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Kristina Hooper | 25 novembre 2019

Que pourrait-il advenir du Brexit à l’issue des prochaines élections au Royaume-Uni?

Le 12 décembre, le Royaume-Uni tiendra des élections générales et bien malin celui ou celle qui pourrait deviner l’issue de ces élections. Les conservateurs et les travaillistes tentent d’élargir le débat, mais le thème dominant reste le Brexit. Pour vous donner un avant-goût de cette importante élection, j’ai confié ce numéro du blogue de la Boussole hebdomadaire des marchés à mon collègue Paul Jackson. Paul travaille à notre bureau de Londres et suit de près les nouvelles et les sondages entourant les élections.

 

Paul Jackson : Merci, Kristina. Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a déclenché ces élections pour tenter d’obtenir un mandat qui lui donnera l’approbation du Parlement pour faire adopter son accord de retrait de l’Union européenne (UE). S’il remporte son pari, le Royaume-Uni quitterait théoriquement l’UE d’ici le 31 janvier 2020 et cela amorcerait un processus de négociation d’une entente commerciale entre le Royaume-Uni et l’UE. Nous croyons que ce scénario est déjà largement escompté par les marchés financiers du Royaume-Uni.

 

Un coup d’œil rapide aux récents sondages montre que M. Johnson a de bonnes chances d’atteindre son objectif. Son parti, le Parti conservateur, a une bonne longueur d’avance sur le Parti travailliste dans les sondages d’opinion (39 % versus 28 % selon la moyenne des dix plus récents sondages d’opinion).1 Sachez toutefois que Theresa May avait une avance encore plus confortable au début de la campagne électorale de 2017, après quoi l’écart s’est resserré.

 

Voici les deux principales situations qui risquent de faire échouer le projet de Brexit « ordonné » de M. Johnson :

  1. Si le nombre de sièges remportés par le Parti conservateur et le Parti pro-Brexit est élevé au point où le Parlement de Westminster bascule en territoire du « Brexit dur » (ou si le Parti pro-Brexit obtient la balance du pouvoir), on risque d’assister à un Brexit sans accord.
  2. Si le Parti travailliste remporte les élections ou (ce qui est plus probable) si on aboutit à un parlement sans majorité, la seule solution pourrait être de tenir un deuxième référendum.

 

Nous pensons que le premier scénario pourrait entraîner une dépréciation de la livre sterling et ferait chuter le taux des gilts et, probablement, les cours boursiers britanniques (en particulier ceux des sociétés centrées sur le marché intérieur). Par contre, nous croyons qu’un deuxième référendum (en supposant que le Brexit soit rejeté) soutiendrait la livre sterling et les actions du Royaume-Uni (tout dépendant de l’issue du vote).

 

Les sondages laissent présager une victoire des conservateurs

Il y a tellement d’impondérables qu’il est difficile de prédire la tournure des événements. Plusieurs députés ont démissionné ou changé de parti, diverses coalitions se sont formées et les électeurs ont mis de côté leurs convictions partisanes traditionnelles afin d’exprimer leur préférence dans le dossier du Brexit. Bien qu’il soit impossible de prédire l’issue des élections avec 100 % de certitude, l’analyse des sondages, les coalitions entre les partis et l’histoire nous donnent de très bons indices.

La figure 1 montre le résultat de notre analyse circonscription par circonscription, qui tient compte des électeurs régionaux qui ont changé de camp depuis les élections de 2017. Selon les récents sondages d’opinion, cette méthodologie indique que le Parti conservateur pourrait obtenir 49 sièges de plus que les 298 qu’il a déjà (pour un total de 347 sièges) et que le Parti travailliste risque de perdre 44 sièges, ce qui porterait son total de sièges à 199. (Selon notre analyse, le Parti pro-Brexit n’aurait toujours aucun siège.) Cela suffirait à donner aux conservateurs une majorité de 44 sièges, ce qui, selon nos estimations, permettrait à M. Johnson de faire adopter son accord de retrait de l’UE par le Parlement britannique, de sorte que le Royaume-Uni quitterait l’UE au plus tard le 31 janvier 2020.

Cependant, deux coalitions pourraient changer la donne en raison du mode de scrutin du Royaume-Uni. La « coalition anti-Brexit » entre le Parti libéral démocrate, le Parti vert et Plaid Cymru occupe 60 sièges en Angleterre et au Pays de Galles, mais selon notre analyse, son pouvoir serait limité. Cependant, la décision par le Parti pro-Brexit de ne pas présenter de candidats dans les circonscriptions qui ont été remportées par les conservateurs en 2017 (qui nous avons classées dans la catégorie « coalition ») pourrait ajouter des sièges au Parti conservateur, au détriment surtout du Parti libéral démocrate. Nous avons émis l’hypothèse que le Parti pro-Brexit n’aura toujours pas de députés après les élections.

Le résultat des élections, tel qu’illustré dans la dernière colonne de la figure 1, pourrait donner une majorité de 60 sièges aux conservateurs, ce qui, à notre avis, suffirait à faire adopter le Brexit ou, à tout le moins, la première étape du Brexit.

Sources : BMG, Savanta ComRes, Deltapoll, Hanbury, ICM, IPSOS MORI, Kantar, Number Cruncher Politics, One Poll, Opinium, Panelbase, Populus, Sky Data, Survation, YouGov, Wikipedia et Invesco. Remarques : Nous avons utilisé le résultat des élections générales de 2017 comme point de départ, la projection des « sondages d’opinion » a été obtenue en tenant compte des électeurs régionaux qui ont changé de camp. Le président de la Chambre des communes est inclus dans la catégorie « autres », non pas dans le décompte de membres de son parti. La colonne « Sondages d’opinion plus coalitions » tient compte des hypothèses suivantes : dans le cas de la « coalition anti-Brexit », les votes pour le Parti libéral démocrate, le Parti vert et Plaid Cymru sont ajoutés à ceux du parti qui a été désigné pour se présenter dans la circonscription (cette convention touche 60 circonscriptions); dans le cas des circonscriptions qui avaient été remportées par le Parti conservateur en 2017 (et dans lesquelles le Parti pro-Brexit a dit qu’il ne présenterait pas de candidat), les votes pour le Parti pro-Brexit ont été partagés entre les conservateurs et les travailliste proportionnellement au nombre de votes obtenus en 2017. Rien ne garantit que ces projections vont se concrétiser.

 

Les élections ne sont que le point de départ

Nous croyons que les marchés financiers du Royaume-Uni seront soulagés si le dossier du Brexit se règle par un accord. Or, même si un accord est conclu, le véritable travail débutera au moment où les négociations de la nouvelle relation entre le Royaume-Uni et l’UE vont commencer. Par conséquent, le répit du marché pourrait être de courte durée parce que, selon les dires de M. Johnson, la période de transition ne s’étendra pas au-delà de 2020, ce qui nous paraît totalement irréaliste. Nous pensons plutôt que la négociation d’un accord commercial avec l’UE prendra beaucoup plus de temps et qu’il faudra s’ajuster, ne serait-ce que reporter la date butoir, sinon quitter l’UE sans accord à la fin de la période de transition. Eh oui, un Brexit sans accord est encore possible.

Par conséquent, ce qui semble être une relativement bonne nouvelle en cette fin de 2019 (un Brexit ordonné) pourrait se transformer en une source d’angoisse en 2020, alors que les véritables négociations vont commencer avec un échéancier irréaliste. Nous croyons que cette bonne nouvelle est déjà passablement escomptés par les marchés financiers du Royaume-Uni (entre autres, la livre sterling s’est appréciée ces derniers mois) et que la volatilité sera de nouveau de la partie en 2020, surtout si l’Écosse insiste pour tenir un référendum sur l’indépendance et que la pression monte en Irlande du Nord en faveur de la réunification avec l’Eire (l’Écosse et l’Irlande du Nord ont voté en faveur de rester dans l’UE).

La prudence est de mise, évidemment, car l’humeur des électeurs britanniques peut changer pendant la campagne électorale (comme ce fut le cas en 2017) et les sondages d’opinion sont parfois trompeurs (comme nous avons pu le constater dans de nombreux pays). Cependant, il faudrait tout un bouleversement pour que les conservateurs ne remportent pas une majorité.

 

 

 

 

 

 

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1 Source : Hypothèse fondée sur la moyenne mobile de dix sondages effectués par les entreprises suivantes : BMG, Savanta ComRes, Deltapoll, Hanbury, ICM, IPSOS MORI, Kantar, Number Cruncher Politics, One Poll, Opinium, Panelbase, Populus, Sky Data, Survation, YouGov, Wikipedia. Données au 14 novembre 2019.

Renseignements importants
Image d’en-tête du blogue : pbombaert/getty.com
Dans un Brexit « sans accord », le Royaume-Uni quitterait l’UE sans accord officiel établissant les dispositions de leur relation.
Les gilts du Royaume-Uni sont des obligations émises par le gouvernement britannique.
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles des auteurs au 18 novembre 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.