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Kristina Hooper | 3 avril 2019

Six enjeux à surveiller en avril

Le premier trimestre de 2019 a été extrêmement mouvementé pour les marchés des capitaux, les actions et les obligations d’État ont grimpé, alors que les taux des bons du Trésor américain et des Bunds allemands ont dégringolé. Cette nette dichotomie dénote l’optimisme à l’égard des marchés boursiers et le pessimisme quant aux perspectives de l’économie mondiale. À mon avis, cela reflète la politique monétaire plus accommodante de la Fed et des autres banques centrales, qui devrait engendrer un climat beaucoup plus favorable aux actifs à risque, comme les actions, alors que la faiblesse de certaines statistiques économiques laisse présager un ralentissement de la croissance mondiale, ce qui a fait chuter les taux obligataires. Cette semaine, mon blogue traite de six enjeux d’actualité qui pourraient avoir une incidence sur les marchés des capitaux en avril et à plus long terme.

  1. La « déroute du Brexit » au Royaume-Uni

Le 29 mars, la première ministre britannique, Theresa May, a perdu un troisième vote sur sa proposition de sortie de l’Union européenne même si, pour dorer la pilule, elle avait promis aux législateurs conservateurs de démissionner de son poste de première ministre si l’accord était approuvé.

 

Plus tôt dans la semaine, le Parlement avait rejeté les huit options dans le cadre de votes indicatifs. Mme May a décrit la situation en ces termes : « Les conséquences de la décision de la Chambre sont graves… Je crains que nous n’ayons atteint les limites de ce processus dans cette chambre. La Chambre a rejeté la sortie sans accord. Elle a rejeté l’option sans Brexit. Mercredi, elle a rejeté toutes les variantes de l’accord qui ont été proposées. Et aujourd’hui, elle a rejeté la proposition d’un accord de retrait suivi d’un processus de négociation. »1 Mme May a dit qu’elle poursuivrait les pourparlers pour obtenir du soutien et son porte-parole politique a déclaré que la diminution de la marge de rejet des deux votes précédents montre que la situation progresse, puisque plusieurs députés conservateurs ont voté en faveur des propositions du gouvernement.

 

Somme toute, l’avenir de la Grande-Bretagne est extrêmement incertain. Le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a déclaré vendredi qu’il est fort probable que la Grande-Bretagne doive quitter l’Union européenne sans accord : « Le risque d’un Brexit sans accord est très élevé. L’une des deux voies vers un Brexit ordonné semble désormais fermée. Il ne reste plus que l’autre voie, qui consiste pour les Britanniques à énoncer précisément ce qu’ils veulent d’ici le 12 avril prochain ».2 Une autre prolongation du processus de Brexit au-delà de cette date ne peut être accordée que si la Grande-Bretagne sait ce qu’elle veut, ce qui semble être une tâche ardue à ce stade-ci.

 

La date du Brexit a été reportée du 29 mars au 12 avril, mais il se peut qu’elle soit encore reportée. Il y aura une autre ronde de votes indicatifs le 1er avril et peut-être même une autre le 3 avril. Si l’on se fie à l’issue de la première ronde de votes, l’opinion pourrait converger autour de l’idée de rester dans l’union douanière seulement, suivi d’un vote de confirmation par le biais d’un deuxième référendum public. Le gouvernement a également suggéré que l’accord de retrait de Mme May soit soumis à un quatrième vote cette semaine. L’accord de retrait pourrait éventuellement être assorti d’une sorte d’union douanière. La tenue d’élections générales pour élire un nouveau premier ministre n’est pas écartée.

Les dirigeants de l’Union européenne (la Commission européenne) vont se réunir d’urgence le 10 avril, date à laquelle la Grande-Bretagne devra leur dire ce qu’elle veut faire. Si un vote a lieu entre aujourd’hui et le 10 avril et que la proposition qui a été déposée est finalement ratifiée, la Grande-Bretagne aurait jusqu’au 22 mai pour officialiser le processus en adoptant une loi (le 22 mai est une date importante car les élections au Parlement européen auront lieu du 23 au 26 mai). Si la Grande-Bretagne opte pour la tenue de nouvelles élections, elle aura besoin d’une longue prolongation (si le Royaume-Uni demande une longue prolongation, elle devra alors participer aux élections du Parlement européen). Il en sera de même si la Grande-Bretagne décide de tenir un nouveau référendum. Sinon, la Grande-Bretagne pourrait procéder à une sortie pure et simple le 12 avril sans accord, mais ce chemin serait parsemé d’embûches et les experts disent même que cela pourrait entraîner des pénuries d’aliments et de médicaments et d’autres graves problèmes.

Les actions et les obligations d’État du Royaume-Uni ont connu un bon premier trimestre, mais cela risque de changer, compte tenu du chaos qui s’est installé depuis les événements des dernières semaines et du degré d’incertitude qui risque d’aller en augmentant.

  1. Rapport de mars sur l’emploi aux États-Unis

Le rapport sera rendu public par le Bureau of Labor Statistics le 5 avril et la plus importante donnée à surveiller, selon moi, est le salaire horaire moyen. Nous avons observé une augmentation marquée du salaire horaire moyen ces derniers mois et nous voulons voir si la tendance va se maintenir ou même s’accélérer. Le faible taux d’inflation donne à la Réserve fédérale américaine (la Fed) le luxe de se montrer patiente. Cependant, si des pressions inflationnistes se font sentir, la Fed n’aura peut-être pas le luxe de faire preuve de patience encore très longtemps.

On note aussi une recrudescence de sensibilité à la perspective d’un ralentissement économique, compte tenu de la baisse des taux des bons du Trésor et du changement soudain de position de la Fed, ce qui signifie que le nombre d’emplois non agricoles sera un indicateur coïncident important de la santé de l’économie américaine.

Si la croissance des salaires est contenue et que la rémunération n’est pas anémique (souvenez-vous que le rapport sur l’emploi de février faisait état d’une rémunération plus qu’anémique), je crois que les actions américaines vont continuer de bien performer et que cela va probablement calmer les inquiétudes des investisseurs, ce qui ferait augmenter les taux des bons du Trésor.

  1. Statistiques économiques chinoises

L’indice des gestionnaires en approvisionnement du secteur manufacturier de la Chine s’établit à 50,5 points pour le mois de mars, ce qui est beaucoup plus élevé que prévu et représente la plus forte hausse mensuelle depuis 2012.3 C’est le pointage le plus élevé des quatre derniers mois, ce qui indique que les mesures de relance musclées du gouvernement chinois se répercutent finalement sur l’économie.

Cela concorde avec le discours encourageant prononcé par le premier ministre Li Keqiang au Forum de Boao la semaine dernière, dans lequel il a indiqué que les mesures de relance du gouvernement avaient une incidence positive sur la croissance économique. Je crois que l’économie chinoise s’est beaucoup stabilisée au premier trimestre grâce aux efforts déployés par le gouvernement et je m’attends à ce que la reprise s’accélère au deuxième trimestre. J’entrevois encore des rentrées massives de capitaux en Chine et une stabilisation et une appréciation du renminbi. Par contre, il faudra attendre les prochaines statistiques, y compris l’indice Caixin qui sera dévoilé cette semaine, pour confirmer le tout.

Si la stabilisation se poursuit et que les statistiques économiques chinoises s’améliorent, je m’attends à ce que les actions chinoises affichent des rendements positifs et à ce que les taux des principales obligations d’État, perçues comme des « havres de sécurité », augmentent à mesure que les inquiétudes des investisseurs vont se dissiper.

  1. Statistiques économiques européennes

Compte tenu de la récente faiblesse des statistiques européennes, nous allons suivre attentivement les données sur le taux de chômage et l’inflation dans la zone euro. La faiblesse se manifeste surtout dans les indicateurs de confiance; nous allons donc chercher à savoir si cela a un impact sur l’économie.

Les actions européennes ont obtenu de bons rendements au premier trimestre, mais je ne suis pas convaincue que la tendance va se maintenir si les statistiques demeurent relativement faibles. De plus, cette léthargie va probablement exercer des pressions à la baisse sur les taux des bons du Trésor américain et des Bunds allemands.

  1. Négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine

Les pourparlers se sont poursuivis la semaine dernière à Beijing. Selon certaines informations, la Chine était disposée à élargir considérablement l’accès des banques étrangères, des sociétés de valeurs mobilières et des sociétés d’assurance au marché chinois, notamment dans le secteur de la finance. Nous avons également appris (par The Wall Street Journal) que la Chine offre aux sociétés de technologie étrangères un meilleur accès au marché infonuagique du pays. Le directeur du Conseil économique national des États-Unis, Larry Kudlow, a laissé entendre que si un accord commercial est conclu, les États-Unis pourraient maintenir certains tarifs pour s’assurer que Beijing respecte ses engagements. « Nous n’allons pas abandonner notre pouvoir de négociation »,4 a déclaré M. Kudlow. Il a ajouté qu’il s’attend à ce que les négociations prennent un certain temps à aboutir, au moins quelques semaines, voire plusieurs mois. « Ce n’est pas une question de temps. C’est une question de politique et de mise en application. »4 Apparemment, les deux parties travaillent sur des accords écrits dans six domaines : le transfert forcé de technologie et le vol informatique, les droits de propriété intellectuelle, les services, la monnaie, l’agriculture et les obstacles non tarifaires au commerce.

Malgré ce que l’on pourrait qualifier de progrès significatifs, je prends ces déclarations avec un grain de sel, car j’ignore qui fournit ces renseignements et quelles sont leurs motivations. On dirait que l’économie chinoise s’améliore et c’est la principale raison pour laquelle je crois que la Chine ne fera probablement pas de concessions majeures aux États-Unis, malgré toute l’effervescence entourant les négociations sur les échanges commerciaux. La semaine dernière, le ton du premier ministre Li Keqiang semblait un peu moins rassurant, mais je crois que ses propos sont passés inaperçus. Il a dit : « Nous devons éviter d’engendrer une crise de confiance qui pourrait causer des dommages incalculables aux relations sino-américaines ».5

Les pourparlers vont reprendre la semaine prochaine et il faut s’attendre à ce que les actualités découlant de ces négociations aient une incidence sur les marchés.

  1. Pressions politiques sur la Fed

Après la nomination de Stephen Moore à la Fed la semaine précédente, M. Kudlow a demandé à la Fed d’abaisser ses taux de 50 points de base « immédiatement ».6 À mon avis, même si cela serait une excellente nouvelle pour les marchés boursiers à court terme, cette décision serait dangereuse pour deux raisons : elle politise la Fed davantage et lui enlève le peu de munitions qui lui reste pour affronter la prochaine crise. Je ne serais pas surprise de voir la pression continuer d’augmenter; chose certaine, nous allons suivre la situation de près.

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