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Kristina Hooper | 14 novembre 2019

Qu’est-ce qui empêche les États-Unis et la Chine de conclure un accord commercial?

Au cours des deux derniers mois, j’ai eu le plaisir de rencontrer des clients de plusieurs pays d’Europe et d’Asie, ainsi que des États-Unis. L’enjeu qui les intéresse tous, sans exception, est celui du différend commercial entre les États-Unis et la Chine.

 

Ces dernières semaines, le sentiment de confiance à l’égard des relations commerciales entre les États-Unis et la Chine en général et, plus précisément, de la conclusion d’un accord commercial sino-américain (ne serait-ce que la « Phase 1 ») a augmenté graduellement. La meilleure nouvelle est tombée le 7 novembre, lorsqu’on a appris que la Phase 1 de l’accord était somme tout finalisée et qu’elle inclurait une réduction de certains tarifs douaniers. Ce jour-là, le porte-parole du ministère du Commerce de la Chine, Gao Feng, a déclaré ceci : « Au cours des deux dernières semaines, les négociateurs en chef ont eu des discussions sérieuses et constructives et ont convenu de supprimer progressivement les tarifs additionnels au fur et à mesure de l’avancement de l’accord. »1

 

Le président américain, Donald Trump, a contredit cette affirmation vendredi matin, précisant qu’il n’a pas convenu de réduire les tarifs douaniers imposés à la Chine. Cependant, cela n’a eu pratiquement aucune incidence sur les marchés. Les marchés présument toujours que la Phase 1 de l’accord commercial est un fait accompli. C’est ce qui explique la hausse des taux des bons du Trésor américain, la baisse du prix de l’or et la hausse des cours boursiers. Les titres japonais se sont particulièrement bien comportés ces derniers mois.

 

Cependant, comme je l’ai déjà dit, je doute même que la Phase 1 de l’accord commercial aboutisse parce que je pense qu’il y a de fortes chances que la Chine accepte seulement à la condition d’une réduction de certains tarifs, ce qui, à mon avis, sera difficile à accepter pour les États-Unis. Qui plus est, la Phase 1 ne s’attaque pas aux enjeux de fond qui sont à l’origine du différend commercial entre les États-Unis et la Chine, comme le droit de propriété intellectuelle et l’accès aux marchés, alors il ne revient pas aux États-Unis de faire des concessions majeures dès la Phase 1.

 

L’agriculture demeure un point en litige

Il ne faut jamais dire jamais : comme les États-Unis tiennent mordicus à ce que la Chine recommence à acheter des denrées agricoles, il se peut qu’ils cèdent. Et, même si la Chine était censée avoir déjà commencé à acheter plus de denrées agricoles des États-Unis, ce ne semble toujours pas être le cas, probablement en raison notamment de la chute considérable du nombre de porcs en Chine par suite de l’épidémie de peste porcine qui a décimé le cheptel chinois. (Le rapport publié la semaine dernière par l’Administration générale des douanes de la Chine indique que la Chine a importé 6,18 millions de tonnes de soja en octobre, le plus bas volume depuis le mois de mars et une baisse de 24,6 % par rapport aux 8,20 millions de tonnes importées en septembre.)2 Cela étant dit, l’achat de denrées agricoles est l’une des principales monnaies d’échange de la Chine. Les agriculteurs américains en arrachent et l’Administration Trump cherche à les aider par tous les moyens, d’autant plus que les présidentielles de 2020 arrivent à grands pas. Si la Chine n’obtient pas d’allégements tarifaires dès la Phase 1, elle ne verra peut-être pas l’utilité d’augmenter ses achats de denrées agricoles des États-Unis.

 

Qui plus est, la Chine peut se permettre d’attendre, puisque ses statistiques économiques semblent se stabiliser. L’indice PMI composé Caixin de la Chine s’est fixé à 52,0 points en octobre, en légère hausse par rapport aux 51,9 points de septembre.3 Même si la Chine continue de souffrir des effets de la guerre commerciale, la situation semble s’améliorer. En octobre, les exportations de la Chine ont fléchi de 0,9 % comparativement à un an plus tôt, soit un recul moins prononcé que prévu et un résultat largement supérieur à son repli de 3,2 % en septembre. Les exportations vers les États-Unis ont chuté de 11,3 % entre janvier et octobre, mais les exportations vers l’Union européenne ont grimpé de 5,1 %.4 Par ailleurs, les exportations vers les pays de l’Asie du Sud-Est ont augmenté considérablement, ce qui laisse présager que les exportations vers les États-Unis transitent par d’autres marchés.

 

Les données sans doute les plus convaincantes à l’appui du dynamisme fondamental de l’économie chinoise sont les ventes du Jour des célibataires. Le Jour des célibataires est une célébration de 24 heures de magasinage en folie qui se déroule en Asie et qui a vu le jour il y a plus d’une décennie à l’initiative de la société Alibaba. Selon les données préliminaires du Jour des célibataires de cette année (qui s’est tenu le 11 novembre), les consommateurs attendaient cet événement avec impatience et étaient désireux de dépenser. D’après le South China Morning Post, les consommateurs chinois ont dépensé 268,4 milliards de yuans (38,4 milliards $US) le Jour des célibataires. Cela établit un nouveau record, par rapport à environ 30,8 milliards $US en 2018.5

 

Ces données nous indiquent que, même si l’économie chinoise reste sous pression, elle peut facilement tolérer la situation et n’est pas obligée de faire des concessions avec lesquelles elle n’est pas à l’aise.

 

Retombées sur les marchés

Cependant, la possibilité que les négociations d’un accord de Phase 1 échouent a des répercussions sur les marchés. À mon avis, si les deux pays ne parviennent pas à conclure une entente, les cours des actifs à risque, notamment les actions, vont probablement chuter. Si tel était le cas, les taux des bons du Trésor chuteraient probablement et le prix de l’or monterait. Même si mon scénario de référence demeure qu’une entente de Phase 1 sera conclue, les risques augmentent, surtout celui d’un report. Je tiens à dire que les investisseurs devraient se préparer, sans pour autant sombrer dans la peur, à l’éventualité qu’un accord de Phase 1 ne puisse pas être conclu ou soit retardé considérablement. Cela étant dit, je crois qu’un tel repli serait relativement minime et de courte durée grâce au soutien que l’assouplissement des politiques monétaires des banques centrales procure aux actifs à risque. Par ailleurs, ce repli pourrait fournir des occasions de placement aux investisseurs qui ont un horizon temporel plus long.

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1 Source : Bloomberg News, « U.S. Says Phase-One China Deal Would Include Tariff Rollback », 7 novembre 2019
2 Source : CNBC, « China October soybean imports fall 10.7% from year earlier- customs », 7 novembre 2019
3 Source : IHS Markit, Caixin, 5 novembre 2019
4 Source : South China Morning Post, 8 novembre 2019
5 Source : South China Morning Post, 11 novembre 2019
Renseignements importants
Image d’en-tête du blogue : James Ross / Stocksy
Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.
L’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) composé Caixin de la Chine se veut un indicateur de la santé économique des secteurs manufacturier et tertiaire chinois. Il repose sur des réponses à un sondage mené auprès des cadres supérieurs des achats.
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 11 novembre 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.