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Arnab Das | 8 décembre 2016

Que signifie la victoire du « non » en Italie pour la zone euro?

Lors du référendum de dimanche, le 4 décembre, les citoyens italiens ont rejeté le projet de réforme de leur Constitution, ce qui a mené le premier ministre, Matteo Renzi, à démissionner et marqué une victoire pour le mouvement populiste de ce pays. Les sondages avaient anticipé que les électeurs italiens diraient non à la politique de réformes constitutionnelles concernant le sénat par une marge d’environ 10 %. En réalité, le taux de participation s’est élevé à 70 % et la marge de victoire à 18 %, soit des taux plus élevés que prévu.

Les obligations et les actions bancaires italiennes chutent pour mieux grimper par la suite

Malgré le rejet massif des réformes politiques favorables au marché du premier ministre Renzi et la démission immédiate de ce dernier, les marchés ont réagi à ces événements avec un certain calme : l’euro, les obligations d’État italiennes et les actions bancaires italiennes ont d’abord reculé, mais pas autant que redouté, compte tenu de l’ampleur de la défaite, et ont par la suite récupéré rapidement une partie de leurs pertes. À notre avis, ce calme est dû à quatre facteurs clés :

  1. La réforme du sénat était au mieux ambiguë, même si elle aurait probablement entrainé des réformes économiques à court terme par voie de concentration du pouvoir législatif au sein de la Chambre des députés. Cette réforme aurait pu compromettre l’adhésion de l’Italie à l’Union européenne (UE) et sa participation à la zone euro, et par conséquent ébranler la stabilité financière mondiale, en donnant lors de futures élections un pouvoir majoritaire à des parties minoritaires comme le Mouvement 5 étoiles à tendance eurosceptique.
  2. Le programme d’assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne (BCE), qui est de 80 milliards € par mois, est toujours en vigueur et devrait être normalement prolongé au-delà de sa date d’expiration de mars 2017, avec possiblement quelques modestes ajustements aux règles, au rythme et à la duration du programme d’achat d’obligations pour en faciliter leurs achats dans un contexte de pénurie d’obligations. Le Comité de politique monétaire de la BCE devrait faire une annonce à ce sujet lors de la réunion du jeudi 7 décembre.
  3. Jusqu’à présent, des événements politiques imprévus ne se sont pas traduits par des dislocations radicales du marché ou de la macroéconomie – par exemple, les marchés ont dégringolé à la suite du Brexit et de l’élection de novembre aux États-Unis mais, dans les deux cas, ils se sont repris rapidement.
  4. Les courants politiques contestataires en Europe semblent voir naître des limites. Lors de la répétition de l’élection présidentielle en Autriche, qui a eu lieu également le 4 décembre, le candidat du parti nationaliste d’extrême-droite anti-européen a été définitivement battu par le candidat du parti vert, qui s’était présenté à titre de candidat indépendant.

Point de vue d’Invesco Fixed Income

À Invesco Fixed Income, nous nous attendons à ce que l’Italie et, plus généralement, l’Europe s’en tirent tant bien que mal au cours des prochains mois sur le plan économique et politique, de sorte que le risque à court terme d’une fragmentation de la zone euro ou d’une crise politique ou financière en Italie est limité. Pour ce qui est de l’Italie elle-même, l’attention immédiate se porte sur les banques (certaines ayant un besoin urgent de recapitalisation), les mesures politiques et les réformes.

Les risques d’ordre politique en Italie découleront dorénavant de la formation d’un nouveau gouvernement et de ses décisions à l’égard de la recapitalisation des banques. Nous prévoyons que le président italien, Sergio Mattarella, continuera les efforts politiques dans cette voie, activera le processus budgétaire pour 2017 et, chose plus importante, mènera une nouvelle réforme électorale – possiblement en vue d’une représentation proportionnelle au lieu d’une concentration des pouvoirs aux mains des principaux partis. L’aspect positif d’un tel scénario serait le maintien de l’équilibre des pouvoirs; l’aspect négatif serait que ce scénario à tâtons continuerait pendant une autre année au minimum, reportant alors à une période ultérieure d’urgentes réformes économiques et empêchant éventuellement la zone euro à retrouver stabilité des prix et croissance plus vigoureuse.

Bien qu’il soit très important de suivre de près le calendrier des prochains événements politiques dans la zone euro, l’attention à court terme en Europe va probablement se détourner des questions politiques pour se concentrer à nouveau sur les développements macroéconomiques – dans l’espoir qu’une reflation aux États-Unis sous l’impulsion de la nouvelle administration Trump aboutisse à une hausse de la croissance mondiale et de l’inflation et à une augmentation des taux obligataires. Les marchés vont certainement examiner de plus près la réponse politique de la BCE suite à sa réunion du 8 décembre. Nous anticipons une prolongation du programme actuel d’assouplissement quantitatif et quelques modestes ajustements pour rehausser la flexibilité de son programme d’achat d’obligations.

Pour conclure, le résultat du référendum en Italie est un autre signe de rejet du statu quo et des efforts déployés en vue d’améliorer le système en place, et il sous-tend la tendance des sentiments en Europe. Tout comme pour le Brexit au Royaume-Uni, il représente une volonté de changement politique au détriment du statu quo. En conséquence, nous croyons que les risques de sentiments anti-UE, anti-établissement et même anti-zone euro continueront de se faire menaçants en Italie et dans l’ensemble de la zone euro.

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