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Invesco moderator | 7 avril 2020

Six choses que les investisseurs doivent surveiller en avril

Au début de la pandémie de COVID-19, nous avons parlé de la nécessité d’un effort concerté mondialement de la part des trois paliers de décideurs pour obtenir le « scénario idéal » : 1) une politique sanitaire appropriée en vue « d’aplanir la courbe » et de maîtriser la propagation du virus; 2) une politique monétaire adéquate pour soutenir les marchés financiers et l’économie; et 3) une politique budgétaire adéquate pour amortir le choc économique qui frappe les ménages et les entreprises. Nous avons constaté des méthodes efficaces, de différentes formes, en Chine et en Corée du Sud. Reste à présent aux autres autorités à élaborer des stratégies efficaces alors que le nouveau coronavirus continue de se propager.

 

Compte tenu de ce qui précède, voici notre liste de choses à surveiller en avril :

  1. Taux d’infection aux États-Unis et en Europe. Idéalement, nous aimerions voir une augmentation des tests et une diminution de la croissance du taux d’infection. Plus le chiffre sera élevé dans les deux cas, le mieux ce sera. Dans l’ensemble, le taux de croissance du nombre de cas confirmés de coronavirus aux États-Unis a baissé au cours des derniers jours,1 ce qui laisse présumer que la fermeture de la majorité des régions du pays fonctionne bien. (Cependant, il importe de noter que certains États ont déclaré des taux de croissance très élevés.) Les récents résultats ont été tout aussi positifs en Europe, plusieurs pays y compris l’Espagne et l’Allemagne rapportant leur plus faible croissance quotidienne du nombre de cas depuis le début de la pandémie. Au Royaume-Uni, le taux de croissance du nombre de nouveaux cas d’infection semble avoir ralenti au cours de la fin de semaine. Cependant, nous allons suivre cela de très près en avril pour confirmer s’il s’agit d’une nouvelle tendance ou d’une chute temporaire. Si cela marque une nouvelle tendance, je pense qu’elle sera bien accueillie par les marchés des capitaux.

 

  1. Taux d’infection dans les marchés émergents. La pandémie se propage désormais dans les pays des marchés émergents dont le système de santé est beaucoup moins en mesure de gérer une telle crise. Il sera absolument essentiel de veiller à ce que le nouveau coronavirus ne cause pas trop de ravages dans ces pays, ce qui entraînerait de l’instabilité politique et des problèmes d’approvisionnement. L’Inde a été proactive pour tenter de contenir le nombre de cas d’infection, et nous allons suivre la situation de près. L’Équateur a été durement touché par ce nouveau coronavirus.

 

  1. Progrès de la phase 4 des mesures de relance américaines. La phase 3 des mesures de relance, adoptée le 27 mars, était gigantesque, elle se chiffrait à 2,2 mille milliards $US, mais la Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security Act (connue sous l’appellation de Loi CARES) a fait l’objet de critiques justifiées. Le versement unique de 1 200 $ aux ménages américains admissibles (rajusté à la hausse en fonction du nombre d’enfants) me préoccupe particulièrement en ce sens qu’il ne maintiendra pas la solvabilité des gens pendant très longtemps, d’autant plus qu’une énorme cohorte de ménages américains n’a presque pas ou pas d’épargne pour les urgences. Je crois qu’il faudra voir des progrès dans la quatrième phase des mesures de relance américaines, et ce, rapidement. J’aimerais que les prochaines mesures de relance procurent un soutien continu aux ménages américains, aux industries en difficulté et aux petites entreprises; la politique du Danemark qui offre un revenu de remplacement de 75 %2 devrait servir de modèle d’aide aux ménages dans ce genre de situation de crise. Bien qu’une telle politique soit onéreuse, je crois que cela aiderait beaucoup les économies à redémarrer une fois la paralysée terminée. J’ai entendu plusieurs rumeurs à l’effet que la phase 4 surviendrait dans plusieurs mois, non pas plusieurs semaines, et qu’elle serait centrée sur les infrastructures, ce qui, à mon avis, ne relancerait pas l’économie assez rapidement. Nous allons suivre de très près l’évolution de ce dossier, car si les prochaines mesures de relance tardent à venir, cela risque de provoquer un repli boursier marqué.

 

  1. Procès-verbal de la réunion du FOMC. Il est toujours bon de savoir ce que pensent les membres du Federal Open Market Committee (FOMC). En particulier, il serait utile d’avoir une idée des détails du Main Street Lending Program (programme de prêts aux PME) de la Réserve fédérale américaine, programme de prêts destiné aux PME américaines qui verra le jour sous peu, et des attentes relative aux autres outils de politique monétaire que la Réserve fédérale américaine pourrait utiliser.

 

  1. Mesures de soutien des banques centrales. L’adéquation des interventions des banques centrales est inégale jusqu’ici. La Réserve fédérale américaine a offert un soutien considérable, y compris un certain nombre de facilités de crédit, des mesures d’assouplissement quantitatif (AQ) illimitées et a donné les grandes lignes du Main Street Lending Program, qui n’est pas encore déployé. Même la Banque du Canada a emboîté le pas avec des mesures d’AQ, ce dont elle s’était abstenue pendant la crise financière mondiale (CFM). Comme l’a souligné mon collègue, l’économiste en chef d’Invesco, John Greenwood : « la Banque d’Angleterre a fourni d’abondantes liquidités aux entreprises du secteur privé autres que les banques, exactement l’intervention monétaire nécessaire en réaction à la COVID-19. La Banque centrale européenne (BCE) a mis sur pied un programme limité pour encourager les prêts bancaires, mais les banques, dont la croissance a été restreinte pendant la dernière décennie, seront probablement réticentes à augmenter leurs bilans en ce moment. Les obligations de sociétés achetées en vertu du programme d’achat de titres du secteur des entreprises (de la BCE) vont aider à financer les entreprises du secteur privé autres que les banques, mais ce ne fera pas beaucoup augmenter les liquidités. » C’est la réaction de la Banque du Japon qui a été la plus décevante. Comme l’a expliqué John Greenwood : « jusqu’ici, la Banque du Japon n’a pas offert grand-chose de nouveau pour aider les entreprises du secteur privé autres que les banques, elle a à peine bonifié les programmes en vigueur (tels l’achat de papiers commerciaux et d’obligations de sociétés). » Nous allons suivre de près les prochaines décisions concernant la politique monétaire pour voir si les banques centrales promulguent des politiques accommodantes pour les entreprises du secteur privé autres que les banques, puisqu’elles sont l’épicentre de la crise actuelle.

 

  1. Taux d’infection au Japon et mesures de relance économique du gouvernement japonais.Au cours de la dernière semaine, le nombre d’infections à coronavirus au Japon a plus que doublé et les médias ont rapporté que l’Administration du premier ministre Shinzo Abe va décréter l’état d’urgence d’un jour à l’autre. Cela signifie que le gouvernement peut exiger des citoyens qu’ils restent à la maison, même s’il ne peut pas forcer une paralysie des services. Par conséquent, nous allons surveiller de près le taux d’infection au Japon en avril pour voir à quel point les politiques sanitaires du Japon seront efficaces pour freiner la propagation du virus. De plus, on s’attend à ce que l’Administration Abe déploie des mesures de relance économique d’ici quelques jours. Elles comprendront probablement : 1) un paiement en espèces d’un maximum de 300 000 yens par ménage; 2) un paiement en espèces aux PME qui ne mettent pas à pied d’employés, qui représente une subvention de 90 % du salaire des employés en congé forcé; et 3) un paiement total de mille milliards ¥ aux autorités locales qui doivent mettre en pratique des mesures pour contrer la propagation du coronavirus. Nous serons intéressés de voir si ces mesures économiques réussissent à raviver la confiance des consommateurs et des entreprises.

 

Deux points moins préoccupants à long terme

D’autres éléments ont défrayé la manchette ces derniers jours mais, à mon avis, ils sont de moindre importance, car nous savons que la situation va empirer avant de s’améliorer.

  1. Nombre de premières demandes de prestations d’assurance-chômage aux États-Unis et rapport sur l’emploi d’avril. L’inquiétude est palpable aux États-Unis en raison du taux de chômage très décevant dans le rapport sur le marché de l’emploi de mars. Ce dernier reflète le marché du travail entre la mi-février et la mi-mars; on s’attendait à une moins forte hausse du taux de chômage, puisque les « fermetures » aux États-Unis ne se sont pas multipliées avant plus tard en mars. Toutefois, ce rapport a révélé que le taux de chômage était déjà passé de 3,5 % en février à 4,4 %, suggérant que la situation pourrait s’aggraver dans le rapport sur l’emploi d’avril.3 Certains économistes projettent que le taux de chômage pourrait même dépasser les 30 % pendant la crise, ce qui surpasserait le taux de chômage de 25 %4 déclaré pendant la grande dépression. Cependant, je me dois de souligner qu’on n’assiste pas à une autre grande dépression. Le pourcentage de 25 % pendant cet événement était un taux moyen sur un an, en 1933. Et, il s’élevait à peu près au même niveau en 1932 (23,6 %). La situation actuelle est complètement différente, à mon avis. Je crois qu’un taux de chômage de 20 à 30 % durerait probablement quelques mois à peine car, grâce aux politiques sanitaires, budgétaires et monétaires appropriées qui sont mises en place, cette crise devrait être de courte durée.

 

  1. Indices PMI de la zone euro en avril. Les données finales de l’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) de mars ont été publiées la semaine dernière et elles étaient plus décevantes que prévu. L’indice PMI du secteur tertiaire de la zone euro a fait une chute libre, passant de 52,6 points en février à 26,4 points en mars, selon les données finales, l’Italie et l’Espagne enregistrant des résultats particulièrement mauvais.5 Cependant, bien que je m’attende à ce que ces données se détériorent en avril, je préviens les investisseurs de ne pas se laisser déstabiliser. Selon moi, la bonne nouvelle est que la débandade de l’activité économique montre que la population respecte les protocoles de santé publique visant à contenir le virus. Ce que nous avons appris de l’expérience de la Chine est que plus tôt les directives de santé publique sont suivies à la lettre (de pair avec la cessation de l’activité économique), plus vite la propagation du virus peut être maîtrisée et l’activité économique peut reprendre.

 

Conclusion

Bref, nous avons beaucoup de raisons d’être optimistes malgré le fait que nous traversons une période extrêmement difficile. Il y a une lumière au bout du tunnel et, bien qu’elle soit faible pour le moment, elle semble briller de plus en plus. Avril sera un mois déterminant pour le confirmer.

Enfin, comme ce blogue porte sur les marchés mondiaux, j’aimerais profiter de cette occasion pour remercier les travailleurs de la santé du monde entier qui vont au front pour venir à bout de cette crise. Ils sont de véritables héros, à l’instar d’autres travailleurs essentiels, et ils méritent notre plus sincère gratitude.

 

 

 

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1 Source : Université Johns Hopkins

2 Source : Bloomberg News, « Denmark Will Compensate Private Wages to Avoid Virus Layoffs », 15 mars 2020

3 U.S. Bureau of Labor Statistics, au 3 avril 2020

4 Source : U.S. Bureau of Labor Statistics

5 Source : IHS Markit

Renseignements importants

Image d’en-tête du blogue : da-kuk/Getty

L’assouplissement quantitatif (AQ) est une politique monétaire utilisée par les banques centrales pour relancer l’économie lorsque la politique monétaire normale s’avère inefficace.

L’indice PMI (indice des gestionnaires en approvisionnement) du secteur tertiaire de la zone euro est compilé par IHS Markit à partir de données d’un sondage original recueillies auprès d’un échantillon représentatif d’environ 2 000 entreprises privées. Les données nationales sont incluses pour l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne et la République d’Irlande.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 6 avril 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.