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Kristina Hooper | 11 février 2020

Trois éléments à retenir du rapport sur la politique monétaire de la Fed

Dans mon blogue de la semaine dernière, j’ai écrit que ce que j’allais surveiller de plus près cette semaine était le rapport sur la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed), parce qu’il donne un aperçu de ce que pense la Fed. Vendredi dernier, la Fed a rendu public son rapport semestriel avant le témoignage Humphrey-Hawkins du président du conseil de la Fed, Jay Powell, devant le Congrès les 11 et 12 février. Comme le veut la tradition, plusieurs sujets spéciaux sont abordés dans ce rapport. Voici trois éléments à retenir de ce rapport : le secteur manufacturier américain, le rôle des règles de politique monétaire en périodes d’incertitude et l’épidémie de coronavirus.

 

Élément à retenir no 1 : Le ralentissement du secteur manufacturier l’année dernière a été plutôt léger
 
Compte tenu de la baisse de la production manufacturière aux États-Unis l’année dernière et parce que la Fed craignait qu’elle ait un effet d’entraînement sur le reste de l’économie, elle a choisi de se pencher sur cette question et sur sa relation avec les cycles économiques.
 
La Fed a admis que le ralentissement du secteur manufacturier en 2019 était attribuable à plusieurs facteurs, y compris les guerres commerciales. Elle a conclu que le repli manufacturier était relativement minime et qu’il aurait fallu une baisse plus prononcée pour causer du tort aux autres sphères de l’économie. Elle a également admis qu’il y a toujours eu de légers replis manufacturiers pendant des périodes de croissance économique.
 
Or, dans son analyse, je crois que la Fed n’a pas tenu compte du rôle non négligeable qu’elle et les autres banques centrales ont joué l’année dernière pour limiter les dégâts des guerres commerciales sur le secteur manufacturier et, par ricochet sur l’ensemble de l’économie. Le repli relativement modeste du secteur manufacturier découle de l’intervention des autorités monétaires et c’est, à mon avis, le principal élément à retenir.

 

Élément à retenir no 2 : Les règles sont faites pour être transgressées
 
Un autre sujet spécial qui a été abordé dans le rapport sur la politique monétaire est celui des règles de politique monétaire et leur rôle en périodes d’incertitude. La Fed explique brièvement ces règles – par exemple, la règle Taylor, qui dit que la Fed devrait augmenter les taux d’intérêt lorsque les taux d’inflation et d’emploi sont élevés et les baisser lorsque les taux d’inflation et d’emploi sont bas.
 
La Fed a admis que les prescriptions de politique dérivées de ces règles de politique monétaire dépendent de facteurs tels que le taux d’intérêt réel neutre à plus long terme, qui peut changer (probablement à la baisse). Le principal enseignement à tirer de cette exploration est que la Fed ne veut pas s’appuyer sur une politique monétaire fondée sur des règles en cas d’incertitude quant aux hypothèses clés qui ont une incidence sur les règles. Cette position justifie les trois baisses de taux « en guise d’assurance » de la Fed l’année dernière, lesquelles n’étaient pas nécessaires si l’on se fie strictement à ces règles.
 
Le rapport sur la politique monétaire nous rappelle également que la Fed a entrepris une réévaluation stratégique de ses outils de politique monétaire et de ses pratiques de communication, dans l’optique de son double mandat, qui consiste à favoriser la stabilité des prix et le taux d’emploi durable le plus élevé possible. Comme le rapport l’explique : « La réévaluation vise à déterminer quelle stratégie de politique monétaire aidera le plus la Fed à s’acquitter de son double mandat à l’avenir, à vérifier si les outils de politique monétaire actuels sont suffisamment efficaces pour permettre à la Fed de remplir son double mandat et à voir comment la Fed pourrait améliorer la communication sur sa politique monétaire ».
 
Il est intéressant de noter que la Banque centrale européenne (BCE) procède elle aussi cette année à une réévaluation stratégique de ses outils d’intervention monétaire. J’ai très hâte de voir les conclusions que vont tirer ces deux banques centrales et je soupçonne que la BCE, sinon les deux, sera tentée de recourir à des outils de politique monétaire plus expérimentaux.

 

Élément à retenir no 3 : Le coronavirus pourrait avoir un impact économique mondial
 
Cependant, ce qui a retenu le plus l’attention dans le rapport sur la politique monétaire est un bref passage sur la possibilité que le coronavirus ait un impact négatif sur l’économie mondiale : « L’émergence récente du coronavirus pourrait entraîner des perturbations en Chine qui se répercuteraient sur d’autres pays asiatiques et, plus généralement, sur le reste de l’économie mondiale ». Le fait que la Fed ait jugé cette contagion suffisamment préoccupante pour la mentionner dans son rapport semestriel a semblé attiser l’anxiété entourant le coronavirus vendredi dernier, ce qui a fait chuter les cours boursiers américains et les taux des bons du Trésor américain.
 
Il n’y a pas que la Fed qui semble préoccupée. Le conseiller économique de la Maison-Blanche, Larry Kudlow, a prévenu que la contagion du coronavirus retarderait l’augmentation des exportations américaines vers la Chine attendue dans le cadre de la phase 1 de l’accord commercial; quoi qu’il en soit, lui et le président chinois Xi Jinping demeurent convaincus que la Chine atteindra ses quotas d’ici la fin de 2020.
 
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, elle aussi a admis que le coronavirus comporte des risques : « Alors que la menace d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine semble s’être estompée, le coronavirus ajoute une nouvelle couche d’incertitude ».1 À mon avis, Christine Lagarde a parfaitement raison. On dirait que le coronavirus remplace la guerre tarifaire entre les États-Unis et la Chine comme principale source d’incertitude, du moins pour le début de 2020.
 
On constate de nombreuses similitudes entre ces deux sources d’incertitude, l’une d’elles, et non la moindre, étant que leur épicentre est en Chine, mais aussi qu’elles auront probablement un impact sur l’économie mondiale. L’économiste Chris Williamson d’IHS Markit a expliqué ceci : « Le coronavirus de Wuhan, quant à lui, représente un nouveau perturbateur potentiel pour les affaires et le commerce. Nous prévoyons par conséquent que la zone euro évitera la récession en 2020, mais aura du mal à générer une croissance de 1,0 % ».2 La première sous-gouverneure de la Banque du Canada, Carolyn Wilkins, a laissé entendre que la Banque du Canada est en état d’alerte élevée, sachant que le coronavirus risque de nuire considérablement à l’économie canadienne en perturbant les chaînes d’approvisionnement et en faisant chuter les prix du pétrole.
 
Cependant, malgré les inquiétudes suscitées par la contagion, on sait qu’il s’agit probablement d’un problème à très court terme, ce qui le différencie de la guerre tarifaire sino-américaine, dont on sait depuis longtemps qu’il risque de s’éterniser. C’est peut-être la raison pour laquelle les marchés réagissent plus positivement au soutien politique. À l’issue de la première séance boursière en Chine la semaine dernière, après le congé du Nouvel an lunaire, les cours ont chuté de 7,7 % le lundi 3 février, mais se sont redressée de belle façon pendant la semaine pour clôturer en baisse de 3,4 %.3 Toutes les interventions du gouvernement font une différence.
 
Ce qui s’est produit la semaine dernière nous rappelle que les institutions gouvernementales telles que la Fed, la Banque centrale européenne et la Banque populaire de Chine (BPC) ont énormément de pouvoir. Elles ont encore à leur disposition de puissants outils d’intervention monétaire qu’elles ont utilisés pour limiter les dégâts causés par les guerres commerciales et elles pourraient s’en servir pour atténuer les répercussions du coronavirus (la BPC l’a déjà fait). Et, de nombreuses banques centrales s’affairent à évaluer leurs outils d’intervention monétaire et à élaborer leur stratégie. Par conséquent, même si les manchettes risquent de prendre un ton de plus en plus alarmant, je persiste à croire que les investisseurs ne devraient pas laisser la panique influencer leurs décisions de placement. La politique monétaire devrait continuer de soutenir les actifs à risque, en particulier les actions, même si le degré de volatilité risque d’augmenter.

 

 

 

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1 Source : Reuters, « ECB says economic impact of coronavirus may be temporary », 5 février 2020

2 Source : IHS Markit, 5 février 2020

3 Source : Bloomberg, L.P. Les actions chinoises sont représentées par l’indice composé de la Bourse de Shanghai, indice pondéré en fonction de la capitalisation boursière qui suit le rendement boursier quotidien des actions de catégories A et B cotées à la Bourse de Shanghai.

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Le taux d’intérêt réel neutre fait référence au taux d’intérêt réel qui prévaudrait si l’emploi était au maximum et que l’inflation était au taux cible.

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Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 10 février 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.