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Brian Levitt | 31 janvier 2022

Qu’est-ce qui m’empêche de dormir la nuit?

Le stratège des marchés mondiaux, Brian Levitt, parle de la politique de la Réserve fédérale américaine et de la manière dont il pare à toute éventualité.

On me demande constamment ce qui m’empêche de dormir la nuit. Je n’aurais jamais imaginé que mes rythmes circadiens pouvaient présenter de l’intérêt pour les autres. Or, c’est ce que les gens veulent savoir d’une personne qui a passé la majeure partie de sa vie adulte à exercer le métier de stratège des marchés dans des conditions haussières. Ces questions sous-tendent l’idée préconçue que j’ai péché par excès d’optimisme au sujet des marchés des actions et qu’un danger menaçait sournoisement de semer la pagaille dans les marchés. Dans les années 2010, j’avais une réponse toute préparée : « pas grand-chose ». La croissance modérée, la faiblesse de l’inflation et la politique monétaire conciliante des dix dernières années m’ont permis de dormir comme une bûche. Il m’est arrivé de faire des blagues à propos de mes petites filles qui me tenaient réveillé la nuit, mais mes épisodes d’insomnie ont été de courte durée. J’en remercie le Dr Ferber.

J’ai pu jouir d’un sommeil paisible grâce aux conseils les plus avisés que j’ai reçus dans l’univers des placements : n’allez pas à contre-courant des décisions de la Réserve fédérale. Le marché pourrait en définitive absorber tous les chocs qui empêcheraient le commun des mortels de dormir la nuit – les élections, la paralysie des services gouvernementaux, les guerres commerciales, les tensions régionales et même les pandémies – à la condition que la Réserve fédérale américaine (la Fed) maintienne une politique accommodante et soit prête à venir à la rescousse de l’économie et des marchés financiers lorsque les conditions se détériorent. L’intervention de la banque centrale est devenue une force d’une telle puissance pour les marchés qu’on lui a même donné un nom : la « Fed put », ce qui signifie le renfort de la Fed. Bref, la Fed a fait preuve d’une telle proactivité dans l’amortissement des chutes brutales du marché qu’elle en est venue à être perçue comme une assurance contre les pertes, à la manière des options de vente.

Cela m’a amené à reformuler ma réponse pour qu’elle soit moins désinvolte si bien que je réponds maintenant ceci : « une période prolongée d’inflation élevée et croissante aboutissant à un net resserrement de la politique de la Réserve fédérale américaine ». Cette réponse me semblait inoffensive. En somme, toutes les forces structurelles à l’œuvre dans l’économie – le vieillissement des populations, la mondialisation, l’automatisation du travail et la médecine personnalisée – m’incitaient à croire que l’inflation pourrait rester relativement modeste pendant la majeure partie du reste de ma carrière, si ce n’est de ma vie.

Qu’est-ce qui est différent aujourd’hui?

Telle était la situation… jusqu’à ce que le redémarrage de l’économie après la pandémie provoque l’explosion d’une demande refoulée avant que les stocks aient été reconstitués et que les travailleurs soient de retour au boulot. Peut-être vous doutez-vous que, dans le contexte où le taux d’inflation atteint 7 %1 et la Fed laisse entrevoir quatre hausses de taux d’intérêt en 20222, mon sommeil est moins paisible. Je vous confirme que vos doutes sont, hélas!, fondés. L’inflation élevée et croissante et le durcissement des politiques précipitent la fin des cycles du marché et de l’économie, c’est aussi simple que cela. Comme l’économiste du MIT Rudi Dornbusch l’a dit un jour, aucun des cycles du marché pendant la deuxième moitié du XXsiècle « n’est mort de sa belle mort. Ils ont tous été assassinés par la Réserve fédérale ».

Comprenez-moi bien : le marché peut encore se tirer d’affaire. Les consommateurs dénoncent déjà la hausse des prix3. Le ralentissement larvé de la demande pourrait grandement contribuer à remédier aux difficultés liées aux chaînes d’approvisionnement. La pandémie pourrait évoluer vers un état endémique (plus gérable dans un contexte d’immunité collective plus élevée), ce qui permettrait le retour au travail. Si l’inflation modérait substantiellement, la Fed pourrait faire marche arrière et assouplir sa politique en 2023; le cycle haussier poursuivrait sur sa lancée.

Ce que je fais maintenant

Pour l’heure, je suis bien déterminé à ne pas aller à contre-courant des décisions de la Fed. Je me prépare à faire face à une volatilité accrue du marché et à des rendements nettement plus modestes. Je continue néanmoins de privilégier les actions, mais je serai en position favorable pour faire face au ralentissement que la Fed cherche à amorcer en misant sur des titres de meilleure qualité et plus défensifs. Les actions très spéculatives ont, selon moi, été une bonne affaire l’an dernier.

Et je guetterai les signes avant-coureurs d’une fin prématurée du cycle. Si l’inflation persistait en dépit du resserrement de la politique, ce serait un cauchemar!

1 Source : U.S. Bureau of Labor Statistics, 31 décembre 2021. Données fondées sur les variations en pourcentage sur 12 mois de l’indice des prix à la consommation des États-Unis.

2 Source : Bloomberg, 14 janvier 2022. Données fondées sur le taux implicite des fonds fédéraux.

3 Source : Université du Michigan, 31 décembre 2021. Données fondées sur les conditions d’achat tirées d’une enquête sur la consommation de biens durables coûteux des ménages.

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Image de l’en-tête : Lucas Ottone/Stocksy

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Les opinions mentionnées ci-dessus sont celles de l’auteur en date du 26 janvier 2022. Les commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration de thèmes généraux. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas les résultats futurs. Ils comprennent des risques, des incertitudes et des hypothèses; il n’est pas garanti que les résultats réels ne seront pas considérablement différents des attentes.