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Kristina Hooper | 11 avril 2019

Trois éléments à retenir de mes quatre jours en Europe

La semaine dernière, j’ai eu le plaisir de voyager en Europe et de rencontrer des collègues et des clients dans plusieurs pays. Ce fut une visite éclair, mais le décalage horaire en valait la peine, car j’ai pu m’enquérir en personne des divers problèmes auxquels l’Europe est confrontée aujourd’hui. Voici les trois principaux éléments que j’ai retenus de mon séjour en Europe.

  1. Une lueur d’espoir pour le Brexit

De toute évidence, le Brexit est un véritable désastre. Le Parlement du Royaume-Uni a une fois de plus rejeté toutes les options proposées par les députés dans une série de votes indicatifs la semaine dernière. Puis, après une réunion du cabinet qui a duré sept heures, la première ministre Theresa May a invité Jeremy Corbyn (le chef de l’opposition) à l’aider à trouver une solution. Au moment où j’écris ces lignes, ces réunions n’ont rien donné et le gouvernement ne semble pas disposé à faire le moindre compromis. Ne vous laissez pas induire en erreur par l’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) du secteur manufacturier du Royaume-Uni. Il a augmenté en mars, mais c’est probablement en raison d’une accumulation de stocks découlant de l’incertitude entourant le Brexit. Il vaut mieux se fier à l’indice PMI du secteur tertiaire du Royaume-Uni, qui s’est contracté en mars.

Malgré tout, il y a une lueur d’espoir. On dirait que le cas du Royaume-Uni sert d’avertissement aux autres pays antipathiques à l’UE. Par exemple, le concept d’« Italexit » n’est plus une idée populaire en Italie; en fait, on n’évoque même plus la possibilité que l’Italie quitte l’UE. Cela ne veut pas dire que le gouvernement italien n’est pas confronté à des problèmes épineux; cela signifie seulement que la sortie de l’UE ne fait plus partie de ses préoccupations. Et, le fait que cette distraction ne soit plus un enjeu est important, car cela permet aux Italiens de se concentrer sur d’autres problèmes urgents qui nécessitent toute leur attention, tels que les déficits budgétaires et l’endettement.

  1. Conséquences non intentionnelles des politiques monétaires expérimentales

Les politiques de la Banque centrale européenne (BCE), à l’instar des politiques expérimentales d’autres banques centrales, ont eu un certain nombre de conséquences indésirables et non intentionnelles. Quand j’étais en Autriche la semaine dernière, j’ai été fascinée d’apprendre qu’un certain nombre de poursuites en justice avaient été intentées contre des banques par des emprunteurs dont les taux hypothécaires sont devenus techniquement négatifs; les emprunteurs tentent de forcer les banques à les payer pour leur avoir prêté de l’argent. Pas étonnant que les banques souhaitent désespérément une quelconque normalisation de la politique monétaire. Je tiens à souligner que le président de la BCE, Mario Draghi, a récemment laissé entendre que la BCE devrait envisager la possibilité d’adopter d’autres mesures de politique monétaire susceptibles de procurer les avantages des taux négatifs, sans les inconvénients.1 Cela m’amène à penser que la BCE pourrait concocter de nouvelles politiques monétaires expérimentales jamais utilisées auparavant.

Les politiques monétaires expérimentales et très accommodantes posent un autre problème, à savoir le double mandat qu’elles imposent aux banques centrales. Les banques centrales qui ont recours à ces mesures doivent normaliser leur politique monétaire pour avoir suffisamment de « munitions » pour surmonter la prochaine crise, sans toutefois freiner l’expansion. Certaines banques centrales semblaient craindre qu’en tentant de normaliser leur politique monétaire en 2018, elles ont peut-être un peu trop serré la vis, si bien qu’elles ont décidé de faire marche arrière. Cela semble certainement être le cas de la BCE, qui a changé son fusil d’épaule cette année. On dirait que la Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque du Canada en sont venues à la même conclusion. Par exemple, pendant un discours qu’il a prononcé la semaine dernière, le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a refusé d’admettre la possibilité qu’il y ait d’autres hausses de taux (réitérant le récent changement de ton dans son annonce de politique monétaire à l’issue de la réunion de la Banque du Canada). En outre, il a laissé entendre que la fourchette neutre n’est pas une cible appropriée pour les investisseurs en ce qui concerne l’orientation future de la politique monétaire. Cela laisse présager un assouplissement accru de la politique monétaire de la banque centrale. Or, ces changements de politique soulèvent la question initiale, à savoir de quels outils de politique monétaire la banque centrale disposera-t-elle pour affronter la prochaine crise, et sous-entendent que la banque centrale pourrait avoir recours à des outils de plus en plus expérimentaux.

Les politiques monétaires expérimentales et accommodantes ont également encouragé l’endettement au cours de la dernière décennie en raison des taux extrêmement bas. Pas étonnant que Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international, ait émis un avis la semaine dernière disant que les années de bas taux d’intérêt et d’endettement public élevé qui perdurent depuis la crise financière mondiale ont laissé bien peu de munitions budgétaires pour intervenir lors du prochain repli. Cela ne fait que compliquer le problème de manque de munitions de politique monétaire. J’aborderai cette question plus en détail dans un prochain commentaire.

  1. De l’espoir pour la zone euro

Dans l’ensemble, les statistiques économiques de la zone euro se sont détériorées, mais je crois que la situation va se stabiliser et que nous pourrions assister à une reprise de la croissance économique. Tout d’abord, on note un écart considérable entre le secteur manufacturier, qui déçoit, et le secteur tertiaire, qui est plus résilient. Par exemple, l’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) du secteur manufacturier de la zone euro s’est fixé à 47,5 points en mars, par rapport à 49,3 points en février, son plus bas depuis avril 2013.2 Par contre, l’indice PMI du secteur tertiaire de la zone euro s’est amélioré, passant de 52,8 points en février à 53,3 points en mars.3

Ces statistiques sous-entendent que le ralentissement de l’activité dans la zone euro est en grande partie attribuable au ralentissement économique en Chine, tendance qui semble s’inverser. J’attire votre attention sur le fait que l’indice PMI manufacturier de la Chine s’est redressé en mars, par rapport à février, et est de nouveau en territoire expansionniste. L’indice PMI du secteur tertiaire de la Chine, qui est demeuré en territoire expansionniste, s’est également redressé en mars. Cette tendance naissante a été confirmée par l’indice PMI Caixin, qui a suivi une tendance similaire entre février et mars. Cela donne à penser que si la croissance économique de la Chine continue de s’accélérer, ce à quoi je m’attends, cela pourrait stimuler la croissance économique de la zone euro, mais avec un certain décalage.

Entre-temps, le taux de chômage est relativement bas par rapport à la moyenne historique dans la plupart des pays de la zone euro. Pendant mon séjour à Paris, j’ai été encouragée de constater que non seulement le nombre de « gilets jaunes » va en diminuant, mais ils manifestent seulement la fin de semaine, ce que beaucoup d’observateurs ignorent, parce que ces manifestants travaillent la semaine. La couverture médiatique semble avoir exagéré l’ampleur des manifestations. De plus, les manifestants ont été très persistants jusqu’à présent, mais je ne peux pas m’empêcher de me demander s’ils ne vont pas succomber à la « lassitude du manifestant », étant donné qu’ils travaillent. Nous allons suivre la situation de près, car une forte hausse des tarifs d’électricité est prévue, ce qui risque de raviver la ferveur des gilets jaunes.

Voici ce que nous allons surveiller :

De nombreuses statistiques seront rendues publiques et des élections et d’autres événements importants auront lieu au cours de la prochaine semaine. Cependant, je n’ai retenu que les trois événements suivants :

  • Ce sera une autre semaine déterminante pour le Royaume-Uni. Le Brexit pourrait survenir dès le vendredi 12 avril si l’Union européenne n’accorde pas de prolongation au Royaume-Uni. La première ministre May a demandé une autre prolongation jusqu’au 30 juin, mais l’UE ne lui a pas encore accordé. Nous allons suivre la situation de près pour voir si le Royaume-Uni parvient à obtenir une autre prolongation et, dans l’affirmative, jusqu’à quand. De plus, nous sommes curieux de voir si le duo May Corbyn arrivera à une solution miracle, mais j’ai peu d’espoir. À mon avis, il serait préférable que le Royaume-Uni obtienne une longue prolongation (ce que l’UE préférerait aussi), pour avoir le temps de trouver une solution. Malheureusement, cela va à l’encontre de la stratégie de Mme May, qui consiste à laisser très peu de temps avant la date du Brexit afin d’augmenter les chances que son plan soit approuvé, ce qui serait préférable à une « sortie pure et simple ». Cette fois-ci, j’espère que le Royaume-Uni pourra bénéficier d’une prolongation plus longue et en profitera pour envisager un plus large éventail de solutions possibles.
  • La BCE va se réunir cette semaine. Il sera intéressant de voir si les membres du conseil des gouverneurs parviennent à trouver davantage d’accommodements en matière de politique monétaire et, le cas échéant, lesquels. Cela étant dit, je crois que même si la BCE se montrait plus accommodante, cela n’aurait peut-être pas l’effet escompté sur l’économie et les marchés, car M. Draghi est désormais un canard boiteux à la présidence de la BCE et son successeur pourrait facilement révoquer les politiques qu’il a mises en œuvre.

Le procès-verbal de la réunion de mars du Federal Open Market Committee (FOMC) sera rendu public cette semaine. Cette réunion a été marquante car elle a mis en lumière et accentué le changement de politique de la Fed. Ce procès-verbal devrait nous éclairer sur les raisons qui ont motivé ce changement de cap de la Fed. Je pense qu’il va porter en grande partie sur les préoccupations liées à la croissance mondiale et sur les risques occasionnés par les différends commerciaux qui perdurent, et cela devrait nous aider énormément à comprendre pourquoi la Fed a renoncé à la normalisation de son bilan et adopté une politique plus accommodante.

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1 Source : Bloomberg L.P., Draghi Says ECB May Need to Soften the Impact of Negative Rates, 27 mars 2019
2 Source : IHS Markit, 1er avril 2019
3 Source : IHS Markit, 3 avril 2019
Renseignements importants
Le Brexit fait référence à la sortie prévue du Royaume-Uni de l’Union européenne.
L’indice PMI® IHS Markit / CIPS du secteur tertiaire du Royaume-Uni est compilé par IHS Markit à partir des réponses à un questionnaire envoyé à un panel d’environ 650 entreprises du secteur tertiaire. L’indice couvre plusieurs secteurs d’activité dont la consommation (excluant le commerce de détail), le transport, l’information, la communication, la finance, l’assurance, l’immobilier et les services aux entreprises.
L’indice PMI® IHS Markit /CIPS du secteur manufacturier du Royaume-Uni est compilé par IHS Markit à partir des réponses à un questionnaire envoyé à un panel d’environ 600 gestionnaires en approvisionnement d’entreprises du secteur manufacturier.
L’indice PMI® (indice des gestionnaires en approvisionnement®) du secteur tertiaire de la zone euro est compilé par IHS Markit à partir de données d’un sondage original recueillies auprès d’un échantillon représentatif d’environ 2 000 entreprises privées. Les données nationales sont incluses pour l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne et la République d’Irlande.
L’indice PMI® (indice des gestionnaires en approvisionnement®) du secteur manufacturier de la zone euro est compilé par IHS Markit à partir de données d’un sondage original recueillies auprès d’un échantillon représentatif d’environ 3 000 entreprises manufacturières. Les données nationales sont incluses pour l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Autriche, la République d’Irlande et la Grèce.
L’indice des gestionnaires en approvisionnement du secteur manufacturier de la Chine est compilé par le gouvernement chinois et se veut un indicateur mensuel de l’activité économique du secteur manufacturier chinois.
L’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) Caixin/Markit de la Chine se veut un indicateur de la santé économique du secteur manufacturier chinois. Il repose sur des réponses à un sondage mené auprès des cadres supérieurs des achats.
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 8 avril 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.