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Kristina Hooper | 21 octobre 2020

Un accord sur le Brexit est-il toujours possible?

La semaine dernière a été cruciale dans l’odyssée du Brexit. Alors que la fin de 2020 (qui marquera la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne) arrive à grands pas, le Royaume-Uni négocie encore avec l’UE les conditions de leurs futures relations commerciales. Le Royaume-Uni a annoncé que si aucun accord n’est conclu avant le 15 octobre, il va se retirer des négociations. Les chefs d’États de l’UE avaient clairement l’impression qu’ils avaient le gros bout du bâton et ont exhorté le Royaume-Uni d’acquiescer à certaines questions clés qui avaient été contestées. Cependant, le Royaume-Uni a refusé de céder et, vendredi dernier, le premier ministre britannique Boris Johnson a annoncé qu’il fallait se préparer à un Brexit sans accord commercial avec l’UE. Il a déploré le fait que l’UE refuse d’accorder au Royaume-Uni les mêmes conditions commerciales que le Canada et a déclaré que le Royaume-Uni se préparerait maintenant à un Brexit « sans accord ».  

Pendant combien de temps les négociations pourraient-elles rester au point mort? Les pourparlers devraient reprendre cette semaine et l’UE espère des discussions « intensives » jusqu’à ce qu’un « accord équitable » soit conclu. Bien que M. Johnson semble parfaitement à l’aise avec une « sortie pure et simple », certains membres du cabinet britannique se sentent probablement désespérés et craignent les répercussions d’une telle issue, ce qui, espérons-le, rendra le Royaume-Uni plus flexible.  

Quels sont les résultats possibles à ce stade-ci?  


Un Brexit sans accord

Commençons par le scénario qui nous semble de plus en plus plausible. Il est certes de plus en plus probable qu’on aboutisse à un Brexit sans accord, comme en témoigne l’attitude des chefs d’États de l’UE qui renforcent leurs plans d’urgence en fonction de cette issue. Mais que signifie exactement un Brexit « sans accord »? Vraisemblablement, le Royaume-Uni et l’UE auraient une relation commerciale basée sur les règles établies par l’Organisation mondiale du commerce (qui prévoient des tarifs allant de 0 % sur le carburant et les produits pharmaceutiques à 9 % sur les véhicules, jusqu’à 45 à 50 % sur les céréales et la viande).1  

Cela risque de nuire considérablement au commerce; en 2019, l’UE représentait 43 % des exportations du Royaume-Uni et environ la moitié de ses importations.2 Un Brexit sans accord sèmerait probablement le chaos dans les chaînes d’approvisionnement qui s’étendent à la Grande-Bretagne, à l’UE et même au-delà, au moment où l’économie est encore fragile en raison de la pandémie. En outre, le virus a refait surface au Royaume-Uni et dans l’UE, où des mesures de confinement ciblées sont déjà en place et l’adoption de nouvelles mesures de confinement nationales n’est pas exclue. Dans ce contexte, la majeure partie de l’activité économique, y compris les échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et l’UE, va probablement demeurer bien en deçà de la normale. Malgré cela, nous nous attendons à ce que les perturbations des échanges de marchandises ou de produits agricoles en cas de Brexit dur nuisent davantage à l’économie et provoquent des tensions politiques des deux côtés de la Manche. Une fois tous ces éléments mis ensemble, nous pensons qu’il pourrait y avoir un risque de récession à double creux plus élevé pour le Royaume-Uni que pour la plupart des autres grandes économies occidentales.  

Ce scénario peut comporter des risques supplémentaires, notamment la possibilité croissante d’un éclatement du Royaume-Uni. Les pressions politiques augmentent, non seulement pour l’indépendance de l’Écosse, mais aussi pour une éventuelle réunification de l’Irlande. Rappelons qu’en 2014, l’Écosse a tenu un référendum sur l’indépendance et a été persuadée de continuer de faire partie intégrante du Royaume-Uni, parce qu’on l’a convaincue que le Royaume-Uni resterait dans l’Union européenne. Le premier ministre Johnson a indiqué qu’il n’autoriserait pas la tenue d’un deuxième référendum sur l’indépendance écossaise, mais nous croyons que la ferveur écossaise d’abandonner le Royaume-Uni va continuer de gagner du terrain, surtout si les nationalistes accèdent à la victoire aux élections parlementaires écossaises en mai prochain. La bonne nouvelle de ce scénario est que le risque d’éclatement du Royaume-Uni pourrait modérer la vitesse et l’ampleur de la divergence et de la séparation de l’UE, tout comme le fait que les États membres de l’UE et d’autres partenaires s’unissent pour gérer à la fois le Brexit et la COVID; d’ailleurs, la Suisse vient de voter en faveur du maintien de la libre circulation entre la Suisse et l’UE en ce qui a trait à ses relations bilatérales et ses accords commerciaux.3

Nous croyons que les marchés financiers ont déjà rendu leur verdict sur l’impact du Brexit, et il n’est pas positif. La livre sterling s’est dépréciée après le référendum de 2016 et est restée faible. Nous pensons que cette dépréciation de la devise pourrait être considérée comme un jugement selon lequel l’économie britannique est devenue moins concurrentielle. De plus, les actions britanniques, qui devraient surclasser les actions mondiales, compte tenu de leur relation historique inversement proportionnelle avec la livre sterling, ont contre-performé ces dernières années, autre signe qui montre le pessimisme quant à l’impact du Brexit sur l’économie britannique.4 Nous croyons que la situation pourrait continuer de se dégrader advenant un Brexit sans accord. Les tensions dans les négociations sur les échanges commerciaux avec l’UE se reflètent dans le nationalisme anglais et écossais et dans le républicanisme irlandais, et tout indique que la croissance économique et l’investissement en particulier pourraient demeurer faibles, que la forte volatilité des marchés financiers pourrait se poursuivre, que les actifs risqués britanniques et la livre sterling pourraient rester à des valorisations déprimées et que les taux obligataires pourraient rester bas. Tous ces enjeux posent un risque de tomber dans un « piège de valeur » à court terme, car la politique pourrait dissuader les investisseurs qui, normalement, chercheraient des occasions de placement parmi les titres britanniques dont l’évaluation est déprimée par rapport à d’autres principaux marchés.

À plus long terme, cependant, on s’attend à ce que le gouvernement britannique trouve progressivement son chemin à travers les crises et commence à faire de judicieux choix politiques, en débloquant une partie de cette valeur et en rétablissant peu à peu la croissance. Cette conjoncture nous incite à garder l’œil ouvert sur le Royaume-Uni et à diversifier les placements entre les pays et les catégories d’actifs. Des politiques divergentes et changeantes pourraient potentiellement favoriser une stratégie plus diversifiée. Cela irait à l’encontre des changements macroéconomiques généralisés des mouvements opposés répétés de la livre sterling par rapport aux gilts et des actions britanniques par rapport aux actions mondiales qui ont dominé l’ère du Brexit et laissent présager une croissance beaucoup plus faible au Royaume-Uni.

Un accord est-il toujours possible?

Il y a encore une mince chance qu’un accord commercial puisse être conclu, même si la date limite informelle du 15 octobre est passée; il ressemblerait peut-être à l’accord commercial entre le Canada et l’UE. Cela serait un énorme soulagement, et nous croyons que cela permettrait à la livre sterling de regagner une partie du terrain perdu depuis le référendum (mais peut-être pas la totalité en raison de la mauvaise gestion de la pandémie au Royaume-Uni et de la détérioration du secteur des produits de base depuis 2016, qui joue un rôle important sur le marché boursier britannique, sinon dans l’économie). Si tel était le cas, nous ne serions pas surpris de voir une forte appréciation de la livre sterling et des rendements supérieurs des actions britanniques.

Il existe également une possibilité modérée (plus probable qu’un accord global sur le Brexit) que l’UE et le Royaume-Uni puissent conclure un accord de libre-échange « allégé » ainsi qu’un certain nombre d’accords sectoriels, y compris pour l’immense secteur des services financiers et le secteur des services professionnels du Royaume-Uni. Cela aiderait à éviter de graves perturbations, mais ne résoudrait pas les principaux enjeux. Nous croyons que cela atténuerait la contre-performance de la livre sterling et des actions du Royaume-Uni, mais ce ne serait certainement pas suffisant pour permettre la forte remontée de la livre sterling à laquelle on s’attendrait si un accord global sur le Brexit était conclu.

Voici ce que nous allons surveiller

Au cours de la semaine prochaine, nous allons bien entendu suivre de près les négociations sur le Brexit et les progrès des négociations sur les mesures de relance budgétaire aux États-Unis. Et, évidemment, nous allons suivre de près la hausse des taux d’infection à la COVID préoccupants aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans la zone euro.

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1 Source : Organisation mondiale du commerce

2 Source : Bibliothèque de la Chambre des communes, « Statistiques sur les échanges commerciaux entre le R.-U. et l’UE », 17 juin 2020

3 Source : BBC, « Switzerland referendum: Voters reject end to free movement with EU », 27 septembre 2020

4 Source : Refinitiv Datastream, selon les données de l’indice MSCI du Royaume-Uni et de l’indice MSCI Monde, en devise locale. L’indice MSCI Monde est un indice non géré considéré comme étant représentatif des actions des pays développés. L’indice MSCI du Royaume-Uni est conçu pour mesurer le rendement des sociétés britanniques à grande et à moyenne capitalisations.

Renseignements importants

Image d’en-tête du blogue : Daniel Limpi/ EyeEm/ Getty

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Le Brexit fait référence à la sortie prévue du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles des auteurs au 19 octobre 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.