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Kristina Hooper | 4 février 2020

Trois enjeux qui pourraient perturber les marchés mondiaux

La semaine dernière a été éprouvante pour les marchés, car les craintes liées au coronavirus ont provoqué un climat d’aversion pour le risque. Les cours boursiers se sont repliés, tout comme les rendements des obligations d’État. En moins de deux semaines, le taux des bons du Trésor américain à 10 ans est passé de plus de 1,8 % à 1,51 % et le taux des Bunds allemands à 10 ans a reculé de -0,22 % à -0,44 %.1
 
Cette semaine, je crois que les marchés pourraient être volatils, à la hausse comme à la baisse. Voici trois des principaux enjeux que je vais surveiller:
 

  1. Caucus de l’Iowa. Les électeurs de l’Iowa choisiront un candidat à l’investiture démocrate. Le plus récent sondage indique que Bernie Sanders va probablement remporter cette course, ce qui fait craindre un repli boursier à certains observateurs des marchés. Il est important de noter que remporter une primaire ne suffit pas à désigner un candidat; il y en aura beaucoup d’autres avant que le candidat ne soit nommé. Je m’attends à ce que l’incertitude plane encore pendant un certain temps avant qu’on connaisse l’identité du candidat à l’investiture démocrate. Je n’insisterai jamais assez sur le fait que les investisseurs devraient se préparer à une certaine volatilité cet hiver et ce printemps, car la saison des primaires devrait être riche en rebondissements et en surprises. À mon avis, les investisseurs ne devraient pas paniquer, même si un candidat plus progressiste était mis en nomination et était élu président. Le gouvernement américain a un excellent mécanisme d’équilibre des pouvoirs, si bien que toute initiative perçue comme mettant en péril la croissance économique serait probablement confrontée à une vive opposition.
  2.  

  3. Négociations sur les échanges commerciaux post-Brexit. Vendredi soir, le premier ministre britannique, Boris Johnson, a proclamé « l’aube d’une nouvelle ère » alors que le Brexit a officiellement eu lieu et que la « période de transition » du Royaume-Uni a commencé. Il a célébré l’événement comme « un moment de véritable renouveau national et de changement ». Cependant, c’était la partie relativement facile. Commence maintenant une période d’intenses négociations entre le Royaume-Uni et l’UE pour non seulement définir leurs relations commerciales, mais aussi régler les enjeux de sécurité, d’énergie, de pêche et de données, le tout en onze mois.
     
    Rappelons que Boris Johnson a insisté sur le fait que la période de transition ne s’étendra pas au-delà du 31 décembre 2020, ce qui prévoit un délai très court pour atteindre de nombreux objectifs ambitieux. Les négociations ne seront pas faciles entre le Royaume-Uni et l’UE, car l’UE insiste pour que le Royaume-Uni se plie à des exigences strictes afin d’assurer une concurrence loyale avec ses homologues européens; la présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen, a déclaré ceci : « Si vous refusez de respecter des règles du jeu équitables en matière d’environnement, de travail, de fiscalité et d’aide gouvernementale, vous n’aurez pas un accès de la plus haute qualité au plus grand marché du monde ». Boris Johnson a déjà pris un ton agressif et menacé de quitter l’UE sans accord.
     
    Si le Royaume-Uni décidait de « sortir purement et simplement » de l’UE sans accord, cela signifierait que la relation entre le Royaume-Uni et l’UE après l’année 2020 serait dictée par les conditions de l’Organisation mondiale du commerce, et cela signifierait bien sûr des tarifs plus élevés et d’autres restrictions qui nuiraient aux deux parties. Le gouvernement du Royaume-Uni subit des pressions, en particulier de la part des groupes de pression du secteur manufacturier britannique, qui lui demandent de clarifier ses relations commerciales avec l’UE plus tôt que tard. Je m’attends à ce que ces pressions s’intensifient chaque jour, puisque les entreprises veulent éviter l’incertitude en matière de politique économique, et il est difficile d’imaginer une plus grande source d’incertitude. Nous allons surveiller la situation de près.
  4.  

  5. Coronavirus. Les marchés financiers chinois ont rouvert aujourd’hui, après la longue pause du Nouvel An chinois et se sont repliés (-9 % à Shenzhen et -8,7 % à Shanghai) en début de séance.2 Avant l’ouverture des marchés, le gouvernement chinois a été très proactif, comme je m’y attendais; de nombreux organismes de réglementation, ministères et autorités locales ont annoncé des mesures visant à contenir les pressions à la baisse exercées sur l’économie par le coronavirus. En tout, le gouvernement chinois a annoncé 30 mesures touchant cinq ministères et des organismes de réglementation en vue de soutenir l’économie. La Banque populaire de Chine a annoncé des opérations boursières à grande échelle : elle va injecter 1,2 mille milliards de yuans de liquidités sur le marché libre via des opérations de prise en pension de titres, ramener le taux de refinancement à 7 jours à 2,4 %, au lieu de 2,5 %, et le taux de refinancement à 14 jours à 2,55 %, au lieu de 2,65 %.3
     
    Le nouveau coronavirus se répand comme une traînée de poudre, le nombre de personnes infectées dépassant largement le nombre total de personnes infectées par le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003. Cependant, sur une note positive, le taux de mortalité du nouveau coronavirus semble beaucoup plus bas que celui du SRAS ou du SRMO (syndrome respiratoire du Moyen-Orient). Les mesures de confinement semblent fonctionner dans un certain nombre de pays, mais seul l’avenir nous dira quelle sera la trajectoire exacte de cette contagion. D’après ce que nous savons aujourd’hui, nous prévoyons que le coronavirus aura le plus grand impact sur le PIB de la Chine et de l’Asie au premier trimestre 2020, suivi d’une légère amélioration au deuxième trimestre. Comparativement au SRAS en 2003, on s’attend cette fois-ci à ce que l’impact soit plus fort et plus négatif pendant les premières étapes, car les nouveaux cas devraient culminer au cours de ce trimestre. Nous prévoyons actuellement que le nombre de nouvelles infections diminuera à partir du deuxième trimestre, car la réaction de la Chine et des autres gouvernements pour freiner l’épidémie a été plus rapide et beaucoup plus transparente qu’en 2003. Puisque le nombre de nouvelles infections diminue, que la consommation reprend et que les effets positifs de la phase 1 de l’accord commercial redonnent confiance aux entreprises et aux consommateurs, nous entrevoyons un redémarrage de l’activité économique dès la fin du deuxième trimestre, qui devrait être suivi d’une reprise plus marquée au troisième trimestre. Bien qu’on s’attende à ce que les marchés boursiers demeurent volatils, ils devraient se redresser avant l’amélioration de l’activité économique, d’autant plus que la Chine et la Réserve fédérale américaine (Fed) sont prêtes à adopter d’autres mesures de relance si nécessaire.

 
Outre ces préoccupations, cette semaine, nous allons également suivre de près les statistiques économiques. Après plusieurs mois d’accalmie, les investisseurs recommencent à s’inquiéter de la croissance économique mondiale, surtout en raison de la propagation du coronavirus. Même les États-Unis ont enregistré des statistiques économiques décevantes récemment. La chute de l’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) de Chicago rendu public vendredi dernier était abyssale, de 48,9 points en décembre, il a chuté à 42,9 points. De plus, les données dévoilées la semaine dernière indiquent que le pourcentage de faillites agricoles aux États-Unis a augmenté de 20 % en 2019, malgré les sommes considérables d’aide gouvernementale.4
 
La semaine prochaine, nous allons suivre de près les statistiques économiques, en particulier les indicateurs de tendance. Je porterai une attention particulière aux indices ISM, ainsi qu’aux rapports sur l’emploi aux États-Unis et au Canada. Je serai également intéressée de voir les prévisions de croissance économique de la Commission européenne. Mais, ce que je vais suivre de plus près, c’est le Rapport sur la politique monétaire de la Fed qui devrait être rendu public vendredi. Il s’agit d’un rapport très détaillé qui porte sur les développements économiques et financiers, la politique monétaire et les projections que la Fed doit présenter au Congrès. La Fed choisit souvent de se concentrer sur un ou plusieurs sujets spéciaux dans son Rapport sur la politique monétaire, ce qui peut nous éclairer sur ce qui la préoccupe en ce moment. Étant donné que la politique monétaire est sans contredit le facteur qui influence le plus les marchés par les temps qui courent, ce sera une lecture importante.
 

 

 

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1 Source : Bloomberg, L.P., au 31 janvier 2020

2 Source : Bloomberg, L.P., au 3 février 2020

3 Source : Reuters, au 2 février 2020

4 Source : ISM-Chicago Business Survey, 31 janvier 2020

Renseignements importants

Image d’en-tête du blogue : A.J. SCHOKORA / Stocksy

L’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI), indicateur souvent utilisé pour mesurer la santé économique du secteur manufacturier, est calculé par le Institute of Supply Management des États-Unis.

L’indice ISM manufacturier est calculé à partir des enquêtes menées auprès de plus de 300 entreprises du secteur manufacturier par le Institute of Supply Management et suit l’emploi, la production, les stocks, les nouvelles commandes et les livraisons des fournisseurs.

L’indice ISM non manufacturier est calculé à partir des enquêtes menées auprès des directeurs des achats des entreprises du secteur non manufacturier à l’échelle nationale par le Institute for Supply Management et suit l’activité économique, les nouvelles commandes, l’emploi et les livraisons des fournisseurs.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 3 février 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.