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Kristina Hooper | 16 janvier 2020

Quelles pourraient-être les retombées du conflit entre les États-Unis et l’Iran pour les investisseurs?

Après l’assassinat de Qassim Suleimani le 3 janvier et la frappe de l’Iran le 7 janvier contre deux installations militaires américaines en Irak en guise de représailles, qui n’a fait aucune victime, la situation semble s’être apaisée. Or, les investisseurs continuent de craindre que le conflit entre les États-Unis et l’Iran ne s’envenime. À ce stade-ci, une guerre nous paraît peu probable, mais il est important de comprendre les retombées que le pire des scénarios pourrait avoir sur les marchés.

 

Une guerre provoque habituellement un marché baissier…

Par le passé, les conflits armés majeurs ont été l’un des déclencheurs les plus fiables d’un marché baissier au cours des cent dernières années. Notre équipe a analysé divers facteurs qui ont contribué au déclenchement de marchés baissiers depuis 19151 et a remarqué une forte corrélation historique en temps de guerre. Il y a eu 28 marchés baissiers entre 1915 et 2018. La guerre n’a pas toujours été un facteur (seulement dans environ 30 % des cas). Cependant, lorsqu’une guerre faisait rage quelque part dans le monde, un marché baissier a suivi environ 80 % du temps, soit une incidence plus élevée que les autres facteurs comme une récession, une hausse du taux de chômage, une inversion de la courbe des taux et une hausse du taux d’inflation. Autrement dit, la guerre n’est pas une condition nécessaire à un marché baissier mais, par le passé, elle a toujours suffi à en produire un.

Cela a été particulièrement vrai dans le cas des conflits au Moyen-Orient qui ont menacé l’approvisionnement en pétrole (car une forte hausse des prix du pétrole cause du tort aux entreprises, freine les dépenses de consommation et accentue les pertes économiques). Un bon exemple est la Guerre du Kippour de 1973, qui a provoqué une hausse marquée des prix du pétrole et un effondrement de l’économie mondiale et des marchés boursiers.

 

… mais les cours boursiers ont tendance à se redresser relativement rapidement

Cependant, ce n’est pas tout. Dans une analyse similaire, nous avons examiné le rendement des marchés boursiers pendant six des guerres qui ont éclaté au cours de cette période (la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale, la Crise des missiles à Cuba, la Guerre du Kippour, la Guerre du Koweït et la Guerre d’Irak).2 Nous avons constaté que le marché boursier américain a habituellement chuté à un creux dans les douze mois qui ont suivi l’éclosion des tensions (ce qui s’est produit habituellement avant le déclenchement de la guerre), mais aussi qu’il est habituellement remonté au seuil d’avant le conflit en moins de 18 mois.2

De plus, nous tenons à souligner qu’aujourd’hui, le monde dépend moins du pétrole du Moyen-Orient comme source d’énergie que par le passé, compte tenu de l’augmentation spectaculaire de la production de pétrole aux États-Unis. Qui plus est, l’économie mondiale dépend moins du pétrole en règle générale, elle est simplement moins énergivore qu’il y a quelques décennies. Cela pourrait également atténuer les retombées économiques négatives d’un conflit majeur entre les États-Unis et l’Iran.

 

Quelles pourraient-être les retombées d’un conflit qui perdure entre les États-Unis et l’Iran pour les investisseurs?

Évidemment, selon les nouvelles concernant le conflit américano-iranien qui vont nous parvenir, nous devons nous préparer à l’éventualité que la situation s’aggrave. Si tel est le cas, on peut s’attendre à ce que cela ait des répercussions sur diverses catégories d’actifs. À notre avis, voici ce qui pourrait se produire :

  • Nous pourrions assister à un repli des actifs à risque, en particulier des actions de sociétés énergivores et des marchés du Moyen-Orient.
  • Les catégories d’actifs considérées comme des « valeurs refuges », comme l’or, le yen japonais, le franc suisse et les bons du Trésor américain, obtiendraient probablement de bons rendements.
  • Même si le monde dépend moins de l’énergie du Moyen-Orient, cela pourrait tout de même entraîner une forte hausse des prix du pétrole (et des autres ressources énergétiques) et du rendement relatif des secteurs comme le pétrole et gaz et les services aux collectivités (puisque beaucoup de ces sociétés sont assujetties à des tarifs liés aux prix de gros de l’énergie).
  • Parmi les facteurs qui risquent d’avoir des répercussions sur les placements, on s’attend à ce que les actions à faible volatilité obtiennent des rendements supérieurs aux autres titres pendant les périodes d’aversion pour le risque.
  • Parmi les marchés émergents, les utilisateurs d’énergie (comme la Chine et l’Inde) auraient probablement tendance à moins bien tirer leur épingle du jeu que les pays producteurs d’énergie hors du Moyen-Orient (notamment la Russie et le Mexique). Les cours boursiers russes sont bon marché (car le rendement en dividendes est supérieur au ratio cours-bénéfice) et le secteur de l’énergie y est très fortement pondéré, ce qui laisse entrevoir un énorme potentiel de gains.
  • Le rouble russe et le peso mexicain pourraient aussi bénéficier d’une telle situation pour les raisons mentionnées au paragraphe précédent.
  • Enfin, les obligations américaines à rendement élevé pourraient bien se tirer d’affaire. Cette catégorie d’actifs pourrait souffrir d’une recrudescence de l’aversion pour le risque, mais la forte proportion d’obligations américaines à rendement élevé du secteur de l’énergie pourrait lui procurer un bon soutien.

Je tiens à souligner que la Réserve fédérale américaine a une politique monétaire très accommodante, tout comme beaucoup d’autres grandes banques centrales. Cela devrait contribuer à rendre tout repli des actifs à risque plus court et moins prononcé.

 

Conclusion

Bref, nous croyons que les tensions entre l’Iran et les États-Unis vont continuer, mais seront maîtrisées et une véritable guerre nous semble très peu probable à l’heure actuelle. Cependant, il est toujours bon pour les investisseurs de se préparer à toute éventualité. Aussi, il importe de se rappeler des répercussions que les guerres du passé et les conflits au Moyen-Orient ont eues sur les marchés, et de garder à l’esprit que le monde a changé depuis.

Rédigé en collaboration avec Tomo Kinoshita, stratège des marchés mondiaux pour le Japon.

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1 Sur la base des 28 années de 1915 à 2018, lorsque les rendements totaux des actions américaines étaient négatifs ou lorsque les actions se classaient dans le tiers inférieur des actifs. Nous avons calculé un indice de rendement global des actions américaines en fonction des données de l’indice et des dividendes de l’académicien américain Robert Shiller et de Datastream. Les données sur les actions d’avant 1926 sont représentées par le recalcul des données des « indices d’actions ordinaires » tiré du document Shiller’s recalculation, 2e édition, publié par Cowles & Associates en 1939. De 1926 à 1957, les données de Shiller sont basées sur l’Indice composé S&P et, par la suite, il s’agit des données de l’indice S&P 500, tel qu’on le connaît aujourd’hui. Les guerres suivantes ont été utilisées dans notre analyse : la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale, la Guerre de Corée, la Crise du canal de Suez, la Crise des missiles à Cuba, la Guerre du Vietnam, la Guerre de six jours, la Guerre du Kippour, l’invasion du Koweït par l’Irak et l’invasion de l’Irak par les pays alliés.
2 Sources : Robert Shiller et analyse d’Invesco. Calculs effectués en fonction des rendements mensuels du marché boursier américain (tel que défini à la note 1) du début des tensions avant les événements suivants : la Première Guerre mondiale (28 juillet 1914 au 11 nov. 1918), la Seconde Guerre mondiale (1er sept. 1939 au 2 sept. 1945), la Crise des missiles à Cuba (16 au 28 oct. 1962), la Guerre du Kippour (6 au 26 oct. 1973), la Guerre du Koweït (2 août 1990 au 28 févr. 1991) et la Guerre d’Irak (20 mars 2003 au 18 déc. 2011). Il est impossible d’investir directement dans un indice. Les rendements passés ne garantissent pas les rendements futurs. Rien ne garantit que le rendement passé d’un investissement, d’un portefeuille ou d’une catégorie d’actifs sera directement corrélé avec son rendement futur.

Renseignements importants
Image d’en-tête du blogue : Bisual Studio/Stocksy
La courbe des taux illustre les taux d’intérêt, à un moment précis, de différentes obligations ayant la même cote de solvabilité, mais différentes dates d’échéance. Lorsque la courbe de taux est normale, les obligations à long terme procurent un rendement plus élevé. Une courbe de taux inversée fait référence à une situation où, à cote de solvabilité égale, les obligations à court terme ont un rendement supérieur à celui des obligations à long terme.
Les valeurs refuges sont des placements dont la valeur est susceptible de se maintenir ou même d’augmenter en périodes de volatilité des marchés.
Le placement factoriel est une stratégie de placement qui consiste à choisir les titres dans lesquels on investit en fonction de certaines caractéristiques et attributs. Une faible volatilité désigne des investissements qui ont systématiquement démontré un degré de volatilité inférieur à celui des autres titres de sa catégorie. Une faible volatilité ne peut pas être garantie.
Les actifs à risque sont généralement décrits comme tout titre ou instrument financier, tels que des actions, des obligations à rendement élevé et d’autres produits financiers, comportant un risque et dont le cours est susceptible de fluctuer.
Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles des auteurs au 13 janvier 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.