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Kristina Hooper | 27 mars 2019

Une Fed accommodante et une courbe de taux inversée suscitent des craintes sur les marchés

Les perturbations qui frappent la politique monétaire ont fait couler beaucoup d’encre la semaine dernière : la Réserve fédérale américaine (Fed) a annoncé un changement important dans son plan de normalisation, la courbe des taux s’est inversée et a semé la crainte chez les investisseurs et un éminent critique de la Fed a été nommé au conseil des gouverneurs de la banque centrale.

 

Les marchés boursiers se sont redressés après l’annonce de mesures accommodantes de la Fed

Les décisions de la Fed à l’issue de sa réunion de politique monétaire de mars (révision des dot plots pour refléter l’abolition des hausses de taux en 2019 et la fin prévue de la normalisation du bilan en septembre) soulèvent des questions sur la faiblesse de la croissance mondiale. Le président du conseil de la Fed, Jay Powell, a tenté de rassurer les marchés pendant sa conférence de presse en disant que l’économie américaine se porte bien et que le ralentissement économique mondial est léger. Or, ces propos ne collent pas aux changements radicaux de positionnement de la Fed des derniers mois. La Fed est passée de la normalisation du bilan sur le pilote automatique à un ralentissement de la normalisation, puis à son abolition d’ici quelques mois. Elle est passée de trois hausses de taux en 2019 à aucune. De plus, les contrats à terme sur fonds fédéraux laissent planer 60 % de probabilités d’une baisse de taux d’ici la fin de l’année. En ce moment, les marchés sont beaucoup plus préoccupés par les perspectives de croissance, et cela se reflète dans les taux des bons du Trésor, qui sont, selon moi, une bien meilleure jauge de la peur que l’indice VIX. Qui plus est, cela nous porte à croire que d’autres banques centrales pourraient adopter une politique monétaire plus accommodante.

 

Le virage de la Fed vers une politique monétaire plus accommodante est un événement marquant qui devrait engendrer un climat beaucoup plus favorable aux actifs à risque. Cela étant dit, les investisseurs sont de toute évidence très craintifs et cela se reflète dans les taux des bons du Trésor. Sans surprise, les actions ont d’abord tenu le coup, compte tenu de la politique monétaire beaucoup plus accommodante de la Fed, mais aussi parce que les marchés espèrent que M. Powell ne se trompe pas lorsqu’il affirme que l’économie américaine se porte bien et que le ralentissement économique mondial est léger.

 

La courbe des taux s’est inversée et cela a effrayé les investisseurs

Ensuite, la courbe des taux s’est inversée le vendredi 22 mars. L’inversion de la courbe des taux, survenue peu après la surprenante « volte-face » de la Fed, a ébranlé la confiance des investisseurs. Pourquoi? Parce que les investisseurs ont commencé à se demander si le ralentissement économique mondial est aussi léger qu’on le dit. Ces craintes ont été accentuées par les piètres statistiques économiques européennes et les préoccupations qui perdurent à l’égard des relations commerciales entre les États-Unis et la Chine. Je persiste à croire que les tarifs sont une perturbation géopolitique qui menace sérieusement l’économie mondiale. Cela me fait penser au vieil adage qui dit que quand on crache en l’air, ça nous retombe sur le nez – Je pense qu’on commence à en constater les effets négatifs et ce n’est pas fini.

 

En bout de ligne, il faut savoir que les courbes de taux inversées ne provoquent pas une récession mais, ces dernières années, elles ont été de bons indicateurs de la venue prochaine d’une récession. Cela étant dit, plusieurs mises en garde s’imposent. Premièrement, pour qu’une inversion de la courbe des taux soit un bon indicateur avancé de récession, elle doit durer au moins trois mois, pas rien qu’un jour. Et, n’oublions pas qu’il y a souvent beaucoup de décalage entre l’inversion et la récession. La mise en garde la plus importante est probablement celle qui dit que l’inversion de la courbe des taux peut-être simplement le produit des perturbations créées par une politique monétaire expérimentale : les grandes banques centrales ont totalement faussé leurs marchés obligataires nationaux. Une myriade d’autres mises en garde s’appliquent à cette règle toute simple. Bref, je ne crois pas qu’il y a lieu de paniquer. Je pense plutôt que les événements des prochains mois pourraient jouer en faveur des actions. La politique plus accommodante de la Fed devrait soutenir les actifs à risque, à moins que les statistiques économiques ne se détériorent considérablement.

 

Trump nomme un critique de la Fed à son conseil des gouverneurs

Un autre événement susceptible de perturber la politique monétaire est survenu la semaine dernière, lorsque le président Donald Trump a nommé Stephen Moore, qui critique la Fed depuis toujours, au conseil des gouverneurs. Par le passé, M. Moore a critiqué la Fed pour sa politique de taux d’intérêt extrêmement bas; puis, l’année dernière, il l’a critiquée parce qu’elle a procédé à des hausses de taux. Il a même demandé que le président du conseil de la Fed, Jay Powell, soit renvoyé.

 

Vous vous souvenez peut-être de mon blogue de la semaine dernière, dans lequel j’ai parlé des politiciens qui pourraient attaquer les banques centrales et que nous devrions nous inquiéter de la politisation des banques centrales car cela pourrait être très perturbateur et généralement problématique lors de la prochaine crise. M. Moore a de nombreux critiques, notamment Greg Mankiw, professeur de Harvard qui présidait le Council of Economic Advisers (Conseil économique de la Présidence des États-Unis) du président George W. Bush, qui s’est soulevé contre la nomination de M. Moore. À mon avis, la confirmation de cette nomination par le Sénat s’annonce ardue. Nous allons suivre de près l’évolution de ce dossier.

 

Mise à jour sur le Brexit

On dit communément que la définition de la folie est de se comporter toujours de la même manière, tout en s’attendant à un résultat différent. Je ne peux pas m’empêcher de penser à cette définition lorsque je regarde la première ministre britannique, Theresa May, qui s’entête à tenir un troisième vote sur son plan de Brexit cette semaine. Mme May a remporté un vote très serré la semaine dernière, ce qui lui a permis d’obtenir de l’Union européenne une prolongation au-delà du 29 mars, mais la durée de cette prolongation va dépendre de la suite des événements.

 

Mme May a l’intention de soumettre son plan de Brexit à un troisième vote au Parlement, même si le président de la Chambre des communes, John Bercow, a déjà annoncé qu’il ne le permettrait pas, à moins que le plan présenté soit vraiment différent des précédents. À mon avis, il est de plus en plus probable que le Royaume-Uni tienne un autre référendum sur le Brexit mais, évidemment, tout est possible. La bonne nouvelle est qu’une « sortie pure et simple » a été évitée, du moins pour le moment.

 

Voici les événements à surveiller au cours de la prochaine semaine :

    • L’évolution du dossier du Brexit sera déterminante au cours de la prochaine semaine. On ignore encore si Mme May parviendra à tenir un troisième vote sur son plan de Brexit. Elle va peut-être finalement revenir sur sa décision et permettre la tenue d’un référendum, mais il se peut aussi qu’elle soit expulsée. Évidemment, nous allons suivre cette situation de très près.

 

    • L’évolution des différends commerciaux entre les États-Unis et la Chine sera tout aussi importante, d’autant plus qu’on a appris que la Chine durcit ses positions. Des mauvaises nouvelles dans le dossier des échanges commerciaux pourraient fragiliser davantage les marchés boursiers.

 

    • Et, parce que la faiblesse de la croissance économique mondiale suscite beaucoup d’inquiétude, il convient de surveiller attentivement les statistiques économiques, notamment celles énumérées ci-dessous :
      • o Statistiques économiques américaines : confiance des consommateurs américains, produit intérieur brut américain du quatrième trimestre et revenu personnel et dépenses personnelles aux États-Unis
      • o Statistiques du Japon : emploi, production industrielle et ventes au détail
      • o Indices des gestionnaires en approvisionnement de la Chine
      • o Étant donné que les récentes statistiques économiques européennes ont été très décevantes, nous allons tenter de mesurer l’ampleur du ralentissement de l’économie européenne :
        •  Ventes au détail de l’Allemagne
        •  Produit intérieur brut de la France
        •  Confiance des entreprises et des consommateurs de la zone euro
        •  Taux de chômage de l’Allemagne

 

À mon avis, à la fin de la semaine, lorsque nous évaluerons cette mosaïque de statistiques économiques, certaines seront évidemment décevantes, mais je m’attends également à d’agréables surprises et, dans l’ensemble, à des statistiques qui concordent avec un léger ralentissement économique mondial. À suivre.

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