la dette érode les sommes disponibles pour investir, ce qui pénalise la croissance économique à long terme.

  1. Le protectionnisme reste préoccupant. Je ne le dirai jamais assez : les tarifs douaniers sont contagieux et peuvent se propager tels un virus. Je pense que, loin de se dissiper, les menaces et mesures protectionnistes vont s’aggraver. Par moments, les menaces et mesures protectionnistes ont fait reculer les actions, mais les investisseurs se sont empressés de croire trop rapidement en une disparition de la menace au moindre signe de retombée des tensions. Par exemple, le discours conciliant du président chinois Xi Jinping au Forum de Boao pour l’Asie en mars a suffi à redonner confiance aux investisseurs et à propulser les actions. Mais nous savons tous comment l’histoire s’est terminée, soit sur une escalade des tensions commerciales et des signes évidents que le président Xi Jinping n’est nullement disposé à faire de réels compromis.

Les investisseurs ne devraient pas ignorer cette menace bien réelle. Le protectionnisme peut faire grimper les coûts des facteurs de production de façon importante, ce qui peut entraîner un effondrement de la demande. Par exemple, en 1984, les consommateurs américains ont dû absorber un surcoût d’environ 53 milliards de dollars en raison de restrictions à l’importation imposées cette année-là6. La veille de l’annonce du président américain Donald Trump sur l’imposition de droits supplémentaires à l’importation, la Chambre de commerce des États-Unis a émis un communiqué mentionnant que le prix de l’acier aux États-Unis est déjà près de 50 % plus cher que celui pratiqué en Europe et en Chine7.

En outre, les mesures et menaces protectionnistes actuelles créent de l’incertitude quant à la politique économique, ce qui se traduit habituellement par un ralentissement de l’investissement des entreprises. Lors d’une récente réunion de la BCE, son président Mario Draghi a expliqué que le protectionnisme ainsi que la menace de mesures protectionnistes « ont un effet profond et rapide sur la confiance » des entreprises et des exportateurs, susceptible d’« affecter à son tour les perspectives de croissance ». En effet, il me semble tout à fait évident que la confiance des entreprises, et plus encore les dépenses des entreprises, affichent déjà des signes de faiblesse face à la vague récente de protectionnisme. Et les choses pourraient encore s’aggraver. Nous ne pouvons pas oublier que lors des guerres commerciales, les mesures de rétorsion peuvent prendre diverses formes, comme la dévaluation d’une monnaie ou la réduction des achats de bons du Trésor américain, ou encore la vente de placements actuels dans des titres du Trésor américain.

J’insiste vraiment sur le fait qu’une recrudescence des guerres commerciales pourrait éliminer la trajectoire à la hausse des actions que nous connaissons actuellement. Il nous faudra donc surveiller la situation de près.

Quelles en sont les conséquences pour les investisseurs?

Dans ce contexte, je pense qu’il est important que les investisseurs soient exposés à des actifs risqués s’ils veulent atteindre leurs objectifs à long terme. C’est d’autant plus vrai que je persiste à croire que la tendance haussière des actions continue d’exister (même si elle est moins prononcée). Cependant, il sera essentiel d’atténuer le risque de perte en cas de baisse, selon moi, ce qui passe par une diversification adéquate au sein des actions et des titres à revenu fixe. Et, surtout en cette période d’incertitude, il me semble tout aussi important d’être exposé à des placements alternatifs pour bénéficier d’un potentiel de diversification et de de gestion du risque. Les investisseurs peuvent se tourner par exemple vers des stratégies telles que des portefeuilles neutres au marché et d’autres catégories d’actif faiblement corrélées, dont des solutions productives de revenu. Les fiducies de placement immobilier (FPI) sont l’un de ces placements alternatifs à envisager, y compris les FPI non traditionnelles.

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1 Source : Bloomberg, L.P., au 22 juin 2018.
2 Source : IHS Markit Eurozone Manufacturing PMI, juin 2018.
3 Source : Commission européenne.
4 Source : FMI, en date d’avril 2018.
5 Source : FMI, Rapport sur la stabilité financière dans le monde, octobre 2017.
6 Source : Gary Hufbauer et Howard Rosen, Trade Policy for Troubled Industries, Institute for International Economics de Washington, 1986.
7 Source : Chambre de commerce des États-Unis, 30 mai 2018.

Renseignements importants

Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.

Habituellement, les placements alternatifs comprennent plus de placements non traditionnels et emploient des stratégies de négociation plus complexes, y compris les opérations de couverture et l’effet de levier au moyen de produits dérivés, les ventes à découvert et des stratégies opportunistes qui évoluent au gré des conditions du marché. Les épargnants qui envisagent les produits alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. À l’instar de tous les placements, leur rendement va fluctuer. Vous pouvez perdre de l’argent.

Les placements dans des instruments immobiliers peuvent être touchés par les facteurs économiques, juridiques ou environnementaux qui ont des répercussions sur les valeurs des biens immobiliers, les loyers et les taux d'occupation. Les sociétés immobilières, y compris les fiducies de placement immobilier ou des structures similaires, sont généralement des sociétés à petite et moyenne capitalisation et leurs actions peuvent être plus volatiles et moins liquides.

Le document Summary of Commentary on Current Economic Conditions de la Réserve Fédérale des États-Unis (le « Livre beige ») est publié huit fois par année. Chaque banque fédérale de réserve recueille des données anecdotiques sur les conditions économiques dans son district et le Livre beige en fait un résumé par district et par secteur.

La corrélation est le degré de fluctuation passé de deux placements entre eux.
L’assouplissement quantitatif (AQ) est une politique monétaire utilisée par les banques centrales pour relancer l’économie lorsque la politique monétaire normale s’avère inefficace.
Une courbe de taux inversée fait référence à une situation où, à cote de solvabilité égale, les obligations à court terme ont un taux de rendement supérieur à celui des obligations à long terme. Lorsque la courbe de taux est normale, les obligations à long terme procurent un taux de rendement plus élevé.
L’indice MSCI Monde tous pays sauf États-Unis est un indice non géré considéré comme représentatif des actions à moyenne et grande capitalisation dans des marchés développés et émergents, à l’exception des États-Unis.
L’indice MSCI EAEO est un indice non géré considéré comme représentatif des actions d’Europe, d’Australasie et d’Extrême-Orient.
L’indice MSCI Marchés émergents est un indice non géré considéré comme représentatif des actions des pays développés.
L’indice S&P 500® est un indice non géré considéré comme représentatif du marché des actions américaines.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 25 juin 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de ces estimations.

La diversification ne garantit pas un profit et n’élimine pas le risque de perte.