Blogue Invesco Canada

Perspectives, commentaire et expertise de placement

Kristina Hooper | 31 mars 2020

À quoi doit-on s’attendre du côté des actions et des obligations?

Dans le blogue de la semaine dernière, les membres du Bureau de la stratégie des marchés mondiaux (SMM) d’Invesco sur le terrain à Hong Kong, en Italie, à Londres, à Tokyo et à New York ont partagé leurs points de vue sur la lutte contre le coronavirus sous l’angle des soins de santé et des politiques monétaire et budgétaire. Aujourd’hui, nous nous penchons davantage sur les retombées potentielles de la pandémie sur les actions et les obligations américaines et abordons le point de vue de l’équipe de la SMM sous l’angle de la répartition de l’actif.

Q. Quels indicateurs techniques permettent de déterminer si le marché américain approche du seuil plancher?

Talley Léger (New York) : Dans une conjoncture boursière difficile comme celle-ci, je crois que les investisseurs devraient avoir recours à l’analyse technique, qui peut éclairer nos décisions de synchronisation lors des tournants majeurs des marchés, bien avant les statistiques économiques. En effet, le marché boursier doit atteindre un creux avant qu’un nouveau cycle économique puisse commencer. Voici la liste exhaustive des indicateurs tactiques qui présentent un point de vue optimiste sur l’imminence d’un creux de marché :

  1. Indice de volatilité (VIX) du Chicago Board of Options Exchange (CBOE). La peur extrême des investisseurs coïncide habituellement avec le creux des principaux marchés. L’indice VIX, communément appelé « indice de la peur des investisseurs », a enregistré la plus forte augmentation en pourcentage de son histoire, ce qui est positif pour les investisseurs qui aiment aller à contre-courant. Depuis 2008, nous avons assisté à quatre pics de volatilité des actions supérieurs à 70 %.1 Fait encourageant, les rendements de l’indice S&P 500 douze mois après chacun de ces pics (excluant le cas présent) ont été positifs et le rendement médian se chiffre à 8 %.1
  2. Ratio des options de vente aux options d’achat du CBOE. Cet indicateur mesure le positionnement des vendeurs par rapport à celui des acheteurs. Un ratio supérieur à 1 indique qu’il y a plus de vendeurs que d’acheteurs et survient habituellement autour des creux les plus profonds des marchés boursiers. Le ratio des options de vente aux options d’achat a atteint son plus haut niveau depuis 2008, lorsque les marchés se trouvaient au pire de la Grande récession et depuis la crise financière mondiale, ce qui signifie que le pessimisme d’aujourd’hui est accablant.
  3. Pourcentage d’actions de la Bourse de New York (NYSE) dont le cours est supérieur à leur moyenne mobile sur 200 jours. Cet indicateur mesure l’étendue (ou le manque d’étendue dans le cas présent) du marché. Le faible pourcentage actuel reflète le manque d’étendue du marché et une position extrêmement survendue, ce qui, à mon avis, est une bonne nouvelle.
  1. Déviation de l’indice S&P 500 de sa moyenne mobile sur 200 jours. Le marché boursier a chuté en deçà de sa moyenne mobile sur 200 jours, du jamais vu depuis 2008-2009, 2002 et 1974.
  2. Indice d’incertitude à l’égard de la politique économique aux États-Unis. Cet indice, qui repose sur une recherche quotidienne dans l’actualité des mots « incertitude à l’égard de la politique économique », a récemment atteint un nouveau sommet. Or, je crois que les mesures de relance mises de l’avant par le Congrès américain pour lutter contre le coronavirus devraient apaiser l’incertitude suscitée par ce nouveau sommet et aider les actions à s’éloigner du seuil plancher. Pour réduire encore plus l’incertitude et favoriser la remontée des marchés, l’intervention mondiale sur le plan budgétaire doit être concertée et énergique.
  3. Krach de 1987 versus krach de 2020 causé par le coronavirus. Cette comparaison d’un cycle à un autre tient la route jusqu’à présent, à mon avis. L’indice S&P 500 a dégringolé de plus de 30 % du pic au creux lors des deux krachs et a ensuite enregistré une remontée à deux chiffres par rapport au creux initial.2

À l’envers de la médaille se trouve une liste d’indicateurs tactiques qui signalent la possibilité que les cours boursiers continuent de chuter :

  1. Indice de confiance de la American Association of Individual Investors (AAII). Le pourcentage des répondants pessimistes moins celui des répondants optimistes est négatif, mais n’a pas encore pris des proportions cataclysmiques. Un écart de -30 % ou moins entre les répondants optimistes et pessimistes nous indiquerait que nous approchons du point culminant du marché vendeur, mais nous n’y sommes pas encore.
  2. Pente de la courbe des taux des bons du Trésor américain. La courbe des taux, ou l’écart entre les taux des obligations d’État à dix et à deux ans, est un signal du marché des titres à revenu fixe qui nous indique si les perspectives économiques s’améliorent ou se dégradent. La courbe s’est redressée sensiblement, ce qui est une bonne nouvelle, mais sa pente est habituellement beaucoup plus forte à l’approche d’un profond creux boursier.
  3. Ratio actions-obligations des États-Unis. Ce ratio, qui mesure le positionnement hors risque des investisseurs, montre que les actions (faibles) et les obligations (fortes) se comportent comme si l’économie se contractait déjà. Bien que les marchés escomptent déjà une grande partie des dommages fondamentaux à venir, ce ratio ne s’est pas encore inversé.
  1. Ratio valeurs défensives-valeurs cycliques des États-Unis. Cet indicateur, qui mesure l’ampleur du positionnement défensif des investisseurs, montre que les secteurs sensibles à l’économie (consommation discrétionnaire, énergie, services financiers, industrie, technologies de l’information et matériaux) demeurent, à juste titre, délaissés.
  2. Nombre de cas de coronavirus aux États-Unis. L’incertitude liée au virus risque de nuire aux marchés boursiers jusqu’à ce que le nombre de cas ait plafonné.

 

Bref, le chaos à court terme peut faire émerger des occasions de placement à long terme pour les investisseurs qui font preuve de patience. Nous commençons à voir le genre de désespoir qui tue les vieux marchés haussiers et en fait naître de nouveaux. Pour être clair, le creux est un processus, mais les signes de prudence excessive sur les marchés indiquent que les investisseurs avertis devraient commencer à chercher des occasions de placement qui vont à contre-courant, tandis que les autres ont peur.

Q. Que nous dit le marché obligataire américain?

Tim Horsburgh (New York) : Nous avons assisté à un renversement marqué des actifs à revenu fixe américains, qui se sont redressés la semaine dernière, après une baisse des cours quasi sans précédent pendant les trois premières semaines de mars. L’intervention musclée de la Réserve fédérale américaine (Fed), le 23 mars (qui s’est essentiellement engagée à adopter des mesures d’assouplissement quantitatif illimitées et à mettre sur pied une série de programmes pour soutenir les divers marchés), a énormément contribué à apaiser les craintes d’une paralysie des marchés. De même, bien qu’elles ciblent davantage les consommateurs et visent à amortir le choc sur la demande, les mesures de relance budgétaire décrétées par le président Donald Trump le 27 mars ont contribué à apaiser les craintes que l’arrêt soudain de nombreuses activités économiques s’avère catastrophique, même pour les titres de créance les mieux cotés et dont les émetteurs sont les plus solvables. Les écarts acheteur-vendeur se sont resserrés et, fait important, de nouveaux contrats se concluent et les opérations se poursuivent.

Nous croyons que la récente dissociation a procuré des occasions de placement aux investisseurs en quête de points d’entrée avantageux sur les marchés des titres à revenu fixe. Bien qu’une récession économique semble presque assurée à ce stade‑ci, les obligations ne seront pas toutes touchées au même degré. Le soutien de la Fed ne pourra pas sauver les titres de créance émis par des sociétés réellement en difficulté ni empêcher les entreprises de tomber en faillite. Nous continuons de cibler les titres de meilleure qualité afin de bénéficier du meilleur potentiel de rendement qui soit à ce stade-ci du cycle économique.

Même si, à notre avis, les écarts de taux des obligations de qualité ont probablement plafonné la semaine dernière, les titres de créance les mieux cotés demeurent attrayants parce qu’ils résisteront probablement mieux à la vague de défaillances et de faillites qui viendra, même si la récession est modérée. Les obligations municipales de grande qualité peuvent également offrir des occasions de placement, compte tenu des écarts de taux encore élevés par rapport aux bons du Trésor. Par ailleurs, historiquement, le taux de défaillance des obligations municipales a toujours été inférieur à celui de nombreuses obligations de sociétés de qualité comparable. Nous nous attendons aussi à ce que les titres adossés à des créances hypothécaires et les produits structurés sur créances obtiennent de bons résultats si les écarts de taux se resserrent. La décision de la Fed d’intervenir d’une manière quelconque sur tous ces marchés devrait également soutenir le rendement de ces titres.

Les obligations à rendement élevé, en revanche, vont probablement donner plus de fil à retordre aux investisseurs. Étant donné que cette catégorie d’actifs (représentée par l’indice Bloomberg Barclays High Yield) a une pondération d’environ 10 % dans le secteur de l’énergie3 et que le bilan des sociétés émettrices est généralement moins bon, les chutes de cours et les défaillances vont probablement se multiplier à mesure que la récession va s’intensifier. Les évaluations des titres à rendement élevé commencent à être un peu plus attrayantes par rapport aux valeurs historiques, mais en raison de la détérioration des caractéristiques fondamentales, il faudra du temps avant que les défaillances des obligations à rendement élevé plafonnent.

Même si les dissociations sur les marchés des titres à revenu fixe risquent de durer un certain temps, le pire est probablement déjà passé en ce qui a trait aux craintes de liquidités, maintenant que la Fed est intervenue. À notre avis, les investisseurs devraient songer à investir davantage dans les titres à revenu fixe de grande qualité s’ils veulent profiter des écarts de taux supérieurs à la moyenne et des excellentes caractéristiques fondamentales.

Q. Que doit-on faire en matière de répartition de l’actif? Avez-vous des conseils à prodiguer en ce qui a trait aux mouvements tactiques à court terme?

Paul Jackson (Londres) : Nous traversons une période d’incertitude extrême. Il est pratiquement impossible d’évaluer les répercussions sur les marchés financiers d’un arrêt partiel ou total de l’économie dans plusieurs grandes économies. Étant donné que nous vivons une situation sans précédent, le mieux que nous puissions faire est d’élaborer une gamme de scénarios (par exemple, nos cibles sur douze mois pour l’indice S&P 500 se situent entre 1 400 et 3 000 points).

Les marchés ont été extrêmement volatils ces dernières semaines et je m’imagine trois disjoncteurs potentiels (en cas de panique) : un vaccin efficace et approuvé; une nette diminution du nombre de cas de COVID-19 et de décès en dehors de la Chine; et des mesures de soutien monétaires et budgétaires. Comme il est peu probable qu’un vaccin soit disponible avant 12 à 18 mois, à mon avis, et que le nombre de cas et de décès en dehors de la Chine continue de s’accélérer (et que les États-Unis sont désormais l’épicentre de la pandémie), il ne reste plus que les décideurs pour calmer les marchés.

Tandis que les gouvernements déploient des programmes budgétaires de plus en plus généreux pour protéger leurs économies, les grandes banques centrales annoncent des programmes massifs d’achat d’actifs, qui ont le double effet de calmer les marchés et de financer efficacement les déficits budgétaires qui montent en flèche. Selon nos projections, l’expansion du bilan agrégé des grandes banques centrales (Réserve fédérale, Banque centrale européenne, Banque d’Angleterre, Banque du Japon et Banque nationale suisse) pour la période allant jusqu’à la fin de 2021 pourrait être aussi rapide qu’au cours de la dernière décennie (en glissement annuel exprimé en pourcentage). Nous constatons également qu’une telle croissance est habituellement suivie d’une amélioration du rendement des actifs mondiaux (selon notre propre indice de référence mondial multi-actifs).

Or, comme il semble que nous traversions une époque sans précédent, il est difficile de quantifier les dégâts économiques qui seront causés par les tentatives de contrôle de la pandémie de COVID-19. Notre pire scénario (en vertu duquel la cible de l’indice S&P 500 se chiffre à 1 400 points) suppose que le produit intérieur brut (PIB) mondial pourrait chuter de 3,5 % cette année et que les marchés reviendraient aux conditions de la crise financière mondiale (dans la plupart des scénarios, nous restons loin de là).

Par conséquent, comme je l’ai mentionné dans mes brèves remarques du blogue de la semaine dernière, la diversification est plus importante que jamais, mais est plus difficile à réaliser que d’habitude, étant donné que les actifs sont davantage au diapason (ils sont plus corrélés qu’auparavant). Parmi les actifs « à caractère défensif », je pense que les liquidités et l’or méritent la plus grande considération de la part des investisseurs. La dette publique pourrait également jouer ce rôle défensif maintenant que les grandes banques centrales ont lancé de gigantesques programmes d’achats de titres, mais les taux sont plus bas que jamais et les déficits publics pourraient atteindre des proportions dignes des temps de guerre (à mon avis).

Je crois que la diversification en forme d’haltères, qui consiste à combiner, d’un côté, des actifs « à caractère défensif » (liquidités et or) et, de l’autre, des produits de base et des titres immobiliers (FPI), pourrait s’avérer avantageuse. Ce sont, selon moi, les actifs cycliques qui ont le plus de potentiel de hausse selon nos scénarios les plus optimistes.

Les actions pourraient également être un élément important du portefeuille de tout bon investisseur à long terme. Les marchés boursiers qui, à mon avis, recèlent le meilleur potentiel de hausse à court terme incluent le Royaume-Uni et le Japon. Cependant, à l’échelle mondiale, je pense qu’il existe actuellement des moyens plus efficaces que les actions pour s’exposer à une reprise économique (par exemple, une combinaison d’obligations de première qualité, de FPI et de produits de base pourrait peut-être procurer une telle exposition).

Une catégorie d’actifs sur laquelle j’insisterais dans la conjoncture actuelle est celle des obligations de première qualité. À mon avis, ces obligations semblent offrir une bonne combinaison de potentiel de risque, de rendement et de diversification. Par contre, comme le disait Tim plus haut, je me méfie davantage des obligations à rendement élevé.

Enfin, certains actifs ont été plus touchés que d’autres et escomptent d’autres mauvaises nouvelles. À mon avis, cette liste comprend le pétrole (le prix de l’intermédiaire de l’Ouest du Texas a brièvement touché mon prix plancher cible de longue date, soit 20 $US le 30 mars); la livre sterling, qui a chuté à environ 1,15 $US le 19 mars et frôle les creux historiques par rapport au dollar américain; et les FPI (leur rendement à l’échelle mondiale s’élevait à 5,3 %, tandis que le rendement des titres américains était d’environ 5,6 % le 26 mars, selon les indices FTSE/EPRA NAREIT).4 À la lumière de ce qui précède, les actions pétrolières du Royaume-Uni méritent qu’on s’y attarde, car elles donnent accès à des actifs pétroliers qui se négocient dans une devise déprimée.

Talley Léger est stratège de placement principal spécialisé dans les marchés boursiers pour l’équipe de la stratégie des marchés mondiaux d’Invesco.

Tim Horsburgh est stratège de placement spécialisé dans les marchés des titres à revenu fixe pour l’équipe de la stratégie des marchés mondiaux d’Invesco.

Paul Jackson est le chef mondial de la recherche sur la répartition de l’actif de l’équipe de la stratégie des marchés mondiaux d’Invesco.  

 

 

 

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